Qui était Breonna Taylor ?

Si vous avez suivi la reprise de la WNBA ce week-end, le nom de Breonna Taylor vous a forcément interpellé, car il était tout simplement partout : au dos des maillots des joueuses, sur leurs tenues d’entraînement, et surtout, dans toutes les bouches.

En ouverture du match inaugural de la saison qui opposait le Seattle Storm au New-York Liberty, Layshia Clarendon et Breanna Stewart ont initié vingt-six secondes de silence, observées en hommage à l’âge auquel la jeune afro-américaine de vingt-six ans fut assasinée dans la nuit du 12 au 13 mars dernier. À travers ce geste et les nombreuses prises de position qui ont suivi, les joueuses de WNBA ont réaffirmé leur engagement pour la défense des droits de tous, et en particulier des plus vulnérables, dans la société américaine. Comme l’a affirmé Layshia Clarendon, les 144 joueuses de la ligue ont plus que jamais pour ambition d’être “une voix pour ceux qui n’en ont pas”.

Mais pour prendre la pleine mesure de cette déclaration, il est indispensable de connaître l’histoire de Breonna Taylor.

Il y a plus de six mois, Breonna Taylor fut tuée de huit balles, dans son sommeil, par trois officiers de la police de Louisville : Jonathan Mattingly, Brett Hankison, et Myles Cosgrove. Munis d’un mandat de perquisition, les policiers pensaient trouver chez Breonna Taylor et son fiancé un suspect qui, en réalité, avait déménagé depuis plusieurs mois, et qui avait par ailleurs été arrêté plus tôt dans l’après-midi par d’autres officiers. Selon l’avocat de la famille de Breonna, les policiers auraient enfoncé la porte de l’appartement sans s’annoncer, ce qui aurait poussé Kenneth Walker, son compagnon qui croyait à un braquage, à ouvrir le feu. En riposte, les agents des forces de l’ordre ont tiré à plus de dix reprises, provoquant la mort de Breonna Taylor.

Breonna Taylor était infirmière. Elle avait de nombreux centres d’intérêt, parmi lesquels le basket. À l’initiative d’Angel McCoughtry, qui a joué au cours de sa carrière univeristaire pour les Cardinals de Louisville, le syndicat des joueuses de la WNBA a décidé d’honorer la mémoire de Breonna tout au long de la saison.

C’était suite à l’émoi qu’a suscité la vidéo de la mort de George Floyd tout autour de la planète et au retour en force consécutif du mouvement #BlackLivesMatter que le nom de Breonna Taylor avait été mis sur le devant de la scène. Les deux incidents témoignent en effet de la violence palpable qui régit la société américaine, ainsi que de la très grande vulnérabilité des personnes noires et, plus généralement, des minorités, vis-à-vis de ces violences qui les touchent en première ligne.

Mais là où l’attention internatinale qu’a reçu la mort de George Floy a eu pour conséquence de pousser à l’arrestation des policiers fautifs, les tueurs de Breonna, eux, sont toujours en liberté. C’est en réponse à cette injustice qu’est né le mouvement #SayHerName, une campagne qui vise à défendre les droits des trop nombreuses femmes noires victimes de violences policières, et dont les joueuses WNBA ont choisi de prendre part à la médiatisation.

Au cours de sa prise de parole de samedi dernier, Layshia Clarendon a donc souhaité, au nom du syndicat qui représente les 144 joueuses de la ligue, dédier cette vingt-quatrième édition de la WNBA à la mémoire de toutes ces femmes.

Ainsi a-t-elle affirmé : “Nous dédions cette saison à Breonna Taylor, une infirmière formidable qui fut assassiné chez elle il y a plus de cent trente jours. […] Nous dédions également cette saison au mouvement #SayHerName, un mouvement qui s’engage à […] se battre pour la défense des droits des femmes noires, qui sont si souvent oubliées dans la lutte pour la justice.

Une chose est sûre : tout comme la saison sportive vient à peine de s’ouvrir, le combat mené par les 144 joueuses de la ligue pour que justice soit rendue à Breonna Taylor ne fait que commencer. Dans une Amérique — et plus largement un monde — plus que jamais divisé, le combat pour la justice, l’égalité et la dignité pour tous est bien loin d’être d’achevé. Mais sur ce terrain comme sur les parquets, au moins pouvons-nous compter sur nos joueuses pour ne jamais abandonner.

SAY HER NAME.

JUSTICE FOR BREONNA TAYLOR.



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