Une semaine, une fac : UConn

Une semaine, une fac, c’est une nouvelle série que nous vous proposons à partir d’aujourd’hui. Vous connaissez sûrement la WNBA, mais il y a un échelon par lequel passent la majorité des joueuses qui finissent dans la grande ligue : le circuit universitaire, la NCAA. Découvrons les places historiques du basket féminin américain.

Cette semaine, les Connecticut Huskies !

Un point commun entre Sue Bird et Diana Taurasi ? On pourrait en trouver beaucoup entre les deux légendes amies et ex-coéquipières en Russie et avec Team USA. Mais celui qui nous intéresse ici, c’est l’université qu’elles ont toutes les deux fréquentée : UConn (University of Connecticut). Beaucoup considèrent le programme piloté par le mythique Geno Auriemma comme le meilleur du monde en matière de basket féminin. Difficile de leur donner tort au vu du palmarès et de la régularité de cette équipe incontournable.

Geno Auriemma

Une armoire (un immeuble ?) à trophées

Si on dit de UConn qu’elle est la meilleure université du pays, c’est parce qu’il s’y est tout simplement installé une véritable culture de la gagne et de la formation des futures stars du basket américain : 11 titres nationaux, c’est le palmarès des Huskies. Pour vous donner un ordre d’idées, le second plus grand total est de 8 titres pour les Tennessee Volunteers, longtemps engagées dans une rivalité féroce avec la fac basée à Storrs. Chez les hommes, seule UCLA a fait aussi bien avec 11 titres nationaux.

Depuis la première fois que UConn a joué le NCAAW Tournament lors de la saison 88/89, l’équipe n’a plus jamais manqué ce rendez-vous. Si on continue sur les chiffres, en 31 apparitions au tournoi, UConn a joué 20 Final Four et atteint la finale à 11 reprises. Si vous avez bien suivi, vous l’aurez compris : quand UConn va en finale, c’est toujours pour décrocher la victoire au bout.

On peut aussi parler des titres de conférence. Là aussi le nombre fait tourner la tête : 25 trophées au gré de passages dans la Big East (1983-2013) et dans l’American Athletic Conference (AAC). Et puisque vous êtes maintenant habitués aux statistiques un peu folles, UConn n’a jamais perdu un match en AAC : 139-0 !

Mais comme on dit : « Rome ne s’est pas faite en un jour ».

Des débuts compliqués

UConn a gagné, mais UConn a d’abord perdu. Le programme voit le jour en 1975, à une époque où le basket féminin professionnel, en sortie d’université, n’existe quasiment pas. Le tournoi NCAA ne verra lui le jour qu’en 1982. Les universités jouent des matchs au sein de conférences, mais sans aucun trophée en jeu.

En 1985, UConn affiche un bilan de 92-162 (4-28 en conférence) depuis la création de l’équipe. Je vous évite le calcul, 36% de victoires. On est loin des 11 titres et des 80% actuels. Si je vous parle de 1985 ce n’est pas par hasard. C’est la première pierre qui va lancer l’histoire de UConn.

L’équipe change de coach. Elle en auditionne plusieurs et prend le pari d’offrir le poste à quelqu’un sans expérience pour cette fonction : Luigi “Geno” Auriemma. Celui-ci, évidemment… refuse, dans un premier temps. Il se sent bien à son poste d’assistant-coach en Virginie, installé avec femme et enfant. Cependant, lors de l’entretien avec les directeurs sportifs, Auriemma a une illumination et sent qu’il doit accepter. Sans même avoir visité le campus, il s’engage alors sur le campus de Storrs. Geno Auriemma est coach de UConn, le train est lancé.   

Enfin presque. Lorsqu’il arrive sur le campus, il découvre que l’équipe n’a pas de vestiaires et que les plafonds du centre d’entraînement fuient tellement que la pluie rend tout entraînement impossible. Pas l’idéal pour faire décoller l’équipe comme il le souhaite. A force de patience et d’une construction minutieuse des infrastructures comme de l’effectif, Geno Auriemma parviendra finalement à ses fins.

Il faut attendre la saison 1987 pour que UConn affiche un bilan positif et deux de plus pour voir es Huskies participer à leur première March Madness. Si les débuts sont un peu chaotiques, la suite est splendide. Il y a quelques mois, on vous avait proposé sur Swish Swish un portrait de Geno Auriemma, de son arrivée aux Etats-Unis jusqu’à son entrée au Hall of Fame de Springfield. Le personnage mérite que l’on se penche sur son histoire, donc n’hésitez pas à aller y jeter un coup d’oeil 😉

Pour gagner, un coach d’élite, c’est bien. Un coach d’élite et des joueuses de talent, c’est encore mieux.

Diana Taurasi Sue Bird
© Team USA

Une usine à stars qui écrase la NCAA

Rebecca Lobo, Sue Bird, Swin Cash, Diana Taurasi, Renee Montgomery, Tina Charles, Maya Moore, Bria Hartley, Gabby Williams ou la double MVP des Finales, Breanna Stewart… La liste des joueuses WNBA brillantes à être passées par UConn est impressionnante. Si on fait les comptes, l’université a vu 42 joueuses être draftées au sein de l’élite, dont cinq en tant que choix numéro 1. En voyant la liste de noms, on comprend pourquoi UConn a eu autant d’opportunités de gagner le titre. Mais pour attirer les meilleures lycéennes des Etats-Unis, encore faut-il avoir un programme suffisamment solide et de qualité, capable de se reconstruire et de se réinventer à chaque fois qu’une ou plusieurs basketteuses de génie rejoint le monde professionnel.

Effectuons un petit retour en arrière. Nous sommes en 1990 et Geno Auriemma est donc en place pour sa sixième saison. A la surprise générale, UConn se hisse jusqu’au Final Four. Une défaite face à Virginia (61-55) attendra les Huskies au bout du chemin, mais l’essentiel est ailleurs : Connecticut s’impose comme une équipe sur laquelle il faudra compter. L’année suivante, Rebecca Lobo (que vous avez peut-être découverte comme consultante cette saison sur le League Pass) rejoint l’équipe. La saison-clé, celle qui mettra définitivement UConn sur la carte, sera la dernière de la talentueuse intérieure. Auriemma recrute Nykesha Sales (qui sera 7 fois All-Star en WNBA), la pièce qui manquait au puzzle. L’équipe boucle la saison régulière invaincue (35-0) et débarque en favorite pour le titre national à la March Madness. Le Tennessee de la mythique Pat Summitt (dont vous devez aussi absolument lire le portrait sur Swish Swish) ne fait pas le poids. Auriemma et sa bande soulèvent le premier trophée d’une longue lignée.

Ensuite, il faudra attendre 1998 et un recrutement historique pour retrouver du clinquant : UConn signe 5 joueuses high school du top 15 national. Les deux plus prometteuses se nomment… Sue Bird et Swin Cash. La première se fait une déchirure du ligament croisé antérieur du genou après seulement 10 matchs. Le titre ne sera donc pas pour 1999 mais pour 2000, où les Huskies ne perdront qu’un seul match, avant une March Madness survolée avec un écart moyen de 31 points par victoire. Second titre.

Vous aimez les stars ? Diana Taurasi arrive en 2001. Sa première saison sera marquée par la frustration, avec un échec contre Notre Dame au Final Four. Taurasi n’a pas le temps de gamberger et permet à UConn de remporter les titres 2002, 2003 et 2004 avant d’être choisie en première position de la Draft WNBA 2004.

UConn a donc 5 titres au départ de Taurasi. C’est le moment de prendre une petite pause pour laisser gagner les autres équipes. L’équipe entame une reconstruction jusqu’à ce que Geno Auriemma et son staff trouvent la prochaine perle. Une certaine Maya Moore arrive à UConn pour la saison 2008. Résultat ? Un titre en 2009 et un autre en 2010 avec à ses côtés Renee Montgomery (seulement pour celui de 2009) et Tina Charles. Tina Charles et Maya Moore sont respectivement les first picks des Drafts 2010 et 2011.

Plus de Maya Moore ? Pas de problème. Encore une fois, on attend la prochaine star. UConn ira quand même au Final Four les deux années suivant le départ de la future superstar des Minnesota Lynx et perdra contre Notre-Dame, dont une fois en prolongation. Mais en 2016, arrive celle qui fera mieux que Taurasi. L’élue, en quelque sorte : Breanna Stewart. Vous l’aurez deviné, faire mieux que 3 titres consécutifs c’est faire le parcours parfait : 4 ans, 4 titres. La stat incroyable ? Breanna Stewart n’a perdu que 5 matchs NCAA dans sa vie.

Donc si je ne vous ai pas perdu, vous aurez compris que UConn n’a plus gagné de titres depuis le départ de Stewart (1st pick WNBA 2016). Mais les Huskies ont toujours atteint le Final Four grâce à un vivier toujours garni (Kia Nurse, Napheesa Collier, Katie Lou Samuelson, etc…). Plus généralement, la dernière fois que UConn n’a pas participé à un Final Four c’était en 2007. L’excellence, vous dis-je.

Après ce petit voyage chronologique retraçant les victoires de UConn, il faut quand même s’attarder sur les équipes qui les ont embêtées et souvent empêchées d’aller chercher un titre. Elles sont au nombre de deux : Tennessee et Notre Dame.

De grandes rivalités

L’une des plus grandes rivalités du sport universitaire américain est celle entre UConn et Tennessee : un engouement national, quasiment chaque rencontre retransmise sur la chaîne publique, des batailles sur le terrain, sur les bancs ou en conférence de presse… Car oui, avant tout, c’était un affrontement entre coachs. Une guerre entre Geno Auriemma et l’inoubliable Pat Summitt.

Si on doit donner un point de départ à cette animosité, ce serait 1995 et cette rencontre retransmise sur la chaîne nationale (fait très rare à l’époque pour du basket féminin), le jour du Martin Luther King’s Day, dans une salle sold-out. A cette époque-là, UConn et Tennessee représentent ce qui se fait de mieux en NCAA et chacun de leur match devient un événement. UConn s’impose, comme souvent, mais on sent poindre, déjà, les fortes personnalités d’Auriemma et de Summitt.

Auriemma est un provocateur. Il aime les joutes verbales dan les médias, là où Pat Summitt, pas du genre à se laisser faire néanmoins, opte pour une posture plus humble. Les fans de chaque université se rangent derrière leur coach et critiquent celui d’en face.

Les deux équipes se disputeront le titre en finale quatre fois, pour autant de titres. Tennessee sortira par deux fois UConn, mais ce sera avant la finale. Au bilan comptable, UConn est devant avec 14-9, mais les Lady Vols ont souvent les faveurs des fans initialement neutres.

Cette rivalité qui aura secoué le pays pendant quelques années prend brutalement fin en 2007, lorsque Tennessee décide de ne plus jouer UConn. Pat Summitt déclare que Geno Auriemma sait pourquoi. Tennessee dépose une plainte à l’encontre de UConn au sujet d’une stratégie de recrutements des jeunes talents considérée comme très borderline, pour ne pas dire complètement illégale. Le cas qui a fait le plus parler à l’époque étant celui de la Maya Moore, qui devait aller à Tennessee. Contre toute attente et au dernier moment, Moore s’était finalement engagée avec les Huskies.

Le coach sulfureux de UConn déclare alors : « Pat Summitt nous a accusés de tricherie. Elle n’a tout simplement pas le courage de le dire publiquement ».

Alors qu’on pouvait espérer une reprise des affrontements entre ces deux cadors, Pat Summitt annonce en 2011 qu’elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer. Cette terrible nouvelle ébranle non seulement la NCAA, mais le sport américain en général. Geno Auriemma se rapproche dès 2012 de Pat Summitt et s’excuse pour son comportement passé. Le basket est parfois loin d’être le plus important. 

La rivalité avec Notre Dame prend le relais, même si elle est déjà bien ancrée localement. En effet, les deux équipes s’affrontent chaque année en saison régulière depuis 1996. Au total, ce sont 51 rencontres dont 8 en March Madness. Notre Dame est l’une des rares équipes à pouvoir se targuer d’avoir un bilan positif face à UConn dans le tournoi NCAA, avec à chaque fois une guerre de tranchées : 5 victoires (pour 3 défaites) pour Notre Dame face à UConn dont 3 en prolongations.

C’est d’ailleurs Notre Dame, avec Arike Ogunbowale puis Jackie Young, qui élimine UConn en 2018 et 2019. Les relations entre Auriemma et la légendaire coach de Notre Dame, Muffet McGraw (qui a pris sa retraite l’année dernière) sont glaciales, mais restent toujours un peu plus cordiales que celles entre le champion olympique et Pat Summitt. Entre les fans, ce n’est pas le grand amour non plus. Ceux de Notre Dame reprochent fréquemment à deux de UConn un côté pleurnichard…

Si UConn-Notre Dame est une rivalité encore présente, celle UConn-Tennessee est plus symbolique aujourd’hui. Elle rappelle une époque où les deux équipes dominaient outrageusement le paysage universitaire. Aujourd’hui, le niveau est plus homogène et les places fortes sont plus nombreuses. UConn reste néanmoins l’équipe à abattre pour n’importe quelle université.

NCAA Paige Bueckers

Et maintenant ?

UConn a dominé, UConn domine encore. Le dernier titre remonte à 2016, ce qui peut paraître lointain pour une université avec un tel palmarès, mais l’attractivité qu’elle exerce sur les joueuses high school est toujours la même. D’ailleurs Paige Bueckers, la meilleure joueuse high school du pays, va faire ses débuts cette saison avec UConn et l’excellence du programme, académiquement et sportivement, n’y est pas étrangère.

Une université avec un coach présent depuis 34 ans, ça ne se voit pas beaucoup. Quand il est possible d’être coachée par un membre du Hall of Fame et l’un des coachs les plus respectés du sport américain, hommes et femmes confondus, qui plus est avec 88,5% de victoires en carrière, l’opportunité est difficile à refuser.

Le futur de UConn n’est pas en danger et s’annonce même brillant. Pour les adversaires des Huskies, c’est autre chose…



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *