A la rencontre de Chloé Berard, responsable communication du BLMA

On parle souvent des joueuses et des coachs mais la fourmilière du basket féminin regorge d’acteurs souvent moins mis en lumière mais tout aussi importants.

Première à passer sur le grill dans cette série d’interviews sur les métiers périphériques du basket féminin, nous avons eu le plaisir de discuter avec Chloé Berard, grande manitou de la comm’ du BLMA.


Tout d’abord, parle-nous de ton parcours : comment t’es-tu retrouvée au BLMA ?

C’est une histoire un peu atypique. J’étais aux études il y a encore 5 ans, dans un bachelor webdesigner/designer multimedia. On nous a demandé d’utiliser les réseaux sociaux à des fins professionnelles. J’ai eu la bonne idée de tweeter sur le match “Championnes de coeur“, un match de gala au profit d’une association caritative. C’était organisé par la LFB et le match opposait des joueuses de légendes et des joueuses de chaque club de LFB. Tu pouvais te retrouver avec une Cathy Melain qui jouait contre Céline Dumerc par exemple. C’était il y a 5 ans et j’ai justement tweeté sur l’entre-deux qui opposait Céline Dumerc à Edwige Lawson ainsi que plusieurs autres tweets sur la rencontre. Le tweet a été relayé par Edwige et la LFB. J’ai trouvé ça chouette, j’ai continué à tweeter et j’ai été relayée par de plus en plus de monde, par des personnes qu’on admire à la télé. Ca a été un petit jeu.

En parallèle, étant dans mes études en web, j’ai commencé à créer des visuels pour promouvoir le basket féminin et lui offrir plus de visibilité. Les fédérations ont vu passer quelques visuels. Pour l’anecdote, lors de l’Euro 2015, j’ai créé une bannière Twitter avec toutes les filles qui y participaient. La FFBB, notamment Jean-Pierre Siutat, ont affiché le visuel sur leur compte en ajoutant “Tous aux couleurs des Bleues”.

A la fin de mes études, j’ai rejoint le Musée de l’Armée, ce qui n’avait évidemment rien à voir avec le basket mais c’était une belle expérience professionnelle. J’ai continué à m’intéresser au basket féminin sur mon temps libre. J’ai notamment créé “Parlons basket féminin“, pas avec une connotation journalistique mais plutôt avec une connotation visibilité. On était là pour aider les filles. Ca m’est arrivé de demander à une joueuse que j’interviewais de choisir elle-même ses photos par exemple. Je sais que nous sommes des femmes et qu’on n’aime pas toujours la tête qu’on a quand on joue (rires).

Au fur et à mesure, j’ai réussi à me faire quelques contacts dans le milieu, j’ai travaillé avec la LFB et la FFBB sur la NM1 et la LF2 et on m’a mandaté sur les 20 ans de la ligue pour lesquels j’ai réalisé toutes les illustrations. J’avais un rêve : vivre de ma passion mais pour l’heure, ça ne restait qu’un rêve J’allais partir en Espagne quand j’ai eu une proposition du BLMA, en septembre 2018. Je ne remercierai jamais assez mon président, Franck Manna, et la directrice Sportive du Club, Edwige Lawson Wade, qui ont cru en moi.

C’est donc en 4 ans, entre 2014 et 2018, que j’ai fait ce petit parcours fait de hauts et de bas, de beaucoup de passion. Il a fallu beaucoup de sacrifices : tout mon temps libre et mes vacances ont été consacrés au basket, à faire des photos dans des compétitions internationales mais au final, j’ai réalisé mon rêve. On peut aussi citer des filles comme Valériane Vukosavljević Ayayi, Alba Torrens, qui sont des internationales et qui m’ont donné une visibilité et ont permis à mon nom d’être un peu plus connu dans le milieu.

Quelles sont les tâches qui t’incombent au sein du BLMA ?

Je vais vraiment parler contexte BLMA car dans d’autres clubs, mon poste n’est pas orienté de la même manière. Tous les clubs n’ont pas les mêmes besoins ni les mêmes ressources. Donc pour ma part, au BLMA, mon poste s’intitule “Responsable Communication et Évènementiel”. Je suis en charge de toute la communication des Gazelles (site web et les différents réseaux sociaux). Je suis aussi chargée du volet photo et vidéo, que ce soit la captation ou le montage, des relations presse – les demandes d’interview passent par moi -, les reportages télé, les campagnes d’affichage dans la ville gérées conjointement avec mon directeur des opérations. On s’occupe aussi des encarts dans les journaux, des brochures, toute une partie print que je peux gérer grâce à ma formation de graphiste.

Enfin, il y a la partie événementiel qui se scinde en 2 volets : le volet social et l’autre volet purement sportif lié aux soirs de matchs.

Il faut savoir que la LFB porte un projet qui s’appelle “Marraines de coeur” dont le but est de faire participer les joueuses à des événements caritatifs ou à caractère social. Les joueuses font des visites aux CHU, en pédiatrie, certaines donnent des cours d’anglais. On avait un projet en partenariat avec un centre pénitencier, mais ça ne s’est pas fait à cause du covid. On a aussi été approché par la SPA pour faire des promenades avec les chiens. On a aussi des événements plus ponctuels lors des soirs de match : octobre rose pour le cancer du sein. Cette saison, on a fait un lancer de peluches à la mi-temps avec l’Association Espace Renaissance qui a pu repartir avec les peluches pour les offrir à des enfants défavorisés. On fait toujours un match pour la banque alimentaire où chaque personne qui apporte des denrées se voit offrir une place gratuite. Voilà pour la partie sociale.

Il y a aussi le côté événementiel lors de chaque soir de match : la préparation lors de l’avant-match (kakémonos, barrièrage, programmes de match, coin VIP) puis, en cohésion avec le speaker et la personne qui est à la régie, on gère l’écran géant, les animations, ce qui va se passer et à quel moment. 

C’est toi qui t’occupes des demandes en mariage faites aux BLMA alors ?

C’est ça ! Après je me méfie des surprises car, il y a 2 ans, on a joué à domicile le soir de mon anniversaire. Temps-mort. La mascotte Gazou et le speaker arrivent : confettis à côté de moi ! Je n’étais pas au courant de cet aspect là (rires). 8 mois après, on retrouvait encore des confettis dans le Palais des Sports.

Mais mine de rien, pour qu’un match se passe bien, il y a énormément de contraintes, un gros cahier des charges. Moi je sers de relais avec le secrétaire général du club pour faire respecter ce cahier des charges par l’équipe, que ce soir le speaker, les bénévoles etc… Il faut avoir les yeux partout les soirs de match.

Quel serait l’avantage et l’inconvénient de ton boulot ?

Je vais commencer par le point positif : je vis de ma passion. A partir de là, j’ai tout dit ! Je suis une passionnée, c’est un bonheur de venir bosser tous les jours, d’être au milieu d’athlètes de haut niveau et d’être payée pour promouvoir un club, une image et le basket féminin. Le basket est le sport collectif féminin le plus pratiqué, mais ce n’est clairement pas le sport où il y a le plus de moyens alloués.

L’inconvénient, il n’est pas propre au BLMA, ni même au basket, mais plutôt au domaine dans lequel je travaille, à savoir la communication. Dans la comm’, c’est tous les jours, H24 ! On est là pour défendre l’image de notre club, d’athlètes. Et on a des détracteurs qui peuvent se réveiller n’importe quand, c’est facile les insultes derrière un écran. On doit être à l’affût, car on a beau être en week-end ou en vacances, s’il se passe quelque chose, il faut réagir.

Ton meilleur souvenir du BLMA ?

Comment ne pas citer la finale d’Eurocup, même si elle a été perdue. En une semaine, on a monté une finale d’Eurocup, on a créé des maillots spécifiques, on a fait des écharpes. Toute personne qui rentrait dans la salle recevait une écharpe et un t-shirt. Au final, toute la salle était blanche, le public debout. Le Palais des Sports de Latte est une petite infrastructure, mais il y avait des gens debout dans les couloirs, une ambiance de fou.

J’ai plein d’autres souvenirs. Pour en citer un plus récent : cette année, Euroleague, Fenerbahce est leader invaincu du Groupe B et on les fait tomber à domicile avec un public qui est là. C’est pour ces émotions là que tu aimes le sport.

Bon, c’était une certitude que j’allais poser cette question : travailler avec Edwige Lawson, c’est comment ?

Il faut arriver à faire la part des choses. Comme je te le disais au début, je suis une passionnée et je me retrouve dans mon milieu passion. Et il ne faut pas que la passion prenne le dessus. Elle doit t’animer, mais pas prendre le dessus. Que ce soit Edwige ou les joueuses, ce sont des femmes avant tout. Ça n’enlève pas le respect qu’on leur porte, mais il ne faut pas l’oublier. Du coup, c’est un bonheur évidemment. Edwige, c’est quelqu’un qui a plein d’idées à la minute, elle t’aide à grandir. Avec son expérience, elle voit plein de choses. Et ce qui est bien, c’est qu’on est sur la même longueur d’ondes. Elle suit énormément la WNBA, elle y voit beaucoup de choses intéressantes et parfois, au niveau de la comm’, elle me dit “Hé, Chloé, t’as vu ça ? On doit faire pareil pour le BLMA”. Et moi je lui réponds que je suis déjà sur le coup parce que moi aussi je l’ai vu (rires).

L’autre chose à côté de laquelle je ne pouvais pas passer, c’était de pointer le doigt sur la Belgitude qui envahit le BLMA avec l’arrivée de Julie Allemand en plus de Thibaut Petit. Ça t’inquiète ?

Pas du tout, mais holala votre accent, vous avez parfois de ces expressions… “A tantôt”, on y a droit tout le temps. Julie a quand même moins l’accent prononcé je trouve. Mais bon, vous êtes gentils les Belges.

Y a-t-il une différence de mentalité entre les joueuses WNBA et non WNBA ?

Ca dépend évidemment des joueuses mais parfois, dans la façon d’appréhender les entrainements, il y a des choses qui sont différentes. Il y a évidemment une énorme éthique de travail chez les Françaises et les Européennes, mais il y a moins cet acharnement. La culture américaine fait que tu te poses moins de questions aussi. Sur une fin de match, une joueuse européenne un peu moins en jambes ne sera pas en confiance. Une joueuse de WNBA, si elle doit le faire, elle le fait, elle fonce. C’est plus sur ce aspect que la différence se voit, les Européennes privilégient le collectif, la joueuse W va être plus individualiste quand il le faut.

J’ai vu Diana Taurasi à Villeneuve-d’Ascq faire un début de match mauvais, à peut-être 1/9. Elle finit la rencontre à 34 points.

La LFB, meilleure ligue d’Europe ?

En toute objectivité, oui ! C’est une ligue où le 11ème peut battre le premier. On peut prendre l’exemple de Lyon qui se déplace à Nantes, cette saison, et qui perd. Nantes étaient les dernières. Nous, en 2018, on est invaincues, on va à Landerneau, le promu, et on perd. Le championnat est fou ! Toutes les équipes peuvent battre les autres, les matchs s’enchaînent vite, tu ne cogites pas.

Des équipes comme Ekaterinburg ou Prague, quand elles jouent dans leurs championnats respectifs, c’est un entraînement. En France, si tu décides de reposer une joueuse majeure, tu prends le risque de passer à la trape !

C’est un championnat qui bouge beaucoup et qui arrive à attirer de plus en plus de grosses joueuses.



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