Ann Wauters

Pour certaines (bonnes) personnes, Ann Wauters est tout simplement LE basket belge. Si elle a connu l’apogée de sa carrière pendant une ère moins médiatisée que l’actuelle, son palmarès et son parcours n’en sont pas moins impressionnants et ont illuminé le quotidien de milliers de fans de basket féminin. Pionnière dans de nombreux domaines, elle est à l’aube d’un des défis les plus importants de sa longue et brillante carrière.


Ann est née à Sint-Niklaas, une ville néerlandophone de Belgique, chef-lieu de la province de Flandre-Orientale. Elle y grandit avec ses parents, tous deux assistants sociaux, et sa grande soeur Ilse.

Malgré le fait qu’elle soit une enfant très active, elle ne commence le basket qu’à 12 ans dans le club de sa ville : Hermes Sint-Niklaas. Elle s’y retrouve un peu par hasard, pour accompagner une amie. Ce qui lui plait, dans le basket, c’est le côté social. Il ne faudra pourtant pas bien longtemps pour que son talent éclate au grand jour et qu’elle culmine à 1m96 : à 15 ans, Ann joue déjà en 1ère division belge au sein des Osiris Aalst, le tout entre un cours de latin et un cours de sciences…

Les Ch’tis

A l’âge de dix-huit ans, elle signe son premier contrat professionnel avec le club français de Valenciennes. Elle y joue en duo avec Isabelle Fijalkwoski, la première française à avoir évolué en WNBA. Si Isabelle termine sa brillante carrière dans le club nordiste, Ann, elle, entame la sienne de la plus belle des manières : “A Valenciennes, c’était comme jouer au basket avec des amies.”

Entre 1998 et 2004, elle est effectivement chez elle à l’USVO : elle remporte ainsi 4 fois le championnat de France et deux fois l’Euroleague, s’offrant également plusieurs récompenses individuelles comme le trophée de meilleure joueuse du Final Four de l’Euroleague. Ann l’empoche 4 années d’affilée entre 2001 et 2004, excusez du peu.

Les States

Cleveland Rockers

Avec de telles performances en LFB et en Euroleague, les Américains font assez logiquement de l’oeil à la Flandrienne. En 2000, pas de bug pour Ann Wauters : elle s’inscrit à la draft et est sélectionnée en première position par les Cleveland Rockers.

A 19 ans, elle devient la plus jeune joueuse de la ligue mais également la première Belge à fouler un parquet outre-atlantique. A ce moment là, Ann Wauters joue au basket depuis 7 ans seulement. Dans le genre progression rapide, c’est tout simplement du jamais vu !

Considérée comme un talent brut et le “projet” des Rockers, Ann n’est pas titulaire lors de sa 1ère année en WNBA, ce qui ne l’empêche pas d’apporter un peu plus de 6 points par match en sortie de banc. Les 2 saisons suivantes sont positives : Ann évolue et s’acclimate sans problème au jeu plus physique de la WNBA. Sa moyenne de points marqués et de rebonds captés augmente chaque saison, la progression ne semble pas prête de s’arrêter…

En 2003, Ann décide néanmoins de faire une pause et de ne pas jouer en WNBA durant l’été. Cela fait en effet 3 saisons qu’elle ne prend aucun repos et enchaîne les exercices européens et américains de façon continue.

New York Liberty

Lorsqu’Ann retourne en WNBA en 2004, les Cleveland Rockers viennent de disparaitre et une draft de dispersion est organisée afin d’affecter les joueuses à de nouvelles équipes. La native de Saint-Nicolas est choisie en 4ème position par les New York Liberty. Après plusieurs années en plein Midwest, direction Big Apple pour Ann. Quoi de mieux pour la fan de Friends qu’elle est 🤩 Elle se montre très motivée et confiante dès son arrivée à NY :

Ma saison rookie dans la WNBA a été une année de transition difficile pour moi en raison du côté physique de la ligue. Mais maintenant, avec plus de matchs derrière moi, je pense que la transition se fera très bien. Bien sûr, je vais devoir apprendre de nouveaux systèmes avec les Liberty et rencontrer mes coéquipières mais je pense que je m’adapte bien aux nouvelles situations et que tout ira très bien.

La première saison de Ann à New York n’est pas à la hauteur de ses espérances et surtout, est ponctuée d’une fracture du pied droit. Qu’à cela ne tienne, de retour en 2005, elle double tout simplement sa moyenne de points et de rebonds pour afficher presque 14 points et 7 rebonds par match.

Après cette saison 2005, Ann Wauters fait un break de 2 ans, on ne la verra donc plus sur les parquets américains en 2006 et 2007. Elle en profite pour épouser sa compagne Lot Wielfaert. Parce que oui, en Belgique, on peut déjà se marier à la personne qu’on aime en 2007 😜 

San Antonio Silver Stars

En 2008, Ann Wauters retourne en WNBA et retrouve Becky Hammon, sa coéquipière des Liberty, aux San Antonio Silver Stars. Edwige Lawson-Wade est également de la partie au Texas. Après Isabelle Fijalkowski et avant Sandrine Gruda, Ann Wauters confirme ainsi sa grande capacité à se lier d’amitié avec les légendes du basket français. Ann parle d’ailleurs un français impeccable.

En 2008, elle effectue sa plus belle saison WNBA en terme de statistiques : 14.7 points et 7.5 rebonds de moyenne par match ! Elle aide d’ailleurs grandement les Silver Stars à se hisser en finale de WNBA mais malheureusement, cette année là, le Shock de Detroit de Katie Smith est trop fort et San Antonio est balayé en finale.

En 2009, les Silver Stars sont stoppées en demi-finale de conférence par les futures championnes, les terribles Phoenix Mercury et leur duo Taurasi/Pondexter.

En 2010 et 2011, Ann Wauters ne revient pas en WNBA mais elle a la meilleure des excuses : en juin 2011, Ann donne naissance à Vince alors que son épouse, Lot, accouche d’une petite Lou moins d’un mois plus tôt.

Seattle Storm

En 2012, retour sur les parquets de WNBA avec femme et enfants sous le bras : c’est à Seattle qu’Ann dépose ses valises. A ses côtés, Sue Bird, Lauren Jackson, Katie Smith et Tina Thompson, rien que ça. Malheureusement, cela ne suffit pas pour venir à bout des Minnesota Lynx en demi-finale de conférence : les futures finalistes s’imposent 2 à 1 et d’un seul petit point dans le match décisif.

Avec des nouvelles priorités dans la vie, Ann prend à nouveau un peu de recul avec la WNBA et se consacre surtout à sa carrière européenne où elle trône en reine. On ne la reverra plus avant 2016 en WNBA, pour une ultime saison dont elle a définitivement bien fait de ne pas se priver.

Los Angeles Sparks

Revoilà donc Ann avec les Sparks en 2016. Elle est alors âgée de 35 ans et évolue au sein d’une équipe tout simplement incroyable : Candace Parker, Chelseay Gray, Nneka Ogwumike, Kristi Toliver, Sandrine Gruda, les noms de ses coéquipières donnent le tournis ! Si les statistiques d’Ann ne sont plus dans le même ordre de grandeur que ceux de la décennie précédente, elle apporte néanmoins son expérience et son implication aux Angelinos.

Au terme d’une saison époustouflante et d’un Game 5 complètement fou, les Sparks remportent le 3ème titre de leur histoire. L’histoire, Ann l’écrit également en devenant la première belge à remporter un championnat WNBA. C’est d’ailleurs sur ce titre qu’Ann Wauters tire définitivement sa révérence en WNBA, un finish parfait pour celle qui a balisé tout le chemin pour les futures Belges qui s’essayeront à la grande ligue.

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Pure joy #2016champs

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L’Europe

Si Ann a su tenir sa place et bien plus en WNBA, c’est véritablement en Europe qu’elle a régné sur la planète basket. Son palmarès en dit long : 4 fois vainqueur de l’Euroleague, 4 fois championne de France, 5 fois de Russie, une fois d’Espagne. Et à côté de cela, il y a encore les Coupes, les finales. Et cerise sur le gâteau, avec 3771 points, Ann Wauters est l’indiscutable numéro 1 des points marqués en Euroleague… mais aussi des rebonds captés avec 1876 prises.

Elle a également été élue meilleure joueuse européenne en 2001, 2002, 2004, 2005 et 2008 et meilleure joueuse du Final Four de l’Euroleague en 2001, 2002, 2003 et 2004.

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Les Cats

A 39 ans et après avoir connu de gros soucis au genou lors des deux dernières années, il y a encore une chose qui fait avancer Ann Wauters : ce sont les Belgian Cats. En ligne de mire, une sélection pour les Jeux Olympique de 2020, le seul événement qui manque au CV ultra-complet d’Ann.

Elle qui a fêté ses 100 sélections en équipe nationale lors du Mondial de 2018 a connu le bronze européen en 2017 et la superbe campagne de 2018. Mais jamais, dans leur histoire, les Cats n’ont réussi à se qualifier pour les JO. C’est dire l’importance du tournoi pré-olympique qui aura lieu entre le 6 et le 9 février.

Pour se préparer au mieux et suite à une blessure au genou qui la mine depuis 2018, Ann a travaillé sans relâche avec une équipe de kinés, préparateurs sportifs et coachs.

Elle a ainsi pu compter sur Dominic Rossi de Corodo Coach pour l’aider à retrouver ses sensations après 2 opérations consécutives. Celui-ci témoigne de son travail auprès d’Ann :

On n’imagine pas les sacrifices faits par Ann Wauters pour arriver à ses objectifs. C’est tout simplement incroyable. Le fait de partir maintenant en Turquie, à ce moment de sa carrière et avec sa vie de famille, c’est un énorme sacrifice. C’est ce qui fait la différence entre les bonnes joueuses et le top du top, dont fait partie Ann : rien ne peut l’arrêter, elle va aller chercher même dans les petites choses ce qui peut faire la différence. Ce qu’elle fait actuellement est incroyable !

Dominic Rossi, Corodo

Comme l’explique Dominic, Ann a donc signé en Turquie avec le club de Kayseri afin d’arriver en pleine possession de ses moyens à Ostende en février. Elle s’est d’ailleurs exprimée à ce sujet sur Instagram via une magnifique lettre ouverte.

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Dear basketball, ….

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Tous les regards seront donc tournés vers les Belgian Cats début février. On espère revoir les pick and roll légendaires du duo Wauters/Carpréaux avec, à la clé, le ticket pour Tokyo. Marjorie Carpréaux s’est dite prête à faire le maximum pour aider son amie à réaliser son rêve et on la croit sur parole.

La famille

S’il y a bien un élément important et qui fait partie intrinsèque de l’athlète et de la personne qu’est Ann Wauters, c’est l’importance de sa famille.

Elle est mariée depuis 2007 avec Lot Wielfaert, une ancienne joueuse de basket et actuellement agent au sein de la société de management sportif Atticus.

Ensemble, elles ont 3 charmants petits blondinets : Lou et Vince, nés en 2011, et Dree, arrivée 3 ans plus tard. Tout fan des Belgian Cats a déjà eu l’occasion de les voir encourager leur maman et graviter autour du terrain.

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Summer in Belgium ⛅️🌥☁️

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Et au-delà de la famille, il y aussi les amis qui deviennent la famille. Marjorie Carpréaux ne tarit pas d’éloges sur son amie : “Ann est un exemple, aussi bien sur le plan sportif qu’humain. Ce qu’elle est encore en train de faire actuellement, à son âge, avec sa carrière et malgré son genou, c’est exemplaire.”

Et le reste

A presque 40 ans, Ann Wauters est loin d’être sans idées en ce qui concerne son après-carrière. Elle met en effet déjà ses talents d’oratrice à profit en tant que “speaker“. Dans ce cadre, Ann partage son expérience unique d’athlète de haut niveau et témoigne de ce qui compte vraiment dans le sport d’équipe. 

Elle a également émis le souhait de rejoindre Atticus comme consultante. A ce sujet, elle déclarait en 2007 : “Je pense avoir l’expérience nécessaire pour pouvoir soutenir les joueurs. Je suis toujours passionnée par le basket et je pourrais encore jouer un rôle sur le terrain, peut-être en tant qu’entraîneur personnel.”

A côté de cela, elle a co-fondé la société Smart Mind avec Ellen Schouppe qui n’est autre que la coach mentale des Belgian Cats. La mission de Smart Mind est d’aider les athlètes et les entraîneurs à atteindre les sommets en leur apprenant comment lier leurs compétences à une attitude positive basée sur le travail. Tout un programme… mais qui mieux qu’Ann Wauters peut l’illustrer et en devenir la porte-parole ?

Pour conclure, laissons la parole à Marjo, tout simplement.

Ann, c’est une une personne humble, une personne qui écoute, une maman incroyable, une amie tout simplement. Elle a toujours été là pour moi, pendant les matchs, les entrainements mais aussi dans ma vie personnelle. Je dois beaucoup à Ann Wauters.

Elle et moi, on a un truc, une petite phrase à nous : “On va chercher.” Elle comprendra…

Marjorie Carpréaux