Stef Dolson raconte son combat et celui de sa famille contre le Covid-19

Il y a plusieurs semaines, Stefanie Dolson annonçait qu’elle et sa famille tout entière avaient été testés positif au Covid-19 durant le mois de mars.

Dans une lettre dans The Players’ Tribune, l’intérieure d’habitude joyeuse et enthousiaste du Chicago Sky raconte cette expérience. On vous l’a traduite.


Je me suis réveillée et je me suis sentie comme une personne complètement différente.

Mon corps était courbaturé, ma peau aussi. Le simple fait d’être allongée dans mon lit avec une couverture faisait mal. Je suis sortie du lit et j’ai essayé de me mettre debout, mais je pouvais à peine marcher.

Je me souviens avoir pensé, wow, j’ai perdu la forme.

J’avais fait un entraînement assez physique le jour d’avant, mais quand même. Je ne me suis jamais sentie comme ça après un entraînement.

Peut-être que c’est la grippe.

Je n’ai jamais eu la grippe, donc je ne savais même pas ce que ça faisait, mais je devais trouver des explications. J’ai continué à faire comme s’il n’y avait rien. Stefanie, tu vas bien.

Je ne pouvais pas être malade.

Je ne pouvais pas avoir le virus.

J’étais restée debout jusqu’à 3h du matin la veille en lisant des articles sur tous ces cas, sur tout ce qu’il y avait à savoir dessus. J’essayais de me tenir informée, mais j’ai surtout réussi à me faire peur.

En m’allongeant sur mon dos courbaturé dans ma chambre d’enfance entièrement bleue dans le nord de l’état de New York, j’ai regardé autour de moi toutes mes petites plaques poussiéreuses, mes trophées, mes dessins d’enfant et j’ai commencé à pleurer. Non, en vérité, j’ai pleuré bruyamment, comme un enfant.

Je n’étais pas inquiète pour moi. Je l’étais pour ma mère – elle a toujours des bronchites pendant certaines périodes de l’année, donc ma famille et moi la considérions comme une personne assez à risque. Si elle l’avait, elle pourrait être vraiment en danger.

Cette pensée m’a fait paniquer.

Et si je l’avais ? Si je le transmettais à ma famille ? Et si je le transmettais à ma mère ?

J’ai pleuré dans mon lit ce matin-là jusqu’à ce que je n’aie plus de larmes. Enfin, comment aurais-je pu ne pas avoir peur ?

J’ai attrapé le coronavirus avant que des mesures de confinement ou d’isolement soient annoncées et avant que la distanciation sociale commence. On était au point où les gens étaient au courant de l’existence du virus, mais où il n’était pas en train de rapidement progresser dans le pays. J’étais rentrée de Chine – ou j’avais joué en WCBA – depuis 3 mois et j’avais passé beaucoup de temps à voyager pour voir des amis. Ce n’est que quelques jours après l’un de ces voyages que les courbatures ont commencé.

Mes symptômes parcouraient tout mon corps. Je pouvais respirer et je n’avais pas de fièvre. Ma gorge était irritée, mais je n’avais pas de toux.

Par contre, je ne pouvais même pas faire un puzzle sans manquer de tomber dans les pommes. J’avais d’énormes nausées et la tête qui tournait. Je n’avais aucune énergie. J’essayais de manger, mais je tombais de fatigue pendant mon repas.

Après 3 jours comme ça, je suis enfin allée à l’hôpital. On savait à ce moment-là que les symptômes étaient la toux, la fièvre et des difficultés respiratoires. Je n’avais aucun de ces symptômes, donc ils ont éliminé le ‘corona’ assez rapidement et m’ont renvoyée à la maison sans faire de test.

Et puis un jour, mon père s’est réveillé et a dit : ‘Je ne sais pas ce que j’ai, je me sens un peu comme Stef. Je ne peux pas bouger. Je suis fatigué. Mon corps est courbaturé’.

Et finalement, mon frère s’est réveillé avec de la fièvre. Il allait très bien et d’un coup il était brûlant. C’était trop bizarre. Chacun de nous a eu des symptômes différents.

Mais à ce moment-là, nous avions une petite idée de ce qui nous mettait hors-service.

Pendant quelques jours, nous l’avons appelé « le virus Dolson ».

__

Ma mère travaille dur.

Elle travaille de longues heures en tant qu’infirmière en maternité dans un hôpital du coin. Elle n’avait aucun symptôme et avait été au travail quelques fois. Mais un jour elle a appelé son travail et a dit : ‘Ecoutez, je ne peux pas venir au travail si je ne suis pas sûre de ne pas l’avoir”.

Elle a été testée en premier.

Vous pouvez tout à fait deviner que son test nous est revenu positif, rendant tout ça réel.

Je savais que ça avait du commencer par moi, donc j’ai commencé à chercher à passer le test. On a cherché beaucoup d’établissement de santé et d’hôpitaux autour de nous, et j’ai enfin réussi à me faire tester à un drive de dépistage. Le mien est aussi revenu positif.

Même si ma mère avait été testée positive, elle a été bien pendant environ une semaine. Puis, tout à coup, elle a commencé à avoir des quintes de toux qui la faisaient vomir.

Elle est retournée à l’hôpital, et les docteurs ont dit qu’elle avait une pneumonie. C’est à ce moment qu’ils l’ont admise. Au moins, elle était à l’hôpital où elle travaillait, donc elle n’était pas complètement seule, mais ils n’acceptaient que les patients aux urgences – pas de famille. Mon père a dû la déposer et repartir.

‘Tu iras bien Maman. Ça va aller”, on lui a dit avec ma sœur.

Je ne sais pas si ma maman y croyait. Elle a une collègue dont le mari a été testé positif, et il est mort.

On pensait que ma mère serait celle qui serait la plus à risques, et on avait raison. Elle a été la plus durement touchée. Pour certaines personnes – celles qui se retrouvent à l’hôpital – ce virus agit sur le corps comme un truc invisible qui fait la guerre à tous leurs organes, leurs muscles, leurs nerfs.

Ma mère nous donnait des nouvelles sur son état assez fréquemment. Elle avait de bons jours. Elle avait aussi de mauvaises nuits, elle toussait, elle vomissait. Et tous ces autres trucs que son corps faisait et que l’on ne peut pas vraiment raconter…

Elle a été là-bas pendant 6 jours et 5 nuits avant de revenir à la maison. Elle ne se sentait pas vraiment à 100%, mais l’hôpital était très saturé à ce moment-là et ils manquaient de lits.

Doucement, son énergie a commencé à revenir, petit à petit, jusqu’à ce qu’elle soit en assez bonne santé pour retourner au travail – au même hôpital qui avait travaillé dur pour la garder en vie.

J’ai probablement été la plus touchée après elle, puis ensuite mon père. Mon frère s’est rétabli assez vite, ma sœur n’a même jamais eu de symptômes. Il n’y a pas moyen qu’elle ne l’ait pas eu, mais elle a été complètement asymptomatique.

Le premier jour où j’ai pu de nouveau m’entrainer m’a fait tellement du bien. Cela m’a pris probablement un mois pour revenir à là où j’en étais avant.

Ma mère n’arrêtait pas de me dire, ‘Bois plus d’eau, bois plus d’eau’, parce que c’est la seule manière de retrouver son énergie. Evidemment il n’y a pas de remède, ni aucune sorte de médicament.

Il faut juste se soigner soi-même, jusqu’à ce que l’on aille mieux.

__

Les gens pensent qu’ils savent.

Tout le monde dit, « oh, bah si tu l’as, tu ne l’attraperas pas une nouvelle fois. »

Mais on ne sait pas encore si c’est un fait avéré.

Je vois trop de gens sur mes réseaux sociaux en mode, « soirée match chez moi ! »

Umm… qu’est-ce que tu fais ??

C’est tellement dur de voir que les gens ne prennent pas ça au sérieux. Peut-être que c’est différent parce que ma famille entière l’a vécu et que nous avons des amis qui ont été affectés par ça – qui ont perdu des gens à cause de ça.

Mais ça ne devrait rien changer.

Je ne comprends pas pourquoi, juste parce qu’ils n’ont pas été affectés par ça personnellement, ils ne voudraient pas prendre leurs précautions. C’est égoïste. Et c’est frustrant d’être sur les réseaux sociaux et de voir des choses comme ça.

Donc, moi, personnellement, je reste à la maison.

Je suis tellement reconnaissante que les membres de ma famille soient tous en sécurité et aillent bien maintenant. Mais c’est toujours dur parce que d’autres personnes ne vont pas aussi bien et beaucoup n’auront pas droit à une fin heureuse comme ma famille et moi.

Au début, j’étais très optimiste au sujet du fait que tout reviendrait à la normale bientôt. Maintenant, après avoir traversé ça, m’être inquiétée que ma mère ne puisse pas revenir de l’hôpital, je fais partie de la team #RestezChezVous – jusqu’à septembre s’il le faut et aussi longtemps qu’il le faudra.

Je sais que beaucoup de gens sont retournés à la maison dans leur famille, ou qu’ils se sentent cloitrés avec leur colocataires. Et je les comprends. C’est dur ! On dirait une saison de « The Real World » (un show américain de télé-réalité, NDLR) ou un truc du genre – des adultes vivant ensemble dans une maison.

Mais je ne pense pas qu’on devrait tout rouvrir avant qu’il soit absolument certain que les gens seront en sécurité.

En ce qui concerne la WNBA, elle est juste autant dans l’inconnu que le reste du pays.

Rejouer au basket occupe toujours mes pensées. Je ne peux pas y échapper.

Ça occupe nos pensées à tous.

Je viens justement de discuter par SMS avec Allie et Sloot (Allie Quigley et Courtney Vandersloot, ses coéquipières à Chicago, NDLR). On se disait que c’était fou parce qu’on devrait être en train de finir le camp d’entraînement à l’heure qu’il est. C’est bizarre et triste de penser à ça. Mon équipe me manque beaucoup.

Mais je garde une attitude positive. Je suis une personne réaliste, mais en même temps, je suis une optimiste et je garde espoir. J’ai bon espoir que nous aurons une saison WNBA.

Je pense que, en tant que pays, nous sommes tous déçus de ne pas avoir été préparés à ça. Nous étions tellement à la traîne en matière de tests… Et nous étions aussi en retard pour mettre les gens en quarantaine ou juste en sécurité à la maison. Notre manque de réactivité et notre réponse désorganisée nous a mis en retard.

C’est dans les moments comme ça que le leadership est vraiment important.

J’espère juste que les choses vont aller mieux.

Ça a ralenti un peu, mais nous avons encore du temps avant que les choses aillent vraiment bien. Je vois des pays qui ne déplorent pas de morts pendant plusieurs jours. Je sais que nous sommes tous prêts pour cette étape.

Mais je sais aussi quelque chose : on ne peut pas traiter les gens comme s’ils étaient sacrifiables.

Je vais être franche : je me méfie beaucoup de la Géorgie et des autres états qui sortent du confinement de leur côté. Il me semble que c’est quelque chose que nous devrions faire en tant que pays. La vie des gens en dépend.

J’aime que la plupart des états restent en confinement.

Savoir qu’autant de gens prennent ça au sérieux me donne le sentiment que c’est important, et même valorisant. C’est bien de savoir que les gens écoutent.

On travaille tous dur pour faire ce que l’on peut pour combattre le virus, et nous devons continuer pendant que c’est nécessaire. Je crois que la science va l’emporter, mais nous devons gagner du temps.

Si vous le pouvez, restez à la maison.

Pour le moment, c’est le seul moyen que nous avons de nous protéger entre nous, et nous devons nous serrer les coudes. Donc concentrez vous sur votre santé mentale et restez positifs. Restez en lien avec vos amis virtuellement. Aidez ceux autour de vous si vous le pouvez. Commandez à manger dans un restaurant du coin et laissez un pourboire plus élevé que d’habitude – essayons de faire en sorte que les gens puissent garder leurs entreprises.

Si vous êtes un travailleur essentiel et ne pouvez pas rester à la maison, merci. Beaucoup d’entre vous représentent des communautés auxquelles on n’attribue déjà pas assez de mérite – vous nous permettez de continuer à vivre et nous apprécions votre sacrifice. Nous vous voyons, et nous vous sommes redevables.

Nous sommes dans cette crise ensemble.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *