Kyrie Irving sur les traces de Kobe Bryant en WNBA ?

“Beaucoup d’entre eux nous regardent. Mais j’ai envie de leur dire : ‘ajoute l’argent aux paroles’.” En janvier dernier, Nneka Ogwumike reprochait aux joueurs NBA d’être un peu trop timides dans leur investissement auprès de la WNBA et de ses joueuses. Kyrie Irving est le premier, semble-t-il, à avoir compris le message.

Le meneur des Brooklyn Nets vient de faire un geste de grande classe en initiant un fonds d’un montant de 1.5 million de dollars pour soutenir les joueuses absentes de la saison 2020 à cause de la pandémie ou de leur volonté de poursuivre la lutte sociale au sein du mouvement Black Lives Matter. Cette somme servira à couvrir le manque à gagner de celles qui ont fait ce choix que l’ancien joueur des Cleveland Cavaliers souhaitait voir se répandre en NBA.

On aurait aimé que le premier vrai geste financier d’un membre de la grande ligue soit un rachat d’une franchise. Au hasard, le Dream d’Atlanta partiellement possédé par la sénatrice Kelly Loeffler, groupie de Donald Trump, qui semblait intéresser l’ancien All-Star Baron Davis… Ce sera pour plus tard. Savoir qu’une superstar de la NBA est capable de monter au créneau pour soutenir les joueuses est déjà très encourageant.

Il y a 6 mois maintenant, le décès de Kobe Bryant a été un drame à bien des égards. Dans cette tragédie, le monde du sport a perdu une icône. Des familles ont perdu des êtres chers et des enfants. La WNBA, elle, a vu disparaître un fantastique ambassadeur prêt à s’impliquer pour que la ligue et ses joueuses aient la reconnaissance populaire et financière qu’elles méritent. Sans parler, évidemment, de la douleur de la présence dans l’hélicopètre de Gianna Bryant, dont le potentiel et l’éthique de travail l’autorisaient à rêver d’un avenir doré dans la ligue.

Si Kyrie Irving venait à prendre le relais de Kobe, ce serait une nouvelle formidable et au final pas si étonnante.

L’auteur du shoot culte des Finales NBA 2016 contre Golden State était devenu très proche du “Black Mamba” depuis sa retraite. Ce dernier lui servait de mentor et les deux hommes partageaient cet intérêt et cette admiration pour le basket joué par des femmes. En 2018, Irving avait avoué être depuis l’adolescence un immense fan de Sue Bird, dont il avait fait la connaissance deux ans plus tôt lors des Jeux Olympiques de Rio. Lorsque celle-ci lui a confié qu’elle aimait porter des Kyrie sur le terrain, “Uncle Drew” n’a pas traîné à lui faire un joli cadeau.

“Je suis allé chez Nike et je leur ai dit : ‘Vous avez vu que la meilleure meneuse de l’histoire du basket porte mes chaussures ? Oui ? Alors donnez lui ce qu’elle veut”, avait-il raconté dans SB Nation.

Sue Bird avait opté pour un design loufoque autour de la “Granny” du dessin animé Titi et Grosminet, en guise de clin d’oeil à son âge. Avec ces sneakers aux pieds, Bird était allée décrocher le troisième titre WNBA de sa carrière en finale contre les Washington Mystics (3-0).

La première fois que l’on s’est parlé, Kyrie était tellement aimable ! Il m’a dit qu’il était un grand fan et adorait mon jeu. On pouvait voir qu’il était excité, ce qui était très cool pour moi. Je suis aussi une très grande fan de son jeu“, avait expliqué le star du Storm.

En NBA, la cote de popularité de Kyrie Irving n’est pas au beau fixe. Moqué ou critiqué pour ses interrogations sur la platitude de la Terre, pour son leadership vacillant à Boston et son rôle dans le début de fronde d’une partie des joueurs avant l’entrée dans la bulle, ce rapprochement avec la WNBA va lui faire du bien. Ici, personne ne lui rappellera ses errements et accueillera au contraire à bras ouverts sa motivation, son envie de s’impliquer et son respect pour les athlètes de la ligue. A Brooklyn, il côtoiera de près les New York Liberty, amenées à évoluer elles aussi au Barclays Center une fois la situation sanitaire redevenue à peu près normale.

Kyrie est un mama’s boy et un girl’s dad

Alexandria Ocasio-Cortez a récemment dit, en conclusion d’une tirade splendide pour répondre aux insultes d’un confrère au Sénat (qui avait mis ses filles et sa compagne en avant pour se défendre de tout sexisme) : “Je ne crois pas qu’avoir une fille rend un homme décent. Je ne crois pas qu’avoir une femme rend un homme décent. Traiter les gens avec dignité et respect, voilà ce qui rend un homme décent”.

En ce qui concerne le respect pour les femmes, Kyrie Irving semble justement être à ranger dans cette catégorie. Elles ont toujours occupé une place prépondérante dans sa vie et dans son évolution. Il s’est construit sans sa mère Elizabeth, décédée d’une maladie foudroyante lorsqu’il était enfant, mais la cite constamment en exemple. C’est grâce à elle qu’il a creusé du côté de ses origines amérindiennes pour aider la communauté Sioux de Standing Rock à lutter contre la construction d’un pipeline sur ses terres. Et c’est en son honneur qu’il a prénommé sa fille Azurie Elizabeth lorsqu’elle est née en 2015.

S’il ne voit pas autant Azurie qu’il le souhaiterait – il est séparé de sa mère – Kyrie Irving inscrit fréquemment ses initiales sur ses chaussures et a plusieurs fois expliqué qu’il ferait tout pour qu’elle ait les mêmes opportunités qu’un garçon. Irving a aussi grandi avec une soeur, Asia, d’un an son aînée. Pour marquer l’importance qu’elle a dans sa vie, il lui a dédié un modèle de Kyrie 6, la “Asia”, un modèle pensé pour les filles, en lui confiant le design de A à Z.

On espère bien voir Kyrie Irving s’impliquer de plus en plus en WNBA et reprendre le flambeau de Kobe Bryant, pour lequel l’empowerment des athlètes féminines et des femmes en général n’étaient pas une oeuvre de charité, mais une thématique de société essentielle. Et s’il peut entraîner dans son sillage quelques uns de ses camarades pour qu’ils fassent un peu plus que porter le joli hoodie orange de la WNBA une fois dans l’année, ce sera parfait.



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