Lindsay Whalen

Quand elle se remémore sa première rencontre avec Lindsay Whalen, une seule chose vient à l’esprit de Sylvia Fowles, qui fut sa coéquipière pendant trois saisons dans la franchise du Minnesota : Quand j’ai rencontré Lindsay pour la première fois, dit Fowles, je me suis dit : ‘wow, comment est-ce que cette fille du Minnesota peut avoir autant d’énergie !’ Où est-ce qu’elle va chercher tout ça ? Comme l’intérieure des Lynx, beaucoup auront été marqués par la détermination sans faille et la rage de vaincre qui ont défini Whalen tout au long de sa carrière, pendant près de quinze ans passés sur les terrains à jouer au plus haut niveau.

Car il est clair qu’en prenant sa retraite il y a maintenant plus d’un an, à la fin de la saison 2018, la légende du Minnesota ne tirait pas sa révérence de la moindre des façons : en plus de ses deux titres olympiques, de ses quatre titres de championne WNBA, et de son positionnement à la troisième place des meilleures passeuses de l’histoire, Whalen quittait également la WNBA en tant que joueuse ayant gagné le plus de matchs depuis la création de la ligue. Aujourd’hui, il n’est personne sans doute mieux que Whalen et ses trois cent cinquante-trois matchs gagnés en carrière pour incarner ce que sont l’esprit de compétition et l’ADN de la victoire en WNBA.

Mais la vie et l’orientation de la carrière de Whay lui confèrent un statut de légende au-delà même des frontières de la women’s league. À elle seule, cette small town girl ayant grandi dans le Minnesota, y ayant été formée, puis étant revenue pour faire de l’équipe de basket de la « ville aux dix mille lacs » une des plus grandes dynasties sportives de la décennie, personnifie la ville de Minneapolis, et surtout l’État du Minnesota. À la manière des plus grands athlètes, Lindsay Whalen a mis une ville, et même tout un État sur la carte. Alors, en repensant à Sylvia Fowles qui se demandait où cette fille du Minnesota allait puiser toute son énergie, on se rend compte que « Syl », en formulant son interrogation, ne comprenait sans doute pas que la réponse qu’elle cherchait était contenue dans sa question même… Car Whalen, la small town girl devenue hometown hero, est une légende Made in Minnesota.

Small town girl : vivre et grandir dans le Minnesota

Lindsay a grandi avec ses parents et ses quatre frères et sœurs dans la petite ville d’Hutchinson, dans le Minnesota. Sa mère, Kathy Whalen, décrit Hutchinson comme une petite ville où il faisait bon vivre, et surtout comme un environnement qu’elle savait suffisamment sécurisé pour qu’elle puisse y élever ses enfants sans inquiétude. Son père, Neil, insiste quant à lui sur la proximité de la maison familiale avec de nombreuses installations sportives, terrains et salles de sport où Lindsay avait pris l’habitude de se rendre dès l’ouverture : « Lindsay voulait toujours être en train de faire du sport, quel que soit le sport. » Et cette passion pour le sport, et plus particulièrement le basket, la suit pendant toute son enfance et son adolescence. Un an avant de quitter le lycée d’Hutchinson, elle reçoit ses premières offres de la part d’universités pour poursuivre ses prouesses sportives au niveau supérieur. Mais comme dit le proverbe, there’s no place like home, et Lindsay choisit assez logiquement de rester chez elle en rejoignant les Golden Gophers du Minnesota.

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Local sensation : les années universitaires

Dans les rangs des Gophers, Lindsay s’impose immédiatement en tant que force motrice de son équipe. Dès sa saison de freshman, elle tourne à dix-sept points de moyenne, et permet à son équipe, encore en construction, de finir avec un bilan de vingt victoires pour seulement huit défaites. Pam Borton, qui fut la coach des Gophers de 2002 à 2014, s’exprime ainsi au sujet de Lindsay : « Lindsay était tout pour ce programme à l’Université du Minnesota. Elle était notre leader, notre meneuse, la force motrice de l’équipe, celle qui portait tout le monde sur ses épaules. »

L’engouement autour des Gophers et du phénomène Lindsay ne tarde pas à se concrétiser : l’équipe joue dans des salles bondées, devant des milliers de supporters venus admirer le talent de l’enfant prodige du pays. Parmi ces supporters réguliers, on comptait même un certain Mike Thibault, coach légendaire de la WNBA, natif du Minnesota passé par les rangs du Connecticut Sun, et qui est aujourd’hui à la tête des Washington Mystics. Le coach champion WNBA en titre se souvient de ces visites importantes rendues aux Gophers, plus particulièrement pourvoir Lindsay jouer : « J’ai eu la chance d’aller la voir jouer plusieurs fois pendant sa dernière année universitaire, et je me suis dit qu’il fallait absolument que je garde un œil sur cette joueuse. »

Lindsay ne le savait sans doute pas à l’époque, mais à lui seul, ce spectateur VIP allait avoir une influence décisive sur la suite de sa vie et de carrière…

Stolen star : l’exil dans le Connecticut

Il est sûr que le rôle de Mike Thibault ne fut rien moins que décisif dans la suite des événements. Lors de la Drat 2004, alors que l’ensemble de l’État du Minnesota retient son souffle dans l’espoir de voir Lindsay rejoindre les Lynx et continuer à défendre les couleurs de sa terre natale, Thibault, alors coach du Connecticut Sun, brise les espoirs de milliers de fans quand, avec le quatrième pick de la Draft, il choisit Lindsay pour renforcer les rangs de son équipe.

Il était donc logique que « Coach T » prenne la parole lors de la cérémonie de retrait de son maillot, le huit juin dernier, pour payer un peu de la dette de ces six années volées à l’ensemble des supporters des Lynx présents dans l’assistance : « Je sais qu’il y a quinze ans, j’ai contrarié un grand nombre d’entre vous…. À tel point que l’année d’après, quand je me suis rendu au Final Four, deux deux vos fans sont venus me voir et m’ont crié dessus pendant près de deux minutes en me demandant pourquoi j’avais fait ça. Mais la raison était simple : c’était la meilleure joueuse qu’on aurait pu faire venir dans le Connecticut pour permettre à notre équipe de se tourner dans la direction où elle devait aller. »

Quand elle entend son nom, à la suite du légendaire, « With the 4th pick of the 2004 WNBA Draft, the Connecticut Sun selects… », Lindsay, qui savait que la direction des Lynx cherchait activement à l’acquérir, ne parvient pas masquer son dépit. Voilà pourquoi, revenant sur ce moment d’anthologie dans l’histoire de la Draft, Rebecca Lobo affirme assez comiquement qu’elle “ressemblait à quelqu’un dont le chien viendrait d’être tué. On pouvait clairement voir qu’elle était déçue et qu’elle aurait souhaité être sélectionnée par Minnesota en plus basse position.

Mais Coach Thibault le savait, Lindsay avait ce petit truc en plus, la rage de vaincre indispensable à toute franchise ayant des ambitions de victoire. Une fois la pilule avalée, la guerrière Whalen ne s’est donc pas faite attendre pour porter la franchise du Connecticut sur son dos, et se faire adopter par de nouveaux fans, en allant conquérir la côte Est.

Pendant six ans, de 2004 à 2010, Lindsay s’est donc battue corps et âme pour le Sun. Dès sa première année dans la ligue professionnelle, avec près de dix points et un nombre record de passes décisives par match, elle mène son équipe jusqu’aux Finales WNBA, même si le Sun finit par s’incliner face aux Monarchs de Sacramento… Le ton est donné.

Mais malgré son départ, personne n’à oublié Lindsay chez elle, dans le Minnesota. Chaque année, en fin de saison, la direction des Lynx cherche à se rapprocher du Sun pour négocier le retour de Whalen sur ses terres natales… Mais il aura fallu attendre près de six ans, et la fin de la saison 2009, pour que la situation cette fois se retourne, et que le Sun cherche cette fois de lui-même à entrer en contact avec les Lynx. Il était temps, pour Lindsay, de rentrer chez elle.

Homecoming : le retour, et le début de la dynastie des Lynx

2010. Cette année fut charnière en bien des points pour les Lynx du Minnesota. On sait aujourd’hui, rétrospectivement, que c’est au cours de cette saison que se sont mis en place tous les changements fondamentaux qui ont ensuite permis aux Lynx de régner sur la ligne comme aucune autre équipe n’a su le faire pendant la décennie 2010-2020. En plus du retour de Lindsay, la saison 2010 fut en effet marquée par l’arrivée de Cheryl Reeve à la tête des Lynx, et par la Draft de dispersion des Monarchs de Sacramentos, grâce à laquelle Rebecca Brunson est arrivée dans le Minnesota. Les premières pièces du puzzle étaient posées.

Les chiffres parlent ensuite d’eux-mêmes… Une fois que Lindsay eut endossé le rôle de chef d’orchestre de son équipe, rien ne pouvait arrêter les Lynx, qui entre temps s’étaient en plus renforcés du talent unique de Maya Moore… En sept ans, de 2011 à 2017, les Lynx décrochent quatre titres WNBA (2011, 2013, 2015, 2017), devenant ainsi la franchise la plus titrée de l’histoire de la WNBA, à égalité avec les Houston Comets.

À l’arrivée de Lindsay, les Lynx n’avaient rien gagné ; à son départ, ils avaient tout gagné… Voilà pourquoi beaucoup se souviendront de l’ère Lindsay Whalen comme de celle qui aura vu les Lynx passer d’équipe lambda dans la ligue à usine à titres et à championnes. Comme le résume à merveille Cheryl Reeve : « Qu’importe le nombre de titres qui viendront par la suite, ceux-là seront à jamais les premiers, et ils furent décrochés par la fille du pays. »

En plus de défendre les couleurs du Minnesota, Lindsay eut aussi l’occasion, pendant ces années de gloire, de représenter les États-Unis dans les compétitions internationales avec USA Basketball. Meneuse remplaçante, mais dans une équipe où le banc ressemble plus à un second cinq qu’à une solution de remplacement, Lindsay a là aussi su s’imposer en tant que leader, notamment en tant que force motrice du « second unit », appelé à remplacer le cinq majeur à la manière d’une deuxième vague venant submerger les adversaires de Team USA de façon quasi-systématique.

De Lindsay, Sue Bird, disait ceci il y a quelques temps : « Je pourrais tout à fait parler de son esprit de compétition et de sa capacité à marquer, à passer, etc., mais elle était surtout capable de créer une relation de confiance avec ses coéquipières, et je pense que c’est ça qui lui a permis d’être une si bonne meneuse sur le terrain. »

Hometown hero : à jamais dans la légende

Lindsay a beau avoir mis fin à sa carrière professionnelle en 2018, elle ne s’est pas pour autant éloignée des terrains, puisqu’elle a aussitôt pris de nouvelles fonctions, en tant que head coach de son ancienne équipe universitaire, comme pour boucler la boucle de la plus belle des manières. À la tête des Gophers, Whay s’est remise en quête du seul objectif à ne jamais avoir été le sien pendant l’ensemble de sa carrière professionnelle, à savoir gagner des matchs, et remporter des titres.

Désormais, Mike Thibaut, dont la fille travaille aux côtés de Lindsay chez les Gophers, peut retrouver celle qu’il avait mise en exil dans le Connecticut il y a seize ans dans leur état d’origine à tous les deux, le Minnesota, chaque hiver. Tout est bien qui finit bien, donc pour Coach T et Coach Whay. Home is where the heart is, disent les Américains. Une chose est sûre : le coeur de Lindsay Whalen est dans le Minnesota.

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No one more deserving. I love you coach!

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