A la rencontre de Pierre Salzmann-Crochet, speaker de l’ASVEL

On parle souvent des joueuses et des coachs, mais la fourmilière du basket féminin regorge d’acteurs souvent moins mis en lumière mais tout aussi importants.

Nous avons eu le très grand plaisir de discuter avec Pierre Salzmann-Crochet, “la voix” de l’ASVEL en Euroleague.


Tout d’abord, parle-nous de ton parcours : comment t’es-tu retrouvé speaker à l’ASVEL ?

Le speaking a commencé un peu par hasard en 2013. Je m’étais déjà amusé à prendre le micro dans des tournois, mais c’est Douvres, là où a évolué Sandra Dijon, qui m’a repéré. J’ai aussi animé le tournoi du Quartier Ouest, auquel ont participé Amel Bouderra et Ingrid Tanqueray notamment. Ensuite, je me suis retrouvé à faire la Pro B de Rouen. Je commençais à me faire un petit nom dans la Basse-Normandie où le club phare est Mondeville et moi je suis de Caen, donc j’ai fini par faire Mondeville. Ensuite, on avance un peu dans le temps, je suis allé à Bourges et puis maintenant l’ASVEL.

C’est un peu arrivé par hasard. Lors d’un match amical entre Mondeville et l’ASVEL, qui se déroulait à Pont-l’Évêque, fief de naissance de Nicolas Batum et de notre Marine Johannès nationale. Nico avait demandé à Tony Parker de passer. A Pont-l’Évêque, on connait bien le basket, c’est un public de connaisseurs. Donc j’ai vraiment pu ambiancer lors de ce match amical qui était d’un très bon niveau. A la fin du match, alors que je range mes affaires, un homme en costard s’approche et me tend un téléphone en me disant : “Vous pouvez mettre votre numéro ? C’est pour Tony Parker”. Je peux te dire que j’ai vérifié 10 fois si mon numéro était le bon. Quelques mois après, je suis chez moi en train de bosser et mon téléphone sonne. Un numéro du Texas m’appelle. Je me dis que c’est peut-être sa secrétaire. Je décroche. Et là, je reconnais sa voix. “Salut, c’est Tony Parker”. Ah bah, pas besoin de te présenter, je t’avais reconnu (rires). “Je ne te dérange pas ?”. Non, ça va, tu me déranges pas… On a discuté. J’ai ensuite rencontré les autres dirigeants de l’ASVEL, j’ai fait un match test là-bas et c’est comme ça que ça c’est fait.

Et ça fait combien de temps ?

Ça, c’était en septembre 2018, donc j’ai commencé à speaker à l’ASVEL en 2019-20 pour l’Euroleague masculine et féminine.

Comment se passe une préparation de match pour toi ?

J’arrive de Caen en train, avec un changement à Paris. D’abord, j’installe mes affaires, puis je vais à l’Astroballe ou à Mado Bonnet suivant le match. A la salle, j’installe tout mon matériel audio : micro, PC, sono et je me mets en costume. En amont de ça, quelques jours avant, j’ai préparé sur ma tablette la fiche du match avec les listes des joueuses. Le jour de match, j’arrive bien à l’avance, minimum 2 heures, je mets à jour la liste des joueuses par rapport à ce que j’ai préparé. Souvent, je vais voir les coachs adverses pour leur demander comment se prononcent certains noms. Puis le public arrive et ça monte petit à petit : il y a toujours un peu de stress mais c’est du bon stress. Et puis on observe les joueuses, il y a toujours ce côté fan. Je me souviens, à Mondeville, la première fois que Céline Dumerc m’a tapé dans la main, je me suis dit que je ne me la laverais plus jamais. La première fois que j’ai vu Brittney Griner à Bourges pour l’Euroleague, je me suis dit : “La vache, elle est aussi grande que moi”. Même Marine Johannès, que je connais depuis qu’elle a débuté à Mondeville, je reste un fan absolu. En fait, je me sens chanceux.

Quel serait l’avantage et l’inconvénient de ton boulot ?

L’avantage et l’inconvénient est le même : je suis passionné. Donc, je vois des joueurs et des joueuses dont je suis absolument fan. C’est un métier, avec une préparation, mais je ne le vis pas comme un métier, je kiffe. Une fois que le micro est allumé, je suis dans mon domaine. Et puis, voir du basket à ce niveau là, on est quand même gâté.

L’inconvénient, c’est que parfois, même si j’essaie de me retenir, j’ai du mal à ne pas être fan. Sur une action incroyable, je vais avoir envie de me lever, de sauter sur la table et de danser. Je n’aime pas du tout quand on critique l’arbitrage, mais parfois, je vais avoir envie de lâcher un “Mais c’est pas possiiiiiiiible !”. Donc voilà, l’inconvénient c’est que je dois me contenir pour ne pas franchir la ligne rouge.

Ton meilleur souvenir de l’ASVEL ?

C’est le match pour la qualification pour le quart de finale de l’Euroleague qui se jouait à l’Astroballe, face au Fenerbahce. Match qu’on doit absolument gagner face au leader de la poule. La salle est remplie et elles font un match du feu de Dieu. Le public suit, en plus !

Est-ce que c’est chouette d’avoir Tony Parker comme grand chef ?

Alors, il faut savoir qu’en 2002, quand j’avais 10 ans, je n’ai pas pu avoir son autographe. Je voulais absolument avoir sa signature et au moment où ça allait être à mon tour, il a dû partir. J’étais tout triste, ma maman a piqué un scandale et a engueulé son garde du corps en disant que j’était tout petit et que j’avais 10 ans. Bon, j’étais déjà hyper grand en fait et le garde du corps l’a pas trop crue. J’en veux beaucoup à Tony pour ça… (rires)

Plus sérieusement, Tony est incroyablement professionnel, mais aussi sympa. Il essaie vraiment de nous mettre dans un cadre familial. Après, quand on se dit qu’on travaille pour Tony Parker, meilleur basketteur français de l’histoire – désolé les anciens qui pensent que c’est Rigaudeau -, un des meilleurs sportifs français de l’histoire et un des meilleurs meneurs de l’histoire de la NBA, forcément, j’ai aussi mon côté fan.

Tu pourrais nous dire quels sont les nationalités qui te font avoir des sueurs froides en terme de noms à prononcer ?

Tout ce qui est Serbie, Slovénie, l’ex-Yougoslavie, ça va encore grâce aux joueurs NBA Petrović ou Jokić. Par contre, quand on va aller un peu plus à l’Est ou même en Pologne avec un c, un r, un s, un k qui s’enchaînent, c’est pas simple. Heureusement, il y avait eu Pauline Krawczyk à Mondeville à une époque et ça m’a un peu aidé. Les noms à rallonge, c’est compliqué aussi. Je dirais donc les noms des pays de l’Est, style ex-URSS. Parfois, je les écris en phonétique sur ma feuille.

Y a-t-il une différence à ton niveau entre officier pour un match d’hommes ou de femmes ?

Oui, je vois une différence. Mais pour moi, ce sont deux sports différents. On pensait que je m’éclatais beaucoup plus à speaker les matchs masculins parce qu’il y a des dunks. Mais pas du tout. Ce que j’adore dans le basket féminin, c’est qu’elles compensent en tactique ce qu’elles n’ont pas en physique. On voit les mouvements, les écrans se placer, les tactiques se mettre en place. Et quand j’ai suivi ma 1ère saison d’Euroleague féminine à Bourges, je suis définitivement tombé amoureux du basket féminin. Parce que l’Euroleague féminine, le haut niveau féminin, c’est hallucinant ! On a l’impression que les coachs sont des joueurs d’échec qui placent leurs pions.

Sans manquer de respect au foot féminin, je trouve qu’il ressemble trop au foot masculin. Et là, du coup, on voit parfois la différence physique. Alors que le basket féminin, ça devient d’une part plus spectaculaire, grâce notamment à des joueuses comme Marine, mais surtout, c’est un autre sport. C’est du beau basket. Si on aime vraiment le basket, on ne peut pas dire que le basket féminin est ennuyeux. L’aspect collectif et tactique est impressionnant.

La LFB, meilleure ligue d’Europe ?

Oui ! Ce n’est pas là où il y a les meilleures équipes d’Europe, il faut plutôt aller du côté de la Russie avec Ekaterinbourg ou à Prague, mais c’est clairement le championnat avec le niveau de jeu le plus relevé. Prague ou Ekat mettent des tôles à tout le monde chez elles. Leur vrai championnat, c’est l’Euroleague ! Nos clubs arrivent souvent en 1/4 de finale, même si ce serait bien qu’elles finissent par gagner, mais le niveau est beaucoup plus hétéroclite. Les dernières peuvent battre les premières, c’est un vrai championnat avec du suspense. Ce n’est pas pour rien que la LFB attire aussi de très bonnes joueuses. Mais il faut faire fructifier ça : on doit prouver qu’on est dans le meilleur championnat en ramenant plus de trophées.

Que peut-on te souhaiter pour cette saison à l’ASVEL ?

Que la saison ait lieu ! Voilà ! (Rires). Que tout le monde pense un peu à ceux qui bossent dans le sport et dans l’événementiel en faisant hyper gaffe, en mettant le masque.

Niveau basket, je suis super enthousiaste parce qu’il y a Marine Fauthoux à l’ASVEL ! L’ASVEL a très bien recruté. Chez les filles, un Final Four est tout à fait faisable. Mais avant tout, que la saison ait lieu…



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