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Diana Taurasi, sans langue de bois

Lors d’un match des Mercury contre les Sun, l’équipe de UConn Blog a eu l’opportunité de poser quelques questions à Diana Taurasi sur la Pride night, les inégalités salariales et son nouveau rôle de maman. Comme à son habitude, DT y répond sans langue de bois et avec le franc parler qui la caractérise.

Que pensez-vous que nous devrions retenir de la Pride Night ?

Je pense que c’est un petit moment dans une longue histoire. Prenez une grande inspiration et regardez juste comment, même cette petite partie de la société, t’a un peu laissé tomber. Vous savez, la Pride Night ne change probablement rien. Mais peut-être que, pour un moment, vous pouvez vous sentir normal.

Est-ce plus facile d’être gay dans cette League que ça ne le serait pour un joueur de NBA ?

Oui.

Mais d’un autre côté vous gagnez beaucoup moins…Il y a beaucoup de protestation des deux côtés.

Oui, vous savez notre protestation prend sa source du côté de l’argent. Et du côté masculin, elle est liée à l’évolution des mentalités, ce qui prend beaucoup plus de temps à changer car les hommes sont insécurisés.

Pensez-vous que cette League aura-t-elle jamais une meilleure échelle de paie ?

Pas tant qu’on ne prend pas de mesures drastiques en tant que joueuses. J’en ai parlé ces derniers jours afin d’obtenir une opportunité pour vraiment nous regarder dans le miroir et faire une analyse coût/bénéfice. Mais on a battu en retraite, nous avons eu peur, ne voulions plus mentionner le mot « grève » ou « augmentation de salaire » ou quoique ce soit lié au fait de perdre notre travail. A ma connaissance la NBA a fait une grève, la NHL a fait une grève, et ils ont des millions à perdre ! Donc si nous ne sommes pas, en tant que joueuses, prêtes à tout perdre, nous n’avons vraiment pas grand-chose à gagner.

Etes-vous d’accord avec ce que Kelsey Plum a dit ?

Je ne sais pas ce qu’elle a dit.

50% comme le fait la NBA

50% de quoi ?

Des revenus de la NBA

Oui, ce serait la solution de facilité. Mais ces 50% réduiraient les marges des propriétaires assez sévèrement et je suis quasiment sure qu’ils se désengageraient.

Est-ce que n’importe quelle augmentation de salaire pourrait solidifier les choses ici aux USA ? L’Europe offre tellement plus d’argent.

Cela devrait être quelque chose qui ferait vraiment une différence et le seul moyen pour que cela soit possible est que la NBA fasse quelque chose. Vous savez, c’est plus difficile quand vous n’avez pas tellement de propriétaires NBA avec vous. Je les vois promouvoir la G-league et la Summer League comme si c’était la meilleure ligue au monde, alors que pour la nôtre, on ne peut même pas avoir un résumé de 20 minutes de qui a joué cette semaine. C’est vraiment juste un affront. Ca fait 15 ans que je suis là, à ce stade ce n’est plus mon combat.

Serait-ce correct de dire ce que vous gagnez dans la ligue représente entre 10 à 15% de l’argent que vous gagnez ?

De mon revenu total ?

Oui

Une fraction, peut-être 9%, une fraction de ce que je gagne. Ce n’est pas beaucoup d’argent, à ce stade je joue pour payer l’assurance médicale. J’ai un bébé maintenant, c’est très cher… et c’est très bien. Cigna (Ndlr : Nom d’une assurance), merci pour les soins dentaires ! Et évidemment je joue parce que je travaille pour une superbe équipe. Mais il y a des joueuses qui ne sont pas si chanceuses vous savez. Devoir jouer à Westchester (New York) devant 800 personnes, c’est une insulte à tous les fans des Liberty et aux joueuses, mais ça semble n’embêter personne.

Et ce n’est pas votre combat… mais vous êtes une combattante.

Et bien mon combat, comme je l’ai toujours dit, a été sur le terrain. Tout ce que je peux faire, c’est m’investir complètement dans le basketball. C’est le seul moyen que j’ai pour changer quelque chose. Ces jeunes maintenant s’expriment, ce qui est super, et nous allons avoir une décennie entière de discours sur Instagram.

Mais votre voix a plus de poids en tant que joueuse de 15 ans d’expérience et de haut niveau depuis le premier jour.

Oui, je suis sûre que c’est le cas. Vous savez, quand je dis quelque chose, je le pense vraiment, et je le dis sans détour. C’est la même conversation que j’ai depuis 10 ans à propos de l’augmentation de salaire et rien ne s’est produit. Cela ne sert plus à rien d’en parler.

Que pensez-vous du timing compacté de la saison ?

C’est terrible, c’est horrible. Nous sommes sur la route depuis 20 ou 25 jours, pensez-vous que nos fans de Phoenix aiment ça ? Vous pensez que c’est bon pour la qualité de jeu ? Vous clignez de l’œil et la saison est finie… Je ne sais pas quelles sont les priorités… Le championnat du monde ? Si c’est le cas, c’est super, nous serons prêtes pour jouer.

(Ndlr : La question ici est déduite, l’intervieweur ne désirant visiblement pas parler dans son micro 😅) Comment sont vos relations avec les gars de la NBA, qui eux gagnent très bien leur vie ?

Tout va bien, j’ai grandi avec tous ces mecs : Lebron, D-Wade, Carmelo. On a joué dans la même équipe olympique, nous avions tous 20 ou 18 ans. Vous savez, le respect qu’ils ont pour nous et que nous avons pour eux est inébranlable. Mais ça ne change rien, ça ne fait aucune différence en ce qui concerne faire du basket votre carrière. Et au final, se dire que c’était 12 ans au salaire minimum en tant que meilleures joueuses de basket du monde… Pour qui que ce soit, c’est un sentiment merdique.

Que direz-vous à votre fils sur le basket ?

Je lui dirai qu’il n’y a aucun sport au monde qui soit meilleur que le basketball. Vous savez, si vous jouez de la bonne manière, si vous l’approchez de la bonne manière, c’est le meilleur sport du monde.

Comment est-ce d’équilibrer votre rôle de maman avec le basket ?

C’est un peu d’ajustement. Heureusement, Penny est une formidable maman et c’est un super enfant. Avec les horaires de voyage, c’est un peu difficile mais on fait en sorte que ça fonctionne. Nous avons voyagé et eu les conflits d’agenda qui vont avec. Ca a été super, ça a été incroyable.

Merci à Nicolas Evens pour sa relecture attentive 🧐