Candice Dupree nous parle de la Wubble, de sa splendide carrière et de Julie Allemand

Indiana a manqué le coche et ne jouera pas les playoffs cette saison. Malgré la déception, l’authentique figure emblématique de la WNBA qu’est Candice Dupree a eu la gentillesse de discuter avec nous.

Sa discrétion fait qu’elle n’est que trop rarement mise sur le même plan que d’autres joueuses de son envergure. Pourtant, Candice Dupree c’est 7 sélections au All-Star Game, un titre de championne WNBA, deux titres mondiaux avec Team USA et une 2e place All-Time au nombre de paniers marqués en carrière, derrière Diana Taurasi, son ancienne coéquipière à Phoenix.

A 36 ans, Dupree a encore démontré de très belles choses cette saison avec Indiana, en étant le moteur et la leader du Fever. Pour Swish Swish, elle a accepté d’évoquer tout un tas de sujets, de son vécu dans la bulle à sa riche carrière, en passant par son coup de coeur pour l’une de ses coéquipières : une certaine Julie Allemand.

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Candice, la saison n’est pas complètement terminée pour le Fever, mais elle touche à sa fin. Comment est-ce que tu te sens après avoir vécu cette expérience aussi particulière dans la Wubble ? Qu’est ce que tu en retiendras ?

Comme tu l’as dit, c’était vraiment quelque chose d’unique. Pas parce que l’on a joué pendant l’été, ça on y est toutes habituées. Mais parce c’est exceptionnel que toutes les équipes soient réunies en un seul et même endroit et que l’on puisse profiter du fait qu’il n’y a pas à prendre l’avion et à aller dans des hôtels différents à chaque fois. Pour moi, c’était un vrai plus par rapport à d’habitude. On joue un jour sur deux, donc c’est clairement éprouvant pour le corps, que ce soit sur le plan physique ou mental. Mais on a toutes essayé de trouver le moyen de récupérer efficacement entre deux matchs. En tout cas, ça nous a donné l’occasion de passer plus de temps entre joueuses, de traîner un peu plus ensemble et de mieux nous connaître. Dans l’ensemble, ça n’a pas du tout été une expérience horrible pour moi. Après, je dois quand même dire que je suis contente de quitter la bulle très bientôt !

Je ne peux qu’imaginer à quel point ça a dû être difficile d’être séparée aussi longtemps de tes filles. Comment est-ce que tu as réussi à rester concentrée sur le basket ?

En étant simplement une professionnelle ! C’est quelque chose que l’on m’a toujours enseigné : être pro et jouer au basket de la bonne manière. Comme tu l’as dit, ma famille et mes filles m’ont beaucoup manquées. Mais au final, j’ai réussi à leur parler tous les jours via Facetime et je sais qu’elles ont regardé nos matches de temps en temps. Elles savent que j’étais ici pour jouer au basket. Depuis que je suis ici, j’essaye simplement de me concentrer à fond là-dessus et de faire mon boulot.

Beaucoup pensaient qu’Indiana se qualifierait pour les playoffs cette saison. Il y a évidemment eu plein de paramètres particuliers à gérer, mais que penses-tu qu’il a manqué au Fever pour faire mieux et aller en playoffs ?

On aurait clairement pu faire les playoffs avec les joueuses que l’on avait. Je pense que l’on a laissé filer quelques matchs que l’on devait gagner. Les deux contre Dallas, par exemple, mais aussi quelques autres où on a perdu le fil en fin de partie. Si on avait plusieurs fois réussi à être efficaces ensemble pendant 40 minutes et à gagner ces matchs-là, on aurait été dans le top 8 et en playoffs à l’heure qu’il est. Les pièces que l’on avait ici étaient suffisantes pour y arriver. On n’a pas pu le faire cette année…

Sur un plan personnel, ta 15e saison en WNBA a quand même été très bonne. Comment est-ce que tu fais pour avoir l’air aussi jeune sur le terrain ?

Pendant les quatre mois d’inactivité, je me suis confinée et j’ai soulevé beaucoup de fonte, j’ai beaucoup couru et j’ai aussi éliminé de mon alimentation des choses que je n’avais pas vraiment besoin de manger ou de boire. Je ne savais pas quand la saison commencerait, mais je continuais d’entendre qu’il y aurait assurément une saison. Parfois, j’en ai eu un peu marre de m’entraîner, j’en avais assez. Mais j’ai continué à insister là-dessus et ma famille m’a aidée à traverser tout ça. Je me sentais super bien physiquement en arrivant dans la bulle et mon corps est encore en forme aujourd’hui. Par contre, mentalement j’ai vraiment besoin d’une pause, là. Quand on est dans la bulle, avec tout ce basket autour de nous tout le temps, on n’a pas vraiment la possibilité de s’en échapper un peu. Donc clairement, j’ai hâte !

Avec tous ces matchs joués en si peu de temps, tu ne te sens pas plus fatiguée qu’en temps normal ?

Non, pas du tout, parce que cette fois on n’a pas eu à faire tous ces voyages, à prendre tous ces avions… Tu sais, tout ça a un prix au niveau de ton corps. Les déplacements et les matchs qui suivent, c’est très éprouvant. Du coup, mon corps est en vraiment bonne forme même si on a enchaîné les matchs.

La moitié de la team Swish Swish est belge. Je suis obligé de te parler de Julie Allemand. De notre point de vue, elle a été incroyable, mais on n’est peut-être pas objectifs. Qu’est ce que tu as pensé d’elle et de sa première saison dans la ligue ?

(Enthousiaste) J’ADORE Julie ! J’adore son jeu et j’adore la personne qu’elle est. Je pense qu’elle a vraiment très bien joué pour nous cette saison. Malheureusement, elle a dû cumuler énormément de minutes et il me semble que ça a commencé à se voir en fin de saison. J’aime le calme avec lequel elle a joué. Julie est capable de très bien shooter et elle a fait du super boulot pour mettre en place nos systèmes offensifs. Vraiment, j’aime beaucoup son jeu. Elle a clairement un bel avenir dans la ligue. Je sais qu’elle a des engagements avec son équipe nationale et tout ça, mais je pense quand même qu’elle a un grand avenir en WNBA.

J’aimerais que l’on parle de ton parcours. Tu es née à Oklahoma City, mais tu as aussi vécu dans le Wyoming, puis été au lycée en Floride, à la fac en Pennsylvanie… Est-ce que tu peux nous guider à travers ton enfance et la manière dont tu as commencé à jouer au basket ?

Alors voyons : ma mère était officier dans l’armée de l’air américaine, ce qui explique que mes soeurs et moi avons vécu dans autant d’endroits différents. J’ai commencé à jouer au basket à Cheyenne, dans le Wyoming, quand on était basées là-bas. La première fois que j’ai vraiment joué, c’était en primaire, à 9 ans. Mais je ne jouais pas uniquement au basket. Je pratiquais tous les sports possibles et imaginables. Puis j’ai rejoint une équipe de AAU (Amateur Athletic Union) qui voyageait un peu lorsque l’on a déménagé en Floride quand j’avais 12 ans. A l’époque, le manque de subventions au niveau de l’école faisait que si tu ne jouais pas pour une équipe de AAU ou en YMCA, tu étais obligée d’attendre d’être au lycée pour faire du basket de compétition. Sauf que moi, à 13 ans, on m’a laissée m’entraîner avec l’équipe du lycée alors que je n’avais pas encore l’âge d’y aller… En plus du basket, je faisais du volley, de l’athlétisme, du softball, tout ça. Puis quand l’heure d’aller à l’université est arrivée, je me suis rendue compte qu’il fallait que je fasse un choix entre le basket et le volley. Je me suis dit que j’aurais de meilleures opportunités de carrière avec le basket, en devenant professionnelle en WNBA et en jouant à l’étranger.

On peut dire que tu as fait le bon choix.

(Elle rit) Il me semble bien, oui.

Dans ta jeunesse, est-ce qu’il y avait des joueuses ou des joueurs que tu suivais particulièrement ou que tu voulais imiter ?

Non, à vrai dire. Aucun. En fait, j’étais tellement occupée et tellement tout le temps engagée dans une activité sportive ou autre que je ne prenais jamais le temps de regarder le sport à la télé. Pourtant, il y en avait tout le temps, notamment du basket, mais je ne me posais jamais devant. Il n’y a personne dont j’ai voulu suivre les pas.

A la fac de Temple, par contre, tu as eu Dawn Staley (la head coach de Team USA et de South Carolina, NDLR) comme coach. C’est l’une des figures emblématiques du basket féminin aux Etats-Unis. De quelle manière est-ce qu’elle a influencé ta carrière et ton approche du basket ?

La chose la plus importante pour elle, ça a toujours été d’inculquer à ses joueuses le respect du jeu et de les rendre aussi prêtes que possible pour le niveau professionnel. Moi, elle m’a vraiment appris à être une pro. Elle m’incitait toujours à faire tout un tas de choses à l’entraînement avant que je puisse quitter la salle. En même temps qu’elle nous coachait à la fac, elle continuait d’être joueuse en WNBA. Donc on a eu plusieurs fois la chance d’aller la voir en road trip dans des villes pas trop éloignées comme New York, Washington ou dans le Connecticut. Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de joueuses NCAA qui peuvent dire que leur coach est toujours joueuse au plus haut niveau. On l’a vue être porte-drapeau des Etats-Unis aux Jeux Olympiques et faire des choses incroyables comme ça. Avoir quelqu’un comme elle dans sa vie, que l’on peut prendre pour modèle, c’est fantastique. En regardant les matchs, on se disait : ‘Tu te rends compte que c’est notre coach qui est sur le terrain là ?’ Aujourd’hui, on discute encore de temps en temps. Pas toutes les semaines non plus, mais quand on parle elle me demande comment je vais et comment vont les filles. On a une très bonne relation.

Il y a eu cette période à Phoenix, où tu as joué dans une équipe incroyable avec Diana Taurasi, Penny Taylor, Brittney Griner et bien sûr DeWanna (Bonner, la mère de ses jumelles Cali et Demi, NDLR) quel est ton meilleur souvenir de cette époque et pourquoi le Mercury n’a-t-il pas gagné plus de titres avec ce groupe ?

Je n’oublierai jamais mon premier match de playoffs avec Phoenix, au cours duquel j’ai marqué 32 points… Pour le reste, évidemment c’est le souvenir de ce titre gagné en 2014 qui prime. C’était vraiment un super groupe de joueuses. Il n’y avait que des professionnelles jusqu’au bout des ongles. Tout le monde faisait son job et jouait aussi dur que possible. Il est clair qu’on avait une équipe hyper talentueuse. Je crois qu’à ce jour on a toujours le meilleur bilan de l’histoire sur une saison, avec seulement 4 défaites l’année où on remporte le titre. C’est incroyable. On a vraiment passé du bon temps ensemble. L’année après notre victoire, Diana et Penny n’ont pas fait la saison. Donc on n’a pas eu l’occasion de revenir pour réussir un back to back. Ensuite, les filles sont simplement passées à autre chose dans leur carrière, des joueuses ont été tradées et voilà…

Tu as joué en Slovaquie, en République tchèque, en Hongrie, en Russie et en Chine. Qu’est ce que tout ça t’a apporté sur un plan personnel et professionnel ?

L’occasion de voir le monde grâce au basket ! J’ai rencontre des gens formidables. Quand tu es en WNBA, il n’y a pas vraiment d’intersaison durant laquelle tu peux travailler sur ton jeu. Partir à l’étranger t’offre cette opportunité-là. J’ai eu la chance de faire ça pendant de longues années et je ne changerais ça pour rien au monde. Je garde tout. Le bon, comme le mauvais. J’ai grandi et appris énormément à l’étranger. Au final, j’y ai presque passé plus de temps qu’aux Etats-Unis durant ma carrière.

Tu penses jouer à nouveau à l’étranger avant la fin de ta carrière ?

Ouuuuuh, je ne sais pas ! (elle rit) Vraiment, je ne sais pas. A l’heure actuelle, j’ai envie de dire non. Mais on ne sait jamais. Je pense que si je te dis non aujourd’hui, c’est à cause de la pandémie et parce que je n’ai aucune idée de ce qui sera possible financièrement pour les équipes désormais. Je sais que beaucoup de sponsors ont été durement frappés financièrement par la crise sanitaire. Donc on verra.

Sinon, j’ai une idée pour toi. Puisque l’un de tes secrets les mieux gardés c’est ton talent culinaire et le fait que tu rêvais de faire une école de cuisine quand tu étais plus jeune, pourquoi est-ce que tu ne viendrais pas jouer en France pendant un an pour joindre l’utile et l’agréable ? En cuisine, on n’est pas trop mauvais.

(Elle rit) Ah, c’est certain que j’aimerais bien combiner ces deux choses-là. Mais il va falloir que tu trouves quelqu’un pour me donner assez d’argent pour venir jouer ! C’est vrai que j’adore l’art culinaire. J’aime beaucoup cuisiner pour les autres. Pas pour moi, parce que je trouve que c’est ennuyeux, mais pour les autres, oui. J’ai fait un repas pour mes coéquipières dans la bulle d’ailleurs, mais je leur ai bien dit que je ne le ferais qu’une seule fois ! !

Ta carrière et tes accomplissements sont incroyables et tu es l’une des meilleures joueuses de tous les temps à ton poste. Pourtant, ton nom ne revient pas assez souvent quand on parle des grandes joueuses de la ligue. Est-ce que tu as aussi cette impression ?

Oui, je le pense aussi. Mais en fait, j’essaye de ne pas vraiment trop prêter attention à tout ça. En définitive, les récompenses, les chiffres et les stats ne mentent pas. Je n’ai jamais été quelqu’un qui avait absolument besoin d’être dans la lumière. Je vais continuer à faire mon job et à voler en dehors des radars.

La ligue a changé depuis tes débuts, même si Diana Taurasi, Sue Bird ou toi-même êtes encore au top. Quelles joueuses plus jeunes vois-tu prendre la relève et incarner la WNBA à l’avenir ?

Il y a un nom qui me vient, à coup sûr : A’ja Wilson. Je la mettrais probablement tout en haut de ma liste. Après, il y a évidemment déjà Breanna Stewart. Sinon, on voit de jeunes arrières. Arike Ogunbowale est très forte et sera clairement le futur de la ligue. Satou Sabally le sera aussi. J’adore son jeu. Elle se comporte comme une pro, même si ce n’est qu’une rookie. Malheureusement, Sabrina Ionescu s’est blessée et on ne pourra pas voir ce dont elle est capable avant l’année prochaine.

Est-ce que tu sais déjà si on pourra te voir jouer encore au moins une saison en WNBA ?

Hummm… Je pense, oui (elle rit). Mais on ne sait jamais, il y a encore beaucoup de temps entre aujourd’hui et la prochaine saison.



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