Courtney Williams tradée, le poker menteur a commencé

Le drama et les événements inattendus. Voilà deux ingrédients qui font le succès des bonnes séries TV, mais aussi de la NBA, dont le public est presque plus exalté par les trades et la free agency que par les résultats en eux-mêmes. Les rivalités et l’animosité que ces changements d’équipes et ces décisions peuvent provoquer chez les joueurs et les fans sont le sel d’une ligue dont les audiences télévisées des matches sont pourtant en berne. Une « Woj bomb » peut faire oublier 15 jours de calme plat et d’ennui relatif. Quelque part, la WNBA a manqué de rebondissements et d’histoires pour alimenter la narration de ses saisons. C’est en train de changer avec cette free agency. L’émoi provoqué par le trade qui a envoyé Courtney Williams à Atlanta mercredi en est une nouvelle preuve.

A chacun sa version…

Beaucoup de fans de Connecticut ont le cœur brisé. Ses coéquipières sont interloquées. Et les versions de la joueuse et de la franchise sont contradictoires, tissant la toile de retrouvailles houleuses dont il faudra cocher la date sur le calendrier… Si le Sun a atteint les Finales WNBA en 2019, Williams n’y est pas étrangère. L’arrière de 25 ans a réalisé sa meilleure saison en carrière et a souvent été l’étincelle de cette équipe. Si elle n’avait pas le statut de All-Star de certaines de ses camarades comme Alyssa Thomas et Jonquel Jones, personne à Uncasville ne peut nier son importance et tout le monde a vécu par procuration son enthousiasmante relation avec son père omniprésent. Tout a volé en éclats dans cette deuxième semaine de free agency. Un trade à trois, impliquant aussi Phoenix, a permis à Courtney Williams de retourner dans sa Géorgie natale, au Atlanta Dream, comme elle le souhaitait depuis quelques mois. C’est en tout cas de cette manière que Curt Miller, le coach du Sun, a présenté les choses.

« Nous sommes conscients du fait que Courtney était l’une des joueuses préférées des fans et on lui souhaite le meilleur à Atlanta. Malheureusement, en dépit de nos efforts, de la loyauté et du soutien que nous lui avons montrés ces quatre dernières saisons, il était devenu clair qu’elle ne voulait plus continuer avec Connecticut ».

Ouch… Son départ était donc inéluctable et la franchise n’a pas voulu conserver une joueuse avec la tête ailleurs. Normal, se disait-on. C’était avant que Williams ne ressente le besoin de livrer sa vérité dans un post Instagram débuté par des remerciements pour les fans.

« Connecticut, je vous aime tous tellement ! Vous m’avez montré tellement d’amour et m’avez vraiment aidée à devenir la joueuse que je suis aujourd’hui. Ce processus n’a clairement pas été simple pour moi et ça m’a vraiment montré que tout ça n’est qu’un business. La loyauté et l’émotion n’a pas sa place dans des négociations de ce genre. La pilule a été dure à avaler et je mentirais si je disais que tout ça ne m’avait pas blessée. Il est difficile de mettre ses sentiments de côté quand on a autant donné à une équipe et que l’on a grandi pendant quatre ans avec le même groupe de gens. Je sais toutefois que c’est comme ça. Je l’ai appris par la manière forte. Connecticut m’avait fait venir via un trade et m’a donné l’occasion de jouer après la fac. Je leur en serai toujours reconnaissante. Ne vous laissez pas avoir par les rumeurs que vous entendrez peut-être sur les raisons de mon départ. Je n’ai jamais eu l’intention de quitter le Sun et j’espère que les fans et mes coéquipières comprendront cela. […] La loyauté est négligée de nos jours. Peut-être que j’ai été élevée différemment, mais selon moi la vraie loyauté se montre aussi bien dans les bons moments que dans les mauvais. Le strict minimum que j’aurais pu avoir, c’est un merci. Comme toutes les autres joueuses qui ont décidé de ne pas rester dans l’équipe. Comme je l’ai dit précédemment, ils continuent de me montrer que le business, c’est le business ».

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Mannn Connecticut I love y’all so much! Y’all showed me so much love, and honestly helped me step into the player I am today. This process was definitely not an easy one for me, and it truly showed me that it’s all about business, and that loyalty and emotion has no place in these type of negotiations. This was a hard pill for me to swallow, and I’d be lying if I said I wasn’t hurt throughout this process. It’s hard to detach your feelings when you’ve given a program so much of you and have grown 4 years with the same group of ppl. I know that’s how it goes though, I learned that the hard way. Connecticut traded for me, and gave me an opportunity coming out of college and I’m forever grateful. Don’t get caught up in all the rumors that you may hear about why I left. I never intended nor wanted to leave CT and I hope the Connecticut fans and my teammates really understand that.. Thank you to the fans and my teammates for really accepting a kid like me and my different ways of doing things. Y’all are really something special and I love y’all forever! Sidenote: the word loyalty is thrown around so loosely these days, and maybe I was raised differently, but genuine loyalty is shown through the good or the bad. At the bare minimum I could have gotten a “thank you” like every other player that decided not to rejoin the team, but like I said previously they continue to show me that business is business. SEE YOU SOON ATLANTA!

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Business is business. Voilà un adage que l’on n’a pas si fréquemment entendu en WNBA et qui, aussi froid puisse-t-il paraître, est le marqueur que les choses sont en train de changer. Les joueuses vont davantage avoir le contrôle de leur destinée en même temps qu’elles gagneront globalement mieux leur vie. Et l’enthousiasme et l’animosité que déclenchent ces décisions cruciales, sportivement et personnellement, est un formidable levier pour booster l’intérêt autour de la ligue. Le drama et l’inattendu assurent le show, on y revient…

Dans ce cas précis, Courtney Williams a bien voulu montrer qu’on ne l’avait pas assez valorisée à son goût. Sur Twitter, un peu plus tard, elle a de nouveau cherché à discréditer la version de son désormais ex-coach.

“Evidemment, tout ce dont on parle c’est ce qu’ils m’ont proposé après m’avoir dit à la base qu’ils n’auraient pas l’argent pour me payer parce qu’ils voulaient d’abord faire re-signer les autres joueuses. Mais ils ont quand même réussi à offrir un salaire max à DeWanna Bonner. Je n’ai jamais eu de problème avec le fait de dire la vérité et c’est encore le cas ici”.

Avec Briann January, Connecticut gagne en expérience

Revenons à ce trade, pour l’évoquer de manière plus froide, justement. Sur le papier, le coup peut sembler rude pour le Sun. Perdre une joueuse du talent de Williams, qui n’a que 25 ans et semblait devoir faire partie du paysage pour encore quelques années à la Mohegan Sun Arena ne peut pas être vécu comme une bonne nouvelle par une fanbase qui n’avait pas encore fini de trinquer à la santé de sa nouvelle recrue DeWanna Bonner. Mais avec un peu de recul, l’arrivée de Briann January, titulaire à Phoenix la saison dernière et meneuse expérimentée (33 ans) s’il en est, est une compensation acceptable en plus du 2e tour de Draft 2021 récupéré dans l’opération. La fenêtre de tir du Sun pour remporter le titre s’est sans doute un peu réduite avec l’arrivée des deux trentenaires, mais January n’est pas la première venue. On parle d’une joueuse respectée et qui a tout de même été élu quatre fois dans le meilleur cinq défensif en WNBA. Si son style offensif est moins flashy que celui de Williams et sa meilleure forme a priori derrière elle, son tir à 3 points est plus que respectable. January a déjà remporté un titre (en 2012 avec Indiana) et cette expérience de la gagne logiquement absente du groupe la saison passée sera une énorme plus-value pour Curt Miller.

Atlanta, pour sa part, continue de faire une free agency franchement intelligente pour compenser le départ d’Angel McCoughtry. Le fit entre Courtney Williams et Tiffany Hayes a du sens et offre au Dream une force de frappe offensive inexistante la saison dernière.

Phoenix, de son côté, a vu débarquer deux guards qui ont rendu la présence de Briann January un peu moins pertinente : Skylar Diggins-Smith et Bria Hartley. Dans l’opération, le Mercury récupère toutefois deux joueuses qui améliorent assez instantanément leur frontcourt : l’expérimentée Jessica Breland devrait occuper le poste 4 pour former un tandem défensif de haut niveau à l’intérieur avec Brittney Griner. Quant à Nia Coffey, les qualités qu’elle a démontrées sur ses quatre premières saisons en carrière devraient lui permettre de devenir une excellente role player pour Phoenix.

Ah, au fait, vous vous demandiez sûrement quand les chemins de Courtney Williams et du Connecticut Sun se recroiseront. Ce sera le 13 juin, à la Mohegan Sun Arena, où l’atmosphère sera forcément un peu particulière…



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