Jeunesse, maternité et expériences overseas : on a parlé avec Candace Parker

Les superstars dans le monde de la WNBA se comptent sur les doigts de la main. Candace Parker en est une.

On a eu la chance de pouvoir discuter avec la légende vivante des Los Angeles Sparks, double MVP de la saison régulière (2008 et 2013), championne WNBA (2016), cinq fois All-Star et, surtout, l’une des joueuses les plus complètes à avoir jamais foulé un parquet.

Candace a évoqué avec nous son parcours, sa vie, les gens qui l’ont inspirée et ses projets, confirmant, si besoin était, qu’elle est l’une des athlètes les plus sympathiques et intéressantes du sport américain.

Candace’s answers were so interesting that we decided to give the opportunity to the english speaking readers to have it in the original language. You can find it by clicking here.


Candace, comment se passe le confinement pour toi et ta famille à Los Angeles ?

C’était un peu la folie, mais il ne nous reste que deux semaines normalement, donc on s’accroche. J’ai de la chance parce que Lailaa est super. Elle suit les cours depuis la maison. Elle est à la fin de son fifth grade (la classe fréquentée par les enfants américains entre 10 et 11 ans, NDLR). C’est à partir de là que ça devient un peu plus difficile, mais ça se passe bien. Elle gère une grande partie des devoirs toute seule, c’est une bonne chose.

Tu as grandi dans une famille d’athlètes dans l’Illinois, avec deux frères basketteurs et un père qui avait joué à la fac. Comment est-ce qu’on se fait une place dans un foyer comme celui-là ?

Mon enfance toute entière a été vraiment très, très compétitive. A la maison, au parc, dans des matches de basket ou ailleurs… Mais j’ai adoré ça. C’était vraiment important pour moi de grandir en étant élevée comme mes frères (Anthony, l’aîné, a joué en NBA et en Euroleague entre 1997 et 2012, NDLR), avec cette importance mise sur le sport. Là où je suis chanceuse, c’est que mes parents ont toujours fait en sorte que je me sente capable de faire absolument tout ce que je voulais. Ils ne voulaient pas que je réfléchisse différemment parce que j’étais une fille. Comme je disais, c’était vraiment une compétition constante et je ne pense pas avoir gagné un match de basket de toute mon enfance. On ne m’a jamais laissée gagner simplement parce que j’étais la petite fille ou la petite soeur. C’est pour ça que quand j’ai commencé à gagner, je savais que c’était pour de vrai et qu’on ne m’avait pas offert la victoire (rires)

Quand tu étais plus jeune, est-ce qu’il y a une joueuse WNBA qui te servait d’inspiration ou dont tu espérais pouvoir imiter la carrière ?

Oui, Tina Thompson ! Quand j’avais 10 ou 11 ans, les Houston Comets, c’était quelque chose… Elles ont gagné quatre titres de suite et ça m’a marquée. J’avais un maillot des Comets et j’admirais vraiment Tina. A l’époque, il était prévu que je mesure 1,88 m au maximum (Candace Parker fait 1,93 m aujourd’hui, NDLR), comme elle. On me voyait possiblement comme une poste 4 un tout petit peu plus petite que les autres. Du coup, j’adorais reproduire ce que faisait Tina, son shoot en se retournant notamment. Elle ne se contentait pas de jouer près du panier comme d’autres intérieures et c’est une approche que j’ai adoptée après. Tina Thompson, c’était une sacrée joueuse de basket !

On sait que Pat Summitt a été importante pour toi, comme pour la plupart des joueuses qui l’ont eue comme coach. Qu’est-ce qui te vient à l’esprit quand tu penses à elle ?

Tout le monde ne voit Pat Summitt que comme une coach victorieuse, qui faisait le job. C’est indéniable, mais je me sens tellement privilégiée d’avoir pu la connaître et la voir sous un jour différent. C’était presque comme une deuxième mère pour moi. Sa passion, son énergie, son attention au moindre détail, son éthique de travail… J’admirais tout ça. Je pense qu’elle a travaillé plus que quiconque dans le monde du basket. Il y a une époque où je me souviens de la voir à la salle jusqu’à 4 ou 5 heures du matin pour préparer des choses liées à l’équipe, avec un plat qu’elle avait préparé chez elle. Elle devait jongler entre le fait d’être une mère présente pour sa famille et celui d’être aussi là pour nous, ses joueuses. Je l’admirais pour ça.

C’est pour elle que tu as choisi Tennessee plutôt que UConn ou une fac de l’Illinois à l’époque ?

Oui, mais pas uniquement. Mes parents et moi nous étions toujours dit qu’il fallait que joue au basket devant un public chaud et nombreux, avec des gens passionnés, qui aiment le basket et seraient là à chaque fois pour soutenir l’équipe. C’était le cas là-bas. J’ai passé quatre ans chez les Lady Vols, en ne jouant que trois saisons (à cause d’une blessure, NDLR). A chaque fois, sur ces quatre années, nous étions l’équipe avec le plus de spectateurs en tribunes. Et les fans de Tennessee ne s’arrêtaient pas aux matches à domicile. Ils voyageaient souvent avec nous (rires). Parfois, à l’extérieur, il y avait plus de fans de Tennessee dans les tribunes que de supporters de l’équipe locale. Mes parents m’avaient aussi dit qu’il était important que je ne pense pas qu’au basket. Dans le meilleur des cas, effectivement, j’étais partie pour une carrière professionnelle jusqu’à 40 ans. Mais il faut penser à l’après-carrière et il y a toute une vie à vivre après ça. Donc il était important de se concentrer sur le fait d’être une bonne personne, d’apprendre à travailler dur, à être une leader, toutes ces choses-là… Là-bas, c’est ce que Coach Summitt te garantissait aussi en dehors du terrain et c’est ce qu’elle apprenait à ses joueuses.

Candace Parker vs UConn

En 2009, au sortir de ta première saison en WNBA, tu as donné naissance à ta fille Lailaa. Quel impact son arrivée a-t-elle eu sur toi en tant que joueuse et en tant que personne ?

Je pense vraiment qu’il était écrit que les choses devaient se passer comme ça. Depuis que ma fille est dans ma vie, on a grandi ensemble et je ne pense pas que je serais la joueuse et la personne que je suis aujourd’hui si elle n’était pas là, ou même si elle n’était pas arrivée aussi tôt dans ma carrière. C’est arrivé vite, c’est sûr. Et beaucoup de gens m’ont dit que je ne serais pas capable de revenir à mon meilleur niveau sur le terrain. C’est évidemment quelque chose qui m’a motivée. Je sortais quand même d’une saison où j’avais à la fois remporté le titre de rookie de l’année et celui de MVP. Les attentes autour de moi étaient extrêmement élevées. Tout le monde ne pensait qu’à ce que je serais capable de faire la saison suivante. Aujourd’hui, j’ai le point de vue d’une mère et je vous assure qu’avoir un enfant, c’est unique et incomparable. Elle rend tout meilleur et me fait réaliser qu’il y a bien plus dans la vie que le basket. Je pense qu’elle m’a appris plus de choses que je ne lui en ai apprises (rires). Lailaa et moi sommes extrêmement proches et je suis heureuse qu’elle ait pu me suivre pratiquement partout où j’ai joué. Je suis ravie d’avoir pu l’emmener avec moi partout. On a vécu dans tellement d’endroits et de pays différents… Je suis vraiment chanceuse d’avoir pu faire ça avec une enfant aussi géniale.

Le best of de Candace Parker lors de sa saison rookie

Dans le nouveau CBA, il y a justement des dispositions prises pour les mères ou pour les joueuses qui aspirent à le devenir. Ce n’était malheureusement pas le cas à l’époque où ta fille est née…

Les améliorations du nouveau CBA sont énormes. Il y a beaucoup de choses que nous avons obtenues et dont les gens n’avaient même pas conscience qu’elles n’existaient pas pour nous. C’était un gros problème. Le simple fait de devoir partager une chambre avec quelqu’un alors que tu es une athlète professionnelle. Il y a plein de petites choses comme ça… C’est une belle victoire et un pas dans la bonne direction, mais je pense qu’il y a encore beaucoup de choses à améliorer.

Qu’est-ce que tu changerais en priorité dans le prochain CBA ?

Je pense qu’il faut continuer à se battre pour une meilleure équité salariale et des salaires plus élevés. L’autre point important, c’est l’amélioration des conditions dans lesquelles on voyage, que ce soit au niveau des vols, des hôtels ou même de la nourriture. Il faut aussi que chaque joueuse et chaque équipe puisse avoir constamment accès à des structures d’entraînement de top niveau.

Tu as joué en Russie, en Turquie et en Chine, comme beaucoup des joueuses majeures de WNBA. Qu’est ce que ces expériences, sans doute très différentes, t’ont apporté sur le plan du basket et sur le plan personnel ?

J’ai adoré ça ! J’entends à chaque fois les gens dire : ‘C’est dur pour vous les joueuses WNBA parce que vous êtes obligées d’aller jouer à l’étranger’. C’est vrai que ça a pu être difficile parfois d’être dans un pays différent de celui où vit le reste de ma famille, mais il faut se rendre compte de toutes les expériences de vie que l’on a accumulées. Parfois, on est à table avec ma fille et elle me dit : ‘Tu te souviens quand on est allées en France et qu’on a mangé du flan ?’ – Oui, Lailaa est obsédée par le flan (rires) – ou qu’elle me dit : ‘Tu te rappelles quand on a mangé du borscht en Russie ?’ Avoir ces souvenirs en commun, avoir pu partager ces aventures, autour de gens et de cultures aussi différentes, c’est génial ! Ma fille a des amis dans plein de pays différents et j’adore ça. Elle est à fond dans les cultures étrangères. Elle a compris que les gens ont beau sembler différents, nous sommes les mêmes. On aime nos enfants, nos familles et les choses qui nous passionnent. Jouer et vivre à l’étranger t’apprend à respecter les différences.

Candace et Lailaa en Russie en 2014

Est-ce que l’on te reverra jouer dans un championnat étranger dans les années à venir ?

J’ai envie de voyager et je le ferai. Mais ma fille a 11 ans et ça fait 10 ans que l’on voyage… Il était temps qu’elle puisse vivre au même endroit sur la durée, fréquenter la même école plusieurs années de suite, garder les mêmes amis et pratiquer ses loisirs… Je lui ai déjà fait faire ce sacrifice pendant des années. J’ai toujours envie de voyager, mais je ne sais pas si je rejouerai à l’étranger un jour.

Si tu veux faire quelques mois en France, on ne t’en voudra pas !

Oh, c’est gentil, merci, on verra (rires).

Depuis quelques temps tu es consultante sur TNT pour les matches de la saison NBA. Tu y apportes un regard vraiment différent des autres analystes en plateau et on t’y sent à l’aise. Est-ce que c’est le genre de choses que tu aimerais faire après ta carrière ou est-ce que tu te vois dans le coaching ou même un autre rôle ?

J’adorerais continuer à travailler à la télévision. Je pense honnêtement que c’est ce qu’il y a de mieux après le fait d’être joueuse. Plus que le coaching ou autre chose. J’aurai toujours envie de rester au contact du basket et de faire partie de ce monde-là. Ce qui est bien avec ce rôle de consultante, c’est que tu peux prendre du plaisir tout en travaillant. Je ne sais pas si c’est vrai pour les autres métiers liés au basket… Aujourd’hui, je prends toujours énormément de plaisir à jouer au basket, mais aussi beaucoup en commentant des sujets et en parlant de ce qui se passe en NBA par exemple.

“Love and Basketball”, qui est l’un de tes films préférés, fête ses 20 ans cette année. Pourquoi est-ce qu’on voit si peu de femmes jouer au basket au cinéma ou dans des séries télé et est-ce que c’est le genre de projets qui pourrait t’attirer ?

Honnêtement, je connais absolument toutes les répliques de ce film par coeur. Je peux le faire en intégralité et dès qu’il passe à la télé, je le regarde (rires). J’adorerais faire quelque chose comme ça. Je pense que ce film en particulier est important pour la représentation des femmes dans le basket. Il montre ce que c’est d’être à la fois une femme et une athlète, et les difficultés que ça représente. Je n’arrive pas à croire que le film a déjà 20 ans et qu’il y a eu si peu de projets de ce type… Il est important pour nous de faire en sorte que des choses comme ça existent pour faire avancer la situation. On doit voir des femmes faire du sport. C’est comme ça que l’on change la perception des gens.

Le trailer de Love and Basketball (2000)


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