Les légendes sans bague – Partie 3

L’histoire du basket et du sport en général est parsemée de légendes, de monstres ayant empilé les trophées après des confrontations de haute lutte. Mais à côté de ces héros victorieux, certaines gloires passées n’ont pas eu la chance ou l’opportunité d’ajouter leur nom à la liste des vainqueurs.

En NBA, ces monstres sans bague s’appellent Charles Barkley, Karl Malone ou Patrick Ewing. En WNBA, elles sont quelques unes à avoir proposé, soir après soir, un niveau de domination individuelle impressionnant sans réussir à obtenir le Graal.

Aujourd’hui, dernier épisode de cette mini-série et retour sur deux joueuses de légendes qui n’ont pas été dans les bonnes équipes au bon moment.

Pour relire la partie 1 : Becky Hammon et Teresa Weatherspoon

Pour relire la partie 2 : Nykesha Sales et Margo Dydek

Dawn Staley

Dawn Staley
© Philadelphia City Council

Comme d’autres joueuses avant elle, Dawn Staley a eu le malheur de naître un peu trop tôt, à une époque où les possibilités d’entamer une carrière professionnelle aux Etats-Unis n’étaient pas légion pour les joueuses féminines.

De 1988 à 1992, Dawn Staley suit son cursus à l’université de Virginie. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle n’y fait pas de la figuration. Ses années junior et senior sont couronnées de multiples récompenses individuelles. Avec elle dans l’équipe, Virginia se qualifie systématiquement pour le tournoi NCAA avec trois accessions au Final Four dont une Finale en 1991.

Dawn Staley est une joueuse tournée vers le collectif. Meneuse gestionnaire, elle a rarement dépassé les 10 points de moyenne. En revanche, son volume de passes décisives l’a très souvent classée parmi les meilleures de la discipline.

Avec un CV pareil, nul doute que les portes des plus grandes équipes s’ouvriront pour elle… sauf qu’en 1992, aucune ligue professionnelle n’existe pour accueillir un talent comme Dawn Staley. Elle quitte donc les Etats-Unis pour entamer sa carrière professionnelle à l’étranger. Elle joue, entre autres, la saison 1994-1995 à Tarbes, dans le championnat français.

En 1996, est lancée une ligue professionnelle féminine sur le sol américain : l’American Basketball League. L’ABL ne durera que 3 saisons mais démarrera de manière forte en attirant en son sein les stars de la Team USA des JO de 1996. Présente à Atlanta, Dawn Staley intègre ainsi la ligue naissante. Dès son arrivée, elle emmène son équipe en Finales.

En 1997, la WNBA est officiellement lancée avec une première draft de légende. Bien installée en ABL, Dawn n’en fait évidemment pas partie. L’imaginer rejoindre un des effectifs initiaux comme ceux des Sparks, des Comets ou di Liberty représente un What if excitant. Mais il n’en est malheureusement rien et nous ne saurons jamais si cette première occasion manquée aurait pu se solder par une bague ou non.

En décembre 1998, l’ABL doit se rendre à l’évidence. La concurrence, financière surtout, avec la WNBA n’est pas tenable et la ligue cesse son activité. Les joueuses ABL vont alors se présenter massivement à la draft WNBA de 1999. Sur les 50 joueuses sélectionnées, 35 proviendront directement de l’ABL, dont Dawn Staley, prise en 9e position par le Charlotte Sting.

A son arrivée, le Sting est une franchise qui vient d’échouer par deux fois en playoffs au 1e tour sans gagner le moindre match. Dès son arrivée, Charlotte se hisse en finale de conférence après avoir défait le Shock de Détroit au premier tour. Face au New York Liberty, elles s’inclinent 2-1.

L’année suivante, la saison 2000, est une année sans pour Charlotte, qui finit à la dernière place de la ligue. L’année suivante, en revanche, est de meilleure facture. Avec 18 victoires pour 14 défaites, le bilan n’est pas excellent (8e de la ligue), mais permet au Sting de se faire une place en playoffs.

Au premier tour, face aux Cleveland Rockers de Ann Wauters et Penny Taylor, alors en tête de la conférence Est, Dawn Staley fait parler la machine à passes décisives et permet à son équipe de réaliser l’upset et d’éliminer la franchise de l’Ohio.

En Finales de conférence, c’est le Liberty de Becky Hammon, Teresa Weatherspoon et Vickie Johnson, 2e de la conférence Est, qui se présente. Une fois n’est pas coutume, Dawn Staley prend le scoring à son compte et présente la plus haute marque de son équipe dans chacune des trois rencontres. A la clé, une élimination de New York et la qualification pour le Sting, invité surprise et éternel outsider de ces playoffs. En Finales néanmoins, l’écart de niveau est trop grand avec les Sparks de Lisa Leslie et DeLisha Milton-Jones. C’est un sweep 2-0 avec un écart de points significatif lors de chaque rencontre. Lisa Leslie est intenable et finira MVP des Finales.

L’année suivante, en 2002, la régulière se passe mieux pour Charlotte qui finit 2e de la conférence et aborde les playoffs avec confiance. La douche sera froide face à Washington, qui élimine Charlotte sèchement 2-0 au premier tour. Rebelote en 2003. Après avoir de nouveau fini 2e de la régulière, le Sting se fait éliminer au premier tour 2-0, par Connecticut cette fois.

En 2004, c’est la plongée dans les profondeurs du classement qui attend le Sting, avec une 5e place de conférence synonyme de non-qualification en playoffs.

Au cours de la saison 2005, Dawn Staley est transférée aux Houston Comets. Auréolées des gloires passées, les Texanes espèrent redorer leur blason. Après avoir éliminé le Storm au 1e tour, elles doivent néanmoins s’incliner en finale de conférence face aux Monarchs de Sacramento, alors parties pour remporter le seul titre de leur histoire. La saison 2006, la dernière de la carrière de Dawn, se termine d’une manière similaire, avec une élimination de Houston, de la main des mêmes Monarchs, au 1e tour.

C’est ainsi que se termine la carrière de Dawn Staley, Hall of Famer, joueuse exceptionnelle choisie dans les 15 meilleures de l’histoire lors du 15e anniversaire de la ligue, avec un petit goût d’inachevé. La faute à de mauvaises circonstances et, sans doute, une équipe de Charlotte qui n’aura pas su entourer de manière optimale la meneuse brillante qu’elle était. Comme par exemple lors de cette Draft 2001 où le Sting, après avoir récupéré le 2e choix, sélectionnera Kelly Miller devant une certaine… Tamika Catchings.

Chamique Holdsclaw

Chamique Holdsclaw

Chamique Holdsclaw est l’exemple parfait de la joueuse qui, malgré tout son talent, n’a jamais pu rassembler les conditions nécessaires pour aller chercher le Graal : le titre WNBA.

Ailière scoreuse et très versatile, Chamique voit sa notoriété exploser dès son cursus universitaire, sous les ordres la légende Pat Summitt avec les célèbres Lady Vols du Tennessee. Dès son année rookie, son équipe remporte le titre NCAA et réalise le back to back l’année suivante. En 1997, pour son année junior, elle est rejointe par Tamika Catchings, ce qui permet à Tennessee de réaliser le premier three-peat de l’histoire de la NCAAW.

Déjà à l’époque, il paraît clair que Holdsclaw a tout ce qu’il faut pour dominer sur le terrain. Alors que l’on sort des années de domination Jordan, Chamique, qui porte le numéro 23 est présentée comme la digne héritière au niveau féminin de His Airness. Elle termine son cursus avec la bagatelle de 3025 points et 1295 rebonds, soit le record de son université, hommes et femmes confondus. Avec 470 points et 197 rebonds, elle quitte ainsi le circuit universitaire avec également le record en tournoi NCAAW.

Son arrivée sur le circuit professionnel a lieu lors de la Draft 1999. Comme indiqué plus tôt, cette Draft est particulière car elle est remplie de joueuses déjà professionnelles provenant de l’ABL. Difficile pour une jeune sortant de l’université de faire face à cette concurrence inattendue. Cependant, le talent de Chamique se voit. Elle sera sélectionnée en 1e position par les Washington Mystics. Il faudra ensuite attendre le 18e choix pour voir une joueuse sortant d’université être sélectionnée.

A l’aube de la saison 1999, L’équipe de Washington vient de réaliser la première saison de son histoire pour 3 victoires et 27 défaites, soit le pire bilan de la ligue. Les attentes placées en Chamique Holdsclaw sont alors grandes. D’autant plus qu’elle aura l’honneur d’être la seule femme à être choisie pour faire la couverture du célèbre SLAM Magazine.

Dès sa saison rookie, Chamique Holdsclaw met les bases de ce que sera sa carrière : près de 17 points et 8 rebonds, agrémentés de quelques passes et interceptions pour compléter le tableau. Elle est directement sélectionnée comme starter pour le All-Star Game et finira assez logiquement Rookie de l’année. Sur le plan collectif, les choses s’améliorent avec 12 victoires pour 20 défaites, mais ce n’est pas encore assez pour rêver des playoffs.

L’année suivante, Washington rajoute 2 petites victoires à son bilan, ce qui lui permet de goûter pour la première fois à la saveur des joutes de fin de saison. L’expérience est de courte durée avec une élimination au premier tour de la main du Liberty de Becky Hammon et Teresa Weatherspoon.

La saison suivante, en 2001, ne confirme pas cette amélioration et voit Washington plonger au classement et rater de nouveau les playoffs. Avec 16.8 points, 8.8 rebonds, 2.3 passes et 1.5 interceptions, Chamique n’a pourtant pas grand chose à se reprocher. Il faut dire que le supporting cast des Mystics laisse à désirer. Si Nikki McCray ou Vicky Bullet étaient de très bonnes joueuses de complément, force est de constater que l’ensemble de l’effectif était fort léger pour assister correctement le diamant Holdsclaw”

En 2002, elle entre gentiment dans son prime et ses stats vont connaître une augmentation sensible avec 19.9 points et 11.6 rebonds, ce qui en fera la meilleure scoreuse et rebondeuse de la ligue cette année là. Au niveau collectif, malgré une absence de Chamique d’une dizaine de matchs à cause d’une blessure à la cheville, les choses s’améliorent pour Washington qui se qualifie en playoffs avec la 3e place de l’Est et un bilan positif pour la première fois de leur histoire.

Au premier tour, face au Charlotte Sting de Dawn Staley, Chamique prend les choses en main dans le Game 1. Avec 26 points, 13 rebonds et 5 interceptions, la messe est rapidement dite et Washington l’emporte 74-62. Le deuxième match est plus serré mais Chamique, bien aidée par une Coco Miller des grands soirs à 21 points, remporte la série. En finale de conférence, le Liberty arrêtera les espoirs des Mystics en remportant la série 2-1. Chamique fera de son mieux mais sera terriblement seule dans cette série.

En 2003, la moyenne de points de Chamique augmente encore pour dépasser la vingtaine, sa plus haute en carrière. Au niveau collectif, cependant, c’est la débandade et Washington replonge en toute fin de classement. En 2004, l’arrivée dans l’effectif d’Alana Beard donne l’espoir aux fans d’enfin voir leur star mieux entourée. Cependant, les choses ne vont pas se dérouler comme prévu. En cours de saison, Chamique est absente pour un match face à Charlotte. A la suite de cette absence, elle ne jouera plus de la saison, ainsi qu’en playoffs sans qu’aucune raison officielle ne soit donnée. On apprendra plus tard, qu’elle luttait depuis longtemps contre des graves problèmes de santé mentale qui se sont étendus sur l’ensemble de sa carrière et au-delà et l’ont clairement handicapée dans sa quête de grandeur. Avec les moyens mis à disposition des athlètes aujourd’hui, peut-être en aurait-il été autrement…

A l’intersaison, elle sera échangée aux Sparks contre Delisha Milton-Jones. A Los Angeles, l’effectif est vieillissant et même s’il atteint les playoffs, cela n’ira pas beaucoup plus loin. En 2007, alors que la saison vient à peine d’être entamée, Chamique annonce prendre sa retraite immédiatement sans donner de raison.

Après une pause d’un an, elle décidera de revenir à la compétition, au Dream d’Atlanta pour commencer, aux San Antonio Stars par la suite, avant de définitivement raccrocher et s’éloigner de la compétition.

6 fois All-Star, Meilleure scoreuse de la ligue sur une saison et par deux fois meilleure rebondeuse, rien ne laissait entrevoir que la carrière de Chamique Holdsclaw lui rapporterait si peu de palmarès tant son talent était indéniable. La carrière de Chamique est l’exemple parfait de l’importance de la chance dans un carrière et surtout la chance de tomber dans l’environnement adéquat.

Au sein du programme clinquant qu’était Tennessee, sous les ordres d’une coach de légende, Chamique a sans doute réalisé un des parcours universitaire les plus complets de l’histoire. A Washington, la franchise n’aura jamais su correctement l’entourer et le bilan est forcément amer tant son talent méritait une meilleure sortie.

Tout ça ne doit pas nous faire oublier qu’à son prime, Chamique regardait droit dans les yeux les meilleures athlètes de l’histoire de ce sport. Nous ne saurons jamais si avec un meilleur supporting cast, elle aurait pu tutoyer les sommets ou au contraire si elle était destinée à rester une merveilleuse soliste, incapable de rendre ses coéquipières meilleures.

Ne nous reste plus qu’à attendre son intronisation amplement méritée au Hall of Fame, même si son dossier semble compliqué à aboutir. Pour notre part, nous retiendrons de Chamique la merveilleuse joueuse scoreuse qui a permis de placer Washington sur la carte avec brio, bien avant qu’Elena Delle Donne ou Emma Meesseman ne viennent prendre la relève.



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