Emma Meesseman se livre : The Last Dance, l’équipe nationale, la Chine

Il y a quelques jours, Emma Meesseman, joueuse des Washington Mystics et de l’équipe nationale belge, rejoignait virtuellement Paul Nilsen, spécialiste du basket féminin Fiba, pour son podcast The Women’s Basketball Worldwide. L’occasion pour Nilsen et ses acolytes Carlan Gay et Natalia Melendez de passer une grosse demi-heure à discuter de différentes sujets avec notre Emma préférée. Extraits choisis…

Sur le documentaire The Last Dance

Je l’ai regardé avec ma famille, ce qui est assez inhabituel puisque d’ordinaire je ne suis jamais là. J’ai adoré. C’est le basket qu’on aime mais il y a aussi tous les à-côtés de la vie professionnelle. C’est très intéressant.

J’ai regardé avec ma maman. Elle apprécie énormément Larry Bird, donc elle aimait beaucoup quand il y avait des images de jeu avec lui. Pour elle, il s’agissait d’images qu’elle connaissait et avait vues à l’époque. Pas mal de gens ont dit que je pouvais apprendre des choses de lui ou le disaient à ma mère. Pour tout ce qui est hors terrain, la vie dans les hôtels, les trajets, elle est restée en Belgique et avec l’équipe nationale, donc elle ne savait pas trop quoi me dire Je pense qu’à ce niveau, j’ai déjà plus d’expérience qu’elle.

C’était également intéressant de voir comment Jordan pouvait et devait être égoïste quelques fois. Mais aussi comment il a su apprendre à rendre son équipe meilleure. Et on a pu voir qu’il avait besoin d’une équipe. C’est quelque chose que je retiens. Je l’ai toujours su mais ça me l’a confirmé.

(A propos de Dennis Rodman) Je ne parlerai pas de ce qu’il faisait hors terrain, mais sur un parquet, c’était un grand joueur. On parle parfois des plus grands en termes de compétitivité et il en est un exemple. Il aurait fait n’importe quoi sur un terrain juste pour avoir la balle. Il aimait avoir ce challenge défensif et faire le sale boulot. Vous avez besoin de ces joueurs là dans une équipe. Cela vous rend le travail beaucoup plus facile. Ça l’a été pour Jordan, je pense. L’attention de tout le monde était toujours sur lui et Rodman lui a sans doute permis d’économiser un peu d’énergie. Il y a un Dennis Rodman dans toutes les équipes. Et c’est important pour l’alchimie d’un groupe.

Sur l’impact qu’a eu le titre WNBA sur sa vie et sa mentalité

Je pense que ma mentalité n’a jamais changé. Je suis toujours la même personne. Ça a renforcé ma confiance. Je veux juste continuer à gagner. Ce n’est pas parce que j’ai atteint cet accomplissement que c’est fini. Je pense que gagner un doublé est plus dur que de gagner un titre pour la première fois, parce que vous avez encore plus de pression sur vos épaules. Et c’est là que la confiance est importante. Si j’étais encore la Emma de 19 ans, je ne serais pas capable de supporter cette pression. Mais sinon, je veux juste gagner tout ce que je commence. Ça n’a pas changé et je pense que ça ne changera jamais.

Sur la pression avec les Mystics et les Belgian Cats

Je ne ressens jamais vraiment de stress avant un match, parce que c’est du basket. Je sais ce que je peux faire, ce que mon équipe peut faire. Mais je dois avouer que les Finales WNBA ont été le premier moment de ma carrière où j’ai été vraiment nerveuse. Parfois, je n’arrivais pas à dormir la nuit. Je n’ai pas eu ce sentiment à Ostende, parce que je crois qu’on s’attendait à gagner. Si tout se passait bien, rien ne pouvait nous empêcher d’y aller (aux Jeux Olympiques, ndlr). Evidemment, après avoir perdu le premier match, vous y pensez beaucoup et vous vous demandez “Et si….?”. Mais après, on savait qu’on pouvait le faire, qu’on devait le faire ! On avait beaucoup de confiance en nous.

Sur le fait de prendre le jeu à son compte quand il le faut

C’est quelque chose que j’ai dû apprendre. Je suis toujours une joueuse d’équipe et j’ai besoin d’une équipe autour de moi pour bien jouer. Mais mes coachs n’ont jamais eu de cesse de me répéter que, parfois, ils attendaient de moi que je monte d’un cran, que je prenne la balle et que j’y aille. Mais c’est quelque chose que je n’avais pas en moi à la base parce que je ne veux pas être cette personne qui exige d’avoir la balle et qui demande aux autres de s’écarter. Je déteste ce genre de basket en fait. Je préfère toujours les situations où on joue ensemble, give and go, pick and roll. Mais j’ai du me rendre à l’évidence : aux États-Unis, c’est quelque chose que je devais changer par moments. Ce n’est pas un problème d’être comme ça si vous avez la confiance de vos coéquipières et du coach.

C’est quelque chose que je peux voir maintenant. Je n’aurais jamais été capable de faire ça quand j’avais 22 ans. Prendre un match à mon compte comme je l’ai parfois fait à Ostende ou aux États-Unis. Cela va évidemment avec la confiance.

Mais je n’aime toujours pas avoir les projecteurs braqués sur moi. Si je voulais être comme ça tout le temps, ce ne serait pas très compliqué. Donne-moi juste la balle et je vais scorer. Mais ça dépend de comment le match se déroule. Il n’y a pas vraiment de moments où je me suis dit : maintenant, j’y vais. Mais c’est quelque chose que tous mes coachs, tout au long de ma carrière, m’ont toujours poussée à faire par moments. Je pense que j’avais peur que les gens pensent que je suis une joueuse égoïste. Je veux que les gens pensent : “Elle nous a aidés”.

Sur 2018 où elle a sauté la saison WNBA et les critiques qu’elle a reçues

Certaines personnes pensent que cette décision venait de l’équipe nationale, mais ce n’est pas le cas. C’était une décision personnelle. La saison précédente, après les demi-finales, j’ai senti que j’étais fatiguée. J’ai simplement pensé que j’avais besoin de me reposer un peu et d’être à la maison avec ma famille. Je ne les vois pas souvent. Quand vous êtes joueuse professionnelle, vous manquez pas mal de moments dans la vie de votre famille ou de vos amis. Quand je rentre chez moi, je reprends les choses où je les avais laissées, mais pour beaucoup de gens, les choses ont changé et c’est parfois dur.

J’avais pris ma décision assez rapidement, mais il m’a fallu du temps pour pouvoir l’annoncer. J’avais peur de décevoir les gens. J’adore mon coach à Washington, c’est comme un membre de ma famille. J’avais peur qu’il soit fâché contre moi. Même si j’avais su à l’avance que l’équipe irait en Finales, j’aurais quand même pris cette décision parce que je n’aurais pas été la joueuse que j’ai été la saison passée sans cela. J’aurais été fatiguée. Je pense que c’était la meilleure décision possible.

Certaines personnes pensaient que je serais jalouse, que j’espérerais que l’équipe perde en Finales, mais c’est faux. J’étais leur première fan et j’espérais vraiment qu’elles gagnent. La raison, c’est que j’étais vraiment fatiguée et, parfois, vous avez besoin de faire un pas en arrière juste pour mieux revenir la fois d’après.

Sur la pandémie et le confinement

C’est bizarre parce que c’est comme si je menais une vie “normale” pour une fois. Je fais à manger pour ma famille, j’aide aux tâches qui sont nécessaires dans la maison. Ça ne me semble pas normal par rapport à ma vie habituelle. Je ne m’ennuie pas du tout. Bien entendu, je fais des entraînements mais pas de vrai basket. J’essaye de courir beaucoup parce que j’y suis obligée, même si c’est quelque chose que je n’ai jamais aimé.

Sur l’idée d’aller jouer en Chine

J’y pense. Pas seulement pour le basket, mais j’aime beaucoup apprendre d’autres cultures. On a été y faire un stage avec l’équipe nationale et j’ai beaucoup aimé cette culture. Je n’ai pas envie d’y aller comme touriste parce que ce n’est pas comme ça que vous vous imprégnez d’un pays. Mais en tant que joueuse qui va vraiment vivre là-bas, je pense que ce serait vraiment intéressant après avoir été en Russie. J’y pense et j’espère pouvoir y aller dans le futur au cours de ma carrière.

Sur l’équipe nationale et les Jeux Olympiques

Nous sommes la seule équipe féminine à représenter la Belgique à ces JO et seulement la deuxième équipe de basket de l’histoire, donc c’est très spécial pour nous. On écrit l’histoire et le pays est vraiment derrière nous. Quand nous serons dans l’avion, je pense que nous ressentirons une immense fierté.

Lors des dernières années, le soutien derrière nous est devenu de plus en plus important. On l’a vu à Ostende, les gens étaient fous. On a de plus en plus de gens qui nous suivent, ils nous aiment et on leur manque en ce moment. Les gens ont acheté des tickets pour des matchs d’entraînement et même pour des fan days, le genre de chose que nous n’avions pas auparavant. Mais voilà c’est reporté. C’est triste pour les gens, mais il faudra être un patient. Ça arrivera de toute façon.

Sur son numéro de maillot

Mon premier numéro de maillot était le 11 et a toujours été le 11. C’était le numéro de ma mère et elle m’a encouragé à le porter. Quand je suis arrivée à Washington, le 11 était déjà pris par quelqu’un qui en plus n’est pas resté dans l’équipe. Ça a été un vrai dilemme, parce que je n’avais pas de connexion avec un autre numéro. J’ai demandé l’avis de mes parents. Je voulais quelque chose qui ressemble au 11 et finalement, ça a été un bon choix puisque deux des joueurs préférés de ma maman étaient Larry Bird et Kareem Abdul-Jabbar et les deux portaient le numéro 33.

Sur Ann Wauters et son rêve de terminer sa carrière aux JO

Évidemment, nous sommes toutes contentes d’y aller. Ce sera une première pour tout le monde. Mais pour Ann, c’est quelque chose de très spécial de savoir que vous êtes à la fin de votre carrière et qu’il ne manque qu’une seule chose à votre CV. Et être enfin capable de cocher cette case, je pense que c’est une extraordinaire façon de terminer sa carrière.

Maintenant on y va et j’espère vraiment qu’elle va pouvoir se tenir en forme une année de plus, être là et profiter à fond. En sachant que c’est votre dernière fois sur un parquet, il n’y a pas de meilleure façon de s’arrêter. Je suis extrêmement fière de pouvoir partager ce moment avec elle.



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