Becky Hammon

Si vous aimez les histoires d’underdog, vous allez apprécier Becky Hammon. Si vous aimez les joueuses au QI basket sur-développé, vous allez aimer Becky Hammon. Si vous aimez les joueuses qui n’ont peur de rien, ni de personne, vous allez adorer Becky Hammon. Si vous aimez le basket, en fait, vous finirez tout simplement par admirer Becky Hammon.

Pour certaines joueuses, le chemin vers la WNBA s’apparente à une voie royale. Ça n’a pas été le cas de Becky Hammon. A chaque étape de sa carrière, elle a dû faire ses preuves, compter sur sa ténacité à toute épreuve pour montrer qu’elle en avait dans le ventre et que son mental la pousserait plus loin que beaucoup d’autres.

Basket et prières

Née à Rapid City, dans le South Dakota, la petite Becky aime affronter son frère aîné et son papa avec une balle en mousse, le tout sur un petit cerceau cloué à une porte. Ensuite, en grandissant, les matchs se déplacent dans l’allée devant la maison. On finit même par l’éclairer afin de permettre à Becky de prendre des shoots, encore et encore, même lorsque l’obscurité tombe…

Jouer au basket-ball, pour moi, c’est comme respirer.

Becky Hammon

Outre le basket, c’est la foi qui fait vibrer Becky. Elle est une croyante fervente et, enfant, fréquente 3 fois par semaine une église évangélique de sa région. Sa maman pense d’ailleurs que Becky va finir ministre du culte ou missionnaire. Becky, elle, veut devenir joueuse de NBA, la WNBA n’existant pas encore à l’époque. Cette ambition est un challenge des plus difficiles d’autant plus qu’elle stagne assez longtemps à moins d’un mètre 50. Elle finira par atteindre péniblement le mètre 68 au fil des ans. Mais les centimètres qui lui manquent, elle les compense par son mental. Elle explique ainsi que c’est sa foi qui lui a donné du courage et du réconfort, le sentiment que sa vie avait un but.

Bien entendu, Becky rejoint dès qu’elle le peut l’équipe de son lycée, la Stevens High School, où elle affiche des statistiques plus que satisfaisantes : 26 points, 4 rebonds et 4 assists de moyenne pour sa saison senior. Mais le Dakota du Sud n’est pas vraiment réputé pour son niveau de basket et les joueuses de moins d’un mètre 70 n’excitent pas outre mesure les recruteurs. Aucune université de renom n’essaie d’avoir Becky Hammon dans ses rangs…

Tête la première avec les Rams

Elle s’envole alors dans l’état du Colorado où elle rejoint les Rams (Béliers) de Colorado State. Là-bas, le coaching staff croit, à raison, en elle. Pour animer les apéros mondains sur le thème “Belgique chic et choc”, sachez que Kim et Hanne Mestdagh ont également fréquenté la même université que Becky Hammon mais plusieurs années plus tard.

Les Rams, qui avaient très rarement un bilan à l’équilibre et penchaient plutôt du côté de la force obscure des défaites avant l’arrivée de Becky, connaissent une période faste durant les années Hammon : 3 participations au tournoi de la NCAAW et en 1999, un bilan de 33-3 et une participation au Sweet Sixteen !

Au passage, Becky pulvérise plusieurs records au sein de Colorado State : meilleure marqueuse de l’université (2 740 points), meilleure moyenne de points par match (21,92), plus grand nombre de shoot convertis (918), plus grand nombre de panier à 3 points convertis (365), plus grand nombre d’assists (538) et même plus grand nombre d’interceptions (315). En bonus, elle s’offre le scalp de Keith Van Horn, ancien finaliste NBA avec New Jersey, comme meilleure scoreuse de l’histoire de la WAC (Western Athletic Conference).

D’underdog à Franchise Player

Malgré ces faits d’arme impressionnants, Becky Hammon est ignorée lors de la Draft de 1999. Pourquoi ? Sa taille, encore et toujours, est un frein pour de nombreux General Managers peu créatifs. L’autre raison est qu’en 1999, l’American Basketball League, ligue “concurrente” de la WNBA, cesse ses activités. Un vivier de joueuses expérimentées et de qualité se trouve donc à disposition des franchises de WNBA, avec des basketteuses du calibre de Katie Smith ou Dawn Staley. Difficile, donc, de faire sa place cette année là.

Mais le coach de New York, Richie Adubato, a eu la chance de voir Becky évoluer avec Colorado State et est bien étonné d’apprendre qu’elle n’a été sélectionnée par aucune franchise. Il l’invite donc au camp d’entrainement du Liberty. Là, comme souvent dans sa carrière, Becky démontre par son jeu que les apparences sont trompeuses.

Après avoir montré qu’elle a bien sa place sur les parquets de la WNBA, elle assure la sienne dans le cinq de New York. Avec New York, elle participe à trois finales (1999, 2002 et 2002) et ne manque les playoffs qu’en 2003 et 2006. Lors des saisons 2004 et 2005, elle est la leader de l’équipe en nombre de points inscrits, de paniers primés réussis, d’interceptions et de minutes jouées. Elle est ainsi passée du statut “Invitée au camp d’entraînement” à celui de “Moteur et visage de l’équipe”.

En 2007, elle quitte le Liberty pour rejoindre la franchise texane des San Antonio Stars, la petite soeur des San Antonio Spurs, évidemment déjà coachés par un certain Gregg Popovich. Lors du All-Star Game 2008, elle joint ses forces à celles de la légende locale David Robinson, retraité depuis cinq ans, et du maître des lieux Tim Duncan pour remporter le Shooting Stars Challenge.

A San Antonio, elle continue d’affoler les défenses adverses avec son style intrépide, ses tirs roulés en fin de pénétration impossibles à contrer et surtout sa capacité incroyable à mener une équipe et tirer le meilleur de ses coéquipières. Avec les Stars, elle parvient à accrocher une nouvelle finale de WNBA en 2008 mais le Shock de Detroit éteint les espoirs texans en assénant un sweep expéditif.

Si Becky fait partie de ces joueuses de légendes sans bague au doigt, il est certain qu’elle est aussi l’une des plus populaires de la ligue et que cette popularité perdure à travers les années.

La guerre froide

Une seule porte est restée fermée pour Becky au cours de sa carrière : celle de l’équipe nationale américaine. En 2008, elle apprend qu’elle n’est même pas invitée à participer aux essais pour rejoindre Team USA en vue des JO de Pékin. Elle décide alors de prendre la nationalité russe et s’engage avec l’équipe nationale de son pays d’accueil. C’est en effet déjà la 2ème saison que Becky évolue au CSKA Moscou durant la trêve hivernale de la WNBA. Grâce à ce choix, difficile à prendre, Becky participe aux Jeux Olympiques de 2008 et 2012 et remporte une médaille de bronze olympique.

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Si cette pratique de naturalisation est assez courante actuellement, elle l’était moins à l’époque et le choix de Becky a été décrié. Anne Donovan, la coach de Team USA à l’époque, n’hésite pas à la critiquer durement.

“Si tu joues aux Etats-Unis, que tu vis aux Etats-Unis, que tu as grandi aux Etats-Unis, mais que tu revêts une tunique de la Russie, pour moi tu n’est pas quelqu’un de patriote”.

La réponse est clinglante.

“Tu ne me connais pas et tu ne sais pas ce que ce drapeau représente pour moi. Tu ne sais rien de mon enfance. Le plus grand honneur pour moi en classe était de faire monter le drapeau. On n’a pas la même définition du patriotisme. J’aime mon pays. J’aime notre hymne et il me donne parfois des frissons. Je suis fière d’être Américaine pour ce que défendent les Etats-Unis”.

J’avais deux choix. Je pouvais soit rester à la maison et regarder les Jeux Olympiques, soit y aller et y participer. C’était vraiment aussi simple que ça. C’était une décision difficile et j’ai pris beaucoup de risques au début, mais une fois que la vérité a commencé à sortir, j’ai senti que beaucoup de gens avaient changé d’avis et j’ai ressenti beaucoup d’amour et de soutien pendant tout ce temps”.

Becky Hammon à propos de sa décision de jouer pour l’équipe nationale russe

Cette accointance avec la Russie lui servira plus tard lors de sa première longue discussion avec Gregg Popovich. De retour des Jeux Olympiques de Londres, en 2012, Pop et Becky réussissent à s’asseoir l’un à côté de l’autre dans l’avion qui les ramène à San Antonio. Becky vient de remporter la 4e place avec la Russie, alors que Pop repart avec la médaille d’or au cou. Ce dernier, diplômé en études soviétiques à l’US Air Force Academy, est ravi de partager ses expériences russes avec la pétillante meneuse de jeu. Le début d’une idylle professionnelle est en train de voir le jour à 10 000 mètres du sol.

Après la pluie…

En 2013, Becky se blesse gravement au genou : la fameuse rupture des ligaments croisés antérieurs. Elle profite de cette blessure pour recontacter Gregg Popovich, sur les bons conseils de Dan Hugues, alors coach des San Antonio Stars, et lui demande si elle peut assister aux entrainement des Spurs durant son année de convalescence. Celui-ci, pourtant connu pour évoluer en cercle fermé et restreint, accepte.

Remise sur pied, la numéro 25 des Stars joue une ultime saison en 2014 avant de raccrocher définitivement et de voir son maillot s’élever au plafond du AT&T Center.

Le coeur et la tête de Becky sont déjà ailleurs et plus précisément sur le banc des Spurs, au côté de Pop. Elle devient ainsi, en 2014, la première femme assistante-coach en NBA. En 2015, elle est à nouveau une pionnière en étant la première femme à coacher une équipe de NBA en Summer League. Elle mène d’ailleurs son équipe à la victoire.

Si Becky se retrouve aux côtés de Pop, c’est parce qu’elle a du talent. Point barre. Ce dernier est d’ailleurs très clair sur le sujet :

Cela n’a rien à avoir avec le fait qu’elle soit une femme. Il se fait qu’elle est une femme…

Greg Popovich

Depuis plus de 6 ans, maintenant, Becky apprend au côté de l’un des meilleurs coachs de l’histoire. Elle a reçu d’autres sollicitations mais reste fidèle à coach Pop et San Antonio. Quand on lui en parle Becky a un avis tranché sur la question :

Si vous vous intéressez aux voitures, c’est comme si vous pouviez travailler avec Henry Ford et qu’il acceptait de vous expliquer comment fonctionne le modèle T…

Becky Hammon à propos du fait d’apprendre aux côtés de Greg Popovich

L’histoire est loin d’être finie

Et l’avenir, comment et où se dessine-t-il pour Becky ? La saison NBA 2019-20 a semé quelques doutes dans l’esprit des partisans de Coach Hammon en doublure de Coach Pop. Expulsé du jeu après quelques minutes en novembre 2019, ce dernier a effectivement demandé à Tim Duncan, promu assistant coach quelques mois plus tôt, de le remplacer.

Occasion manquée pour Pop de placer Becky comme sa doublure officielle, elle qui est maintenant la plus “ancienne” dans le coaching staff ? Le joyeux barbu s’en est défendu, avançant un argument imparable : c’est Tim Duncan qui avait scouté le match, c’était donc à lui de reprendre les rênes de cette rencontre. Net, propre et sans bavure : Popovich l’avait bien dit, il n’est pas là pour faire avancer une quelconque cause, il place les gens qu’il juge compétents dans des situations données à des instants T. Ce n’était donc juste pas le moment de Becky.

Est-ce une raison pour baisser les bras ou se décourager ? La carrière entière de Becky démontre le contraire. A chaque difficulté, elle s’est dépassée et l’a dépassée. Il ne s’agit ici que d’un petit contretemps mais elle y arrivera. Il suffit d’écouter que certains grands joueurs qu’elle a guidés en tant qu’assistante de Pop disent sur elle. Pau Gasol est une légende du basket européen et un double champion NBA, excusez du peu. Lisez un peu ce que disait l’Espagnol à son sujet dans le Players’ Tribune l’année dernière.

“J’ai gagné deux titres NBA, joué avec quelques uns des meilleurs joueurs de cette génération et été sous les ordres de deux des plus grands esprits de l’histoire du sport : Phil Jackson et Gregg Popovich. Je peux vous le dire : Becky Hammon peut coacher. Je ne dis pas qu’elle peut coacher plutôt bien. Ou juste assez bien pour s’en sortir. Ni presque au même niveau que des hommes. Becky Hammon peut coacher une équipe NBA. Point”.

Une preuve concrète ? Gasol poursuit, en racontant cette fois où Hammon a interrompu une session de travail sur pick and roll entre Dejounte Murray et lui. La manière dont Murray adressait ses passes à son aîné a fait tiquer Becky, qui a réglé le problème en deux temps-trois mouvements.

“Elle a expliqué que j’avais besoin de recevoir le ballon avec un peu plus d’effet pour avoir de meilleures chances de conclure derrière. Elle nous a fait alterner la séquence à gauche et à droite du terrain. Dejounte a vite compris ce qu’elle voulait dire et on a tout réussi derrière. Ça m’a marqué. Il faut un niveau de connaissance du jeu important pour comprendre ce qu’a fait Becky. Elle a remarqué un petit détail et a immédiatement identifié la solution, tout en communiquant suffisamment bien la chose pour que le résultat soit au bout”.

Becky Hammon a tout pour être cette pionnière dont a besoin la NBA pour casser des barrières. Elle le sera forcément un jour. Qu’elle soit guidée par la foi ou simplement par son talent.

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