Une semaine, une fac : Baylor

Une semaine, une fac, c’est une nouvelle série que nous vous proposons en cette fin d’année (avec un peu de retard pour ce coup-ci 😅). Vous connaissez sûrement la WNBA, mais il y a un échelon par lequel passent la majorité des joueuses qui finissent dans la grande ligue : le circuit universitaire, la NCAA. Découvrons les places historiques du basket féminin américain… 

Aujourd’hui, place aux Lady Bears de Baylor. L’université texane (située entre Dallas et Austin) s’est peut-être révélée sur le tard (première March Madness en 2001) mais c’est aujourd’hui la 3ème université la plus titrée en basket féminin aux Etats-Unis. 

Vous voulez quelques noms ? Brittney Griner, Odyssey Sims, Lauren Cox… Entre joueuses déjà établies et d’autres à fort potentiel, Baylor est une université majeure du circuit NCAA. Mais tout n’a pas été si simple. Pour passer d’une équipe qui joue seulement des matchs de saison régulière à une équipe capable de se battre tous les ans pour le titre, il y a des choses à faire. La première, comme souvent dans le basket universitaire : trouver le bon coach. Mais cela peut prendre du temps. 

Vous l’aurez compris si vous avez lu nos articles sur UConn et Stanford : on ne gagne pas sans un bon coach. Commençons donc par là.

Kim of the Crop

Le programme de basket féminin de Baylor voit le jour lors de la saison 1974/1975. Cependant, en termes de renommée ou de résultats, c’est le néant jusqu’en 2000. Pour chiffrer et se donner une idée : 26 saisons, 3 coachs différents et un bilan de 394 victoires et 398 défaites (dont 80-162 en conférence). Si le bilan n’est pas loin de l’équilibre, ce qui manque cruellement c’est une apparition à la March Madness, ne serait-ce qu’au  premier tour. Mais rien. Jusqu’en 2000, Baylor est un établissement anecdotique et tout sauf une institution.

L’intersaison 2000 voit l’arrivée de celle qui est encore head coach 20 ans plus tard : Kim Mulkey. D’abord championne NCAA en tant que joueuse (Louisiana Tech, 1982) et championne olympique avec Team USA (Los Angeles, 1984), elle passe 15 ans dans le coaching staff de Louisiana Tech avant de prendre les rênes du programme texan. La réussite est immédiate.

En 2000, Baylor sort d’une saison catastrophique avec un bilan de 7-20. Une année avec Mulkey à la barre et le bilan passe à 21-9 avec une première qualification pour la March Madness. Aujourd’hui, l’équipe n’a manqué ce rendez-vous qu’une seule fois depuis (en 2003). Kim Mulkey mènera Baylor au titre et sera ainsi la seule femme head coach à être titrée à la fois en tant que joueuse et en tant que coach, ce qui n’est pas un mince exploit. C’est aussi la coach la plus rapide à avoir atteint les 600 victoires sur le circuit NCAA. Son arrivée combinée aux talents qu’elle a coachés ont fait passer Baylor de l’anonymat aux premiers rôles. 

Si Kim Mulkey est une très grande coach, elle est cependant assez clivante. Sa relation avec Brittney Griner en témoigne. Dans son livre « In My Skin », la joueuse du Phoenix Mercury explique qu’à Baylor les entraineurs (et l’université dans sa globalité) ne permettent pas de s’exprimer sur son orientation sexuelle si celle-ci n’est pas dans la norme, de peur que les parents ne laissent pas leurs enfants faire partie de l’équipe s’ils apprennent que l’homosexualité y est acceptée. Une ineptie lorsque l’on sait que le sport, universitaire ou non, est justement un cadre dans lequel les joueuses homosexuelles peuvent généralement s’épanouir. Sauf que Baylor est une université privée baptiste, du Texas, où un texte intitulé « Statement on Human Sexuality », prônant uniquement les relations maritales hétérosexuelles (la norme biblique) fait office de référence. Si Mulvey ne tient pas publiquement des propos discriminants, Griner et d’autres ont évoqué son conservatisme en la matière. Sur une autre thématique, la coach texane avait dû s’excuser après des déclarations de soutien à des athlètes de l’université accusés d’agression sexuelle. Des dossiers extra-sportifs qui ont de quoi faire grincer des dents, mais n’enlève rien à la virtuosité de Kim Mulvey lorsqu’elle prend place sur un banc.

Le titre ou rien

C’est ainsi qu’on pourrait schématiser le parcours de Baylor à la March Madness depuis vingt ans. On parle souvent du nombre de finales, du nombre de Final Four. Si Baylor ne peut se vanter d’y participer souvent, la réussite est là : quatre Final Four pour trois Finales et… trois titres. Une efficacité diabolique. Ce qui est d’autant plus fort, d’une certaine manière, c’est que ces titres ne sont pas consécutifs et on été construits et obtenus avec un groupe différent à chaque fois. Evoquons ces trois périodes. 

En 2005, l’équipe finit la saison avec un bilan de 33-3 et avance jusqu’au Final Four, le premier de son histoire, après avoir écarté North Carolina à l’Elite Eight. Il faut rappeler que cinq ans auparavant, l’équipe n’avait jamais participé à une March Madness et affichait un bilan de 7 victoires et 20 défaites. Et pour ce premier Final Four l’adversaire est LSU (Louisiana State University). Si le parcours de Baylor sur cette saison est admirable, l’entame de ce match est à l’opposé. Après 13 minutes de jeu, LSU mène 24-9. Baylor, qui avait déjà perdu contre LSU avec un come-back avorté en match d’ouverture de la saison, ne se laissera pas faire une seconde fois.

L’équipe recolle au score juste avant la pause puis domine la seconde mi-temps pour s’imposer 68-57. Son adversaire pour la finale est également une équipe qui a réussi un come-back : Michigan State (l’équipe était menée de 16 points avec 13 minutes à jouer dans l’autre rencontre Final Four).

C’est une finale atypique avec deux équipes qui ne sont pas des habituées des derniers tours. Cependant, le résultat sera assez clair : Baylor prend une avance de 19 points en première mi-temps et ne craquera pas. Victoire nette 82-64 et premier titre pour Baylor. L’équipe est portée par Sophia Young, élue Most Outstanding Player (équivalent du MVP) future triple All-Star WNBA et légende de San Antonio.

Sautons un peu dans le temps et retrouvons-nous en 2012.

Ce n’est pas qu’on s’ennuie, mais à part un Final Four en 2010 (perdu contre Connecticut 70-50), aucun résultat convaincant. Cependant événement important qui va être au centre d’un second run de Baylor, l’arrivée de la jeune Brittney Griner en 2010. Parlons aussi de celle avec qui elle formera le duo au cœur du jeu de Baylor et qui arrive un an plus tard : Odyssey Sims. Maintenant que tout est en place, parlons de 2012. Une saison des grands jours : 40-0. Impressionnant. Baylor est logiquement favori et cela se voit sur les premiers matchs. Allez pour venir titiller, Griner n’a pas marqué pendant ses 12 premières minutes du match du second tour. Elle finit la rencontre avec 25 points (victoire 76-57 contre Florida). Rouleau compresseur.

L’Elite Eight (quart de finale) contre Tennessee est intense. Pour diverses raisons, et même pas pour le score (victoire Baylor 77-58), ce match reste une référence quand on parle de Baylor. Déjà, Griner refait parler d’elle avec un gros dunk en transition, chose plutôt rare en NCAA. De quoi enflammer toute la salle.

Si on ajoute à cela les performances de Sims (27 points) et de Griner (23 pts / 15 rebonds / 9 blocks), c’est un sacré match et une sacré rouste infligée aux Lady Vols. Le point culminant est l’accrochage entre Odyssey Sims et Shekinna Stricklen (Tennessee) qui fait quitter le banc à trois joueuses de Baylor (dont Griner) et qui entraîne leur exclusion. Heureusement, il n’y a pas de règle de suspension comme au niveau professionnel et l’incident a eu lieu quand le match était déjà plié. Le Final Four voit Stanford se dresser sur leur chemin. Le match est accroché mais Nneka Ogwumike est trop seule en face pour espérer arrêter l’armada de Baylor. Victoire 58-47. En route pour une deuxième finale et un second titre avec une victoire 80-61 face à Notre-Dame. Sans surprise, Griner est élue MOP et est accompagnée d’Odyssey Sims dans le meilleur cinq du tournoi.

On réenclenche l’avance rapide et les innombrables Elite Eight perdus pour se retrouver en 2019. Encore une saison parfaite ? Vraiment pas loin, 37-1, par la faute de Stanford. Emmené par Chloe Jackson (Chicago Sky), Kalani Brown (Atlanta Dream) et Lauren Cox (Indiana Fever), l’équipe déroule lors de la March Madness et arrive au Final Four en ayant gagné tous ses matchs d’au moins 20 points.

Mais la marche à gravir pour atteindre la Finale est plus difficile. En effet, l’adversaire est Oregon, emmené par la star nationale Sabrina Ionescu. Et le match est accroché. Cependant, il faut rappeler que Baylor possède la meilleure défense du pays et c’est bien cela qui fait la différence. Avec une Ionescu limitée à 6/24 au tir et une attaque portée par Brown et Cox qui ont cumulé 43 points (18/26) et 18 rebonds, les Lady Bears s’imposent finalement 72-67. Plus qu’un match pour remporter le titre.

L’université texane retrouve Notre Dame, comme en 2012, pour un match à la tension insoutenable. Alors que tout avait très bien commencé avec une avance de 11 points à la mi-temps (43-31 pour Baylor), Notre Dame va revenir petit à petit jusqu’à égaliser à 5 minutes de la fin. Avec 3.9 secondes à jouer, Chloe Jackson transperce la défense de Notre Dame. 82-80 pour Baylor.

Notre Dame s’en remet à sa star Arike Ogunbowale et Baylor commet une faute. Arike manque le premier avant de mettre le deuxième. Terrible fin pour Notre Dame, explosion de joie pour Baylor qui rejoint Connecticut et Tennessee parmi les équipes ayant gagné au moins 3 titres. A noter que cette fin de match s’est jouée sans Lauren Cox, blessé au genou pendant le troisième quart-temps. Chloé Jackson est nommée MOP et le trio vedette élu dans la meilleure team du tournoi. C’est aussi la dernière équipe titrée à ce jour, pour les raisons que l’on connaît malheureusement au niveau du contexte sanitaire.

Une courte histoire, pas de réelle rivalité ? 

Il est difficile de créer des rivalités dans le temps lorsque l’on joue dans une conférence que l’on domine largement.

Baylor joue dans la conférence Big-12. Les Lady Bears ont remporté les 10 derniers titres de champion de conférence. Au sein  de la conférence, une seule équipe est régulièrement classée parmi les 25 meilleures du pays. Un règne local absolument sans partage.

Ensuite, si Baylor est une université importante depuis le début des années 2000, comme on l’a déjà dit, elle n’atteint que rarement le Final Four, là où les matchs sont les plus importants. Et à chaque fois que Baylor se fait sortir, c’est souvent par une équipe différente. Mais s’il fallait dégager une potentielle rivalité, qui en est peut-être déjà une pour les fans, ce serait Baylor-Notre Dame. 

Les deux équipes se sont rencontrées quatre fois à la March Madness depuis 2012. On a déjà parlé de deux de ces rencontres vu qu’elles ont eu lieu en finale.  Le bilan à sens unique : Baylor vainqueur à chaque fois. Mais en 2014 et 2015, l’université texane était à un match du Final Four et les deux fois, ce sont les joueuses de Notre Dame qui l’on sortie (pour aller perdre les deux fois en finales… mais nous verrons cela la semaine prochaine). On ne peut que souhaiter voir cette rivalité évoluer mais seul l’avenir en décidera puisque ces deux équipes ne se rencontrent quasiment jamais en saison régulière. 

Et maintenant ? 

Après avoir glané le dernier titre NCAA en 2019 et une saison 2020 bien entamée (bilan de 28-2 et champion de conférence), Baylor va devoir s’adapter. En effet, l’équipe a perdu son trio d’expérience Lauren Cox/Te’a Cooper/Juicy Landrum, parti vers la WNBA. Bien qu’il reste de l’expérience, un tel changement devrait laisser des traces.  

De l’expérience, l’équipe en a encore. Avec Didi Richards et Dijonai Carrington (seniors), ainsi qu’une belle classe de juniors ayant déjà connu un titre, l’équipe est loin de repartir de zéro. Cependant, il y a quelque semaine une collision inquiétante a eu lieu à l’entrainement des Lady Bears impliquant Didi Richards, qui était alors annoncée au premier tour de la prochaine draft WNBA. Logiquement, cette blessure (lésion à la moelle épinière), l’a fait descendre dans les prévisions, mais l’optimisme est de mise et elle reprend progressivement le chemin de l’entraînement.

S’il faudra attendre quelques années avant un retour du statut de favori pour les Lady Bears, l’équipe devrait rester compétitive et être en mesure de retrouver le dernier carré dont toutes les universités rêvent.



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