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Nul n’est prophète en son pays : le salaire des joueuses WNBA

Depuis sa création, le basket est associé au pays de l’Oncle Sam. La NBA rayonne sur le petit monde de la balle orange. Lors de chaque compétition internationale, les équipes américaines sont craintes, redoutées, sèment souvent la désolation et le chaos sur leur passage (et sans le Gant de l’Infini).

Plusieurs joueurs NBA occupent une place de choix dans les classements annuels des sportifs les mieux payés, démontrant ainsi le succès sportif mais également financier de la ligue. Et pourtant, en ce qui concerne la WNBA, c’est tout le contraire. Et depuis quelques saisons, les joueuses le font savoir, à raison. Quelles sont leurs vraies revendications ? Que gagnent-elles ?

Coup de projecteur sur les salaires des joueuses WNBA 👀

Parlons chiffres

Le salaire moyen d’une joueuse WNBA tourne autour des 78 000$ par saison. Les rookies, elles, commencent leur carrière avec un salaire annuel moyen de 41 965$. Le choix n°1 de la draft de 2019, Jackie Young, touchera 53 537$. Et du côté des superstars, les salaires plafonnent à 117 000$.

Voilà un beau petit paquet de chiffres mais que représentent-ils réellement ? Liz Cambage, dans un tweet de 2018, a parfaitement illustré la situation financière des joueuses de la WNBA :

Les 2 situations décrites sont hallucinantes mais pourtant véridiques :

  1. Le salaire moyen d’un arbitre de la NBA qui, rappelons-le, n’est pas un athlète professionnel, est de 150 000$. Cela signifie qu’un arbitre lambda de la NBA touche plus qu’une superstar de la WNBA comme Elena Delle Donne, Candace Parker ou Nneka Ogwumike.
  2. Le 12ème joueur d’une équipe NBA, celui qui en général ne foule même pas les parquets en dehors de l’échauffement, touche plus qu’une équipe entière de la WNBA 😳

Les bonus, distribués en fin de saison, sont également risibles : les championnes touchent chacune 10 500$, les MVP 15 000$, la rookie de l’année gagne 5 000$ et les joueuses sélectionnées au WNBA All Star Game repartent avec 2 500$ de plus.

Le niveau terriblement bas des salaires en WNBA amène donc un phénomène très important d’expatriation des joueuses une fois la saison terminée. On compte ainsi plus de 60% de joueuses évoluant à l’étranger d’octobre à avril. Et dans ces contrées “overseas”, le salaire moyen y est au moins trois fois plus élevé qu’en WNBA. Diana Taurasi, dans sa grande époque, gagnait 1,5 million de $ à Ekaterinburg en Russie.

Quelles sont les revendications des joueuses ?

Lorsqu’on parle des revendications des joueuses de la WNBA concernant leur salaire, les boucliers des haters et autres rageux se lèvent et les arguments fusent rapidement :

  • “Quand elles dunkeront, elles seront payées comme les hommes”
  • “Personne ne regarde la WNBA, elles devraient déjà être contentes d’être payées”
  • “Qu’elles aillent me faire un sandwich”

Ces remarques sont non-fondées et démontrent une méconnaissance du dossier puisqu’à aucun moment, les joueuses n’ont demandé à être payées autant que les hommes. Ce qu’elle demande, et qui est légitime, est que le même pourcentage des revenus de la ligue soit attribué à leur salaire.

Même si les chiffres exacts ne sont pas connus, on peut ainsi estimer que les joueuses de la WNBA ne reçoivent qu’environ 22% des revenus de la ligue. Les joueurs, en revanche, reçoivent plus ou moins 50% des revenus de la NBA.

Il ne s’agit donc pas réellement d’égalité mais bien d’équité. Swish Swish, votre partenaire philo 😆

Cette revendication plus que légitime ne date pas d’hier et une joueuse militante comme Diana Taurasi en parlait encore dans une interview de 2018, non sans une certaine lassitude.

Si la WNBA payait comme la NBA…

Quelle serait la rémunération des vedettes de la WNBA si la ligue allouait 50 % de ses revenus à ses joueuses ? Partons du postulat que toutes les joueuses – quelle que soit leur productivité – sont assurées d’avoir au moins le salaire minimum. Les autres revenus sont répartis entre les joueuses en fonction de leur contribution à l’équipe. Cela donnerait les salaires suivants :

Salaire actuelProjection
Chelsea GrayLos Angeles52 265 $ 741 485$
Sylvia FowlesMinnesota113 360 $700 909$
Elizabeth CambageLas Vegas115 000 $ 648 753$
Nneka OgwumikeLos Angeles115 000 $610 720$
Skylar Diggins-SmithDallas119 500 $564 534$
Jewell LoydSeattle119 500 $517 210$
Alysa ThomasConnecticut115 000 $509 387$
Angel McCoughtryAtlanta117 500 $508 341$
Breanna StewartSeattle56 793 $486 300$
Diana TaurasiPhoenix117 492 $455 025$
DeWanna BonnerPhoenix115 500 $444 980$
Elena Delle DonneWashington115 000 $441 305$
Chiney OgwumikeConnecticut119 500 $432 013$

Les sommes sont encore bien éloignées des salaires de la NBA mais on se rapproche déjà plus d’un salaire correct pour des sportives professionnelles dont la carrière s’arrête en général aux alentours de 35 ans. Sauf Sue et Diana qui sont éternelles, cela va de soi…

La question du marketing

Puisque la question des salaires est intimement liée aux revenus de la ligue, on peut aussi s’interroger sur certains choix marketing faits par la WNBA. 3 sont particulièrement à pointer du doigt 👉

  1. Le design des maillots : actuellement, acheter un maillot WNBA est un acte militant et certainement pas un coup de coeur fashion. De nombreuses joueuses et de nombreux fans déplorent en effet l’omniprésence de la publicité sur les équipements. Si on peut comprendre l’importance de la pub et des revenus qu’elle engendre, c’est malgré tout problématique que sur un maillot, le nom du sponsor soit placardé au détriment du nom même de l’équipe. Cette année, sur les 12 franchises, seules 3 possèdent le nom de leur équipe sur l’avant du maillot. Bref, faites de jolis maillots et pas des encarts publicitaires, les ventes devraient décoller. Offrez aussi la possibilité aux fans de l’étranger d’acheter un maillot sans hypothéquer leur maison pour payer les frais de port.
  2. La diffusion des matchs de pré-saison : en 2019, aucun match de pré-saison n’aura été diffusé, ni sur le League Pass, ni sur aucune chaine nationale de télévision. Alors oui, on a des scores, on a des statistiques. Mais sachant qu’une saison WNBA démarre fin mai pour se terminer début septembre, CHAQUE SECONDE COMPTE ! La pré-saison permet d’une part de roder les équipes mais aussi de promouvoir la saison à venir. Sans aucune diffusion des matchs, l’aventure devient périlleuse…
  3. L’obligation financière, pour certaines joueuses, de combiner la WNBA avec une saison overseas les conduit loin des USA pendant de longs mois. Evidemment, très égoïstement, ça nous permet à nous, petits fans d’outre-Atlantique, de pouvoir voir des joueuses incroyables dans des petites salles avec des tickets à 10€. Mais pendant ce temps, elles ne sont pas en train de faire la promo de la WNBA, de répondre à des interviews sur ESPN, d’organiser des camps de basket avec leur nom en tête d’affiche. Certaines joueuses ont pu trouver des occupations au pays mais ça ne fonctionne que pour les très grands noms de la ligue. Difficile de faire la promotion et d’améliorer le statut d’une ligue si ses principaux artisans ne sont pas dans le coin…
Tout le monde rêve d’un maillot des Salesforce Fever ou des Geico Mystics…

L’évolution de la situation

Malgré ce constat assez alarmant sur les conditions salariales en WNBA, 2 informations nous permettent d’espérer un avenir plus radieux pour les joueuses :

  1. Le 17 juillet prochain, Cathy Engelbert prendra ses fonctions de commissionnaire de la WNBA. Cette businesswoman avérée, PDG de Deloitte depuis 2015 et première femme à diriger une entreprise du Big Four aux États-Unis, a le double avantage de connaître le basket et le monde des affaires. Son profil fait d’elle la candidate parfaite pour améliorer la condition des joueuses.
  2. Le syndicat des joueuses (WNBPA) a décidé, en novembre dernier, de se retirer de la convention collective. Cela veut dire que tout ce que nous vous avons expliqué ci-dessus va être renégocié pour la saison 2020. Les joueuses autour de la table seront Nneka et Chiney Ogwumike, Sue Bird, Elena Delle Donne, Layshia Clarendon entre autres. Et elles auront comme armes des droits de diffusion télé renégociés, une augmentation nette de la fréquentation des salles et de l’audience télé des matchs.

Si la WNBA souhaite offrir le statut et le salaire que ses joueuses méritent d’avoir, il n’est pas trop tard… mais il est temps !



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