A’ja Wilson : son message puissant pour les jeunes filles noires

Hier, nous étions le 28 août 2020. Il y a 57 ans, un certain Martin Luther King prononçait un discours historique devant une foule de 250 000 personnes après une marche contre les discriminations à Washington. Il exposait alors son rêve d’une Amérique fraternelle où Blancs et Noirs se retrouveraient unis et libres. Malheureusement, aujourd’hui encore, des actes ignobles sont commis au nom de la couleur de peau.

Alors que les joueuses WNBA se battent pour réclamer une justice sociale et ont suspendu leurs matchs durant deux jours suite aux nouveaux incidents qui se sont déroulés à Kenosha, j’ai décidé de traduire pour vous la lettre ouverte écrite pendant l’été par A’ja Wilson, intérieure des Las Vegas Aces, et adressée à toutes les jeunes filles de couleur.

Source : Dear Black Girls


Ceci est pour toutes les filles avec une apostrophe dans leur nom.
Ceci est pour toutes les filles qui sont « trop bruyantes » et « trop émotives ».
Ceci est pour toutes les filles à qui on demande constamment : « Oh, qu’est-ce que vous avez fait à vos cheveux ? C’est nouveau. » C’est pour mes filles noires.

Laissez-moi vous raconter une histoire et peut-être que vous vous reconnaîtrez. Tout a commencé par une fête d’anniversaire. (Comment se fait-il que tant de drames se produisent lors des fêtes d’anniversaire ?!?!)

J’étais en quatrième année à Hopkins, en Caroline du Sud. Un endroit où le drapeau confédéré pouvait être vu à chaque coin de rue. Accroché dans les restaurants, sur des pare-chocs – bon sang, il flotte au Capitole… C’était juste une chose que tu voyais partout. Quand tu es enfant, tu ne comprends pas vraiment. Le monde est un endroit convivial, non ? Vous prenez ce que les gens disent pour argent comptant. Vos amis sont vos amis. Vous aimez ce que vous aimez. C’est parfait !

Je réussissais mieux à apprendre dans des petites salles de classe. Alors mes parents m’ont envoyé dans cette école privée appelée Heathwood. Il y avait probablement 10% de noirs à l’époque, donc la plupart de mes amis étaient blancs. Je n’en pensais rien. Nous avions notre petite bande et on était inséparables. C’est alors que l’anniversaire d’un de mes amis arrive, et c’était tout un truc à l’école. Tout le monde disait : « Oh mon dieu, tu as entendu parler de la fête d’untel ? Bien sûr, j’y vais ! »

Puis un jour, untel vient me voir et me dit: « Tu viens à ma fête, n’est-ce pas ? »

Je lui ai répondu : « Ouais! »

Elle a alors lâché une bombe sur moi. « Eh bien, tu risques de devoir rester dehors ».

« À l’extérieur ? De quoi parle-t-on, de camping ? Est-ce que c’est dans un camp ou quelque chose comme ça ? »

Elle m’a dit : « Non, c’est chez moi. Mais mon père n’aime pas vraiment les Noirs, alors… »

C’était tellement cash. Ce n’était pas comme l’un de ces épisodes très spéciaux sur Nickelodeon, vous voyez ce que je veux dire ? C’était juste … « Mon père n’aime pas vraiment les Noirs. »

Alors….
Je la regardais juste comme… euh ?
Cela ne semblait pas réel. C’est mon amie ! Ce n’est rien d’autre ! Nous avons tout fait ensemble.

C’était si triste, mais si important d’apprendre cette leçon à un si jeune âge. Parce que c’était la première fois que je réalisais, ‘Oh, OK, tu n’es pas qu’une fille. Tu es une fille noire. Et certaines personnes ne t’aiment pas à cause de cela’.

Personne n’a la même histoire. Mais chaque fille noire, à un moment de sa vie, a sa propre version de « La fête d’anniversaire ». C’est pourquoi je vous écris ceci. Je sais ce que c’est que de se sentir moins que rien. Je sais ce que ça fait de ne pas être entendue, de ne pas être vue, de ne pas être prise au sérieux.

Et puis, quand vous élevez enfin la voix… comment vous appellent-ils ? « Bruyante. »
« En colère. »
« Ghetto. »

Parfois, vous avez l’impression de ne pas pouvoir gagner, pas vrai ? Eh bien, si je suis ici, c’est pour vous dire que je vous entends. Vous n’êtes pas seuls, sachez-le.

JE VOUS COMPRENDS.
La vérité est que nous sommes une double minorité. C’est comme si le monde nous rappelait constamment…. Tu es une fille.
Oh ! Et tu es une fille noire.
Eh bien, bonne chance !

Quand je grandissais, le plus dur pour moi c’était que quand je regardais autour de moi, je ne voyais personne qui me ressemblait. Si mon école était à 10% noire, c’était probablement 3% de filles noires. Tous les professeurs – bravo à eux – étaient blancs. Sauf un. Nous avons eu une enseignante noire. Je vais vous donner cinq secondes pour deviner comment tous les enfants l’ont appelée.

Une….
Deux….
Trois….
« La méchante. »

Vous avez compris. Vous connaissez l’histoire. Elle était la méchante. La plupart des enfants et des parents n’avaient probablement jamais rencontré la femme, mais c’était toujours: « Ohhhhh, tu ne devrais pas aller à ce cours. C’est un cours terrible. »

C’était une introduction à la façon dont le monde fonctionne pour les femmes noires. Et laissez-moi vous dire que c’est une leçon que je n’ai jamais cessé d’apprendre, même lorsque je suis allé jouer au basket à l’Université de Caroline du Sud pour la légende vivante, Dawn Staley.

Maintenant, je dois vous avertir que Coach Staley est comme ma deuxième mère, donc je vais être un peu partiale. Je vais me lâcher un peu là. Mais je suis ici pour ne vous dire que la vérité sans excuse – alors, désolée, mais pas désolée.

Il semble que peu importe votre succès, votre force, le nombre de vies que vous avez changées ou le nombre de bannières que vous avez accrochées….

Si vous êtes une femme noire dans ce pays, en particulier dans le sud, il y a toujours une vibe de « Je vais te balancer au vrai patron »

Coach Staley est le vrai patron. Vous parlez d’une femme qui a remporté trois médailles d’or olympiques pour notre pays. Vous parlez d’une All-Star WNBA à six reprises. Vous parlez d’une gagnante du trophée Naismith en tant que joueur et entraîneur.

Elle est la patronne ultime.

Malgré ça, j’ai vu ces choses-là arriver avec elle. Lorsque nous avons remporté le championnat NCAA en 2017, savez-vous ce que nous avons entendu presque immédiatement ? Nous parlons du premier championnat de basket féminin dans l’État de Caroline du Sud. Et vous savez ce qui se disait, presque avant même que nous ayons pu monter la bannière dans les hauteur de la salle ?

« Coach Staley ne recrute pas de joueuses blanches. Pourquoi ne recrute-t-elle pas nos filles blanches ? »

Vous aviez une équipe de 12 filles noires qui travaillaient dur pour écrire l’histoire avec une coach noire. Et c’était comme si une partie importante de notre communauté ne voulait pas le célébrer pleinement. Sur les réseaux sociaux, c’était le pire. De la haine pure. Un pur non-sens. Mais je ne sais pas, peut-être que toute cette haine venait de l’État du Mississippi, parce qu’on vous a battu un paquet de fois !

Je reste sans pitié, je vous avais prévenu.

En définitive, les filles noires de tout le pays ont besoin d’entendre la vérité. Elles ont besoin de savoir à quoi elles servent. La plupart du temps, on n’a pas le droit à la fameuse “discussion”. Les garçons, oui. On leur explique comment ils sont perçus comme une menace pour la police, comment naviguer dans le monde, comment survivre.

Et c’est très nécessaire. Mais qu’est-ce que les filles noires ont ?

… (on entend le bruit des grillons)

Non vraiment, je vais vous laisser réfléchir. Je suis sûr que la réponse est différente pour tout le monde.

Je déteste que nous devions devenir un hashtag pour que la société dise : « Oh, nous aimons nos reines noires ! Yaasss ! »

Non.

Non, ce n’est pas assez bien. Nous ne voulons pas être un meme ou quoi que ce soit. Nous ne voulons pas être la femme noire en colère ou la femme noire agressive. Nous voulons simplement être considérées comme des êtres humains dans ce monde. Nous voulons simplement être entendues lorsque nous parlons. Nous voulons simplement être respectées.

Je ne veux pas avoir à m’excuser pour que vous m’entendiez. Je veux pouvoir chuchoter, si je le veux.

Je veux juste être professionnelle, faire mon truc sur le terrain et quand je scrolle sur mon écran, je veux voir des visages qui ressemblent au mien.

Où étaient les Gamecocks de Caroline du Sud qui ont fini la saison avec 32 victoires et 1 défaite sur Sports Center ?

Où étaient toutes ces femmes noires dans votre fil d’infos ?

Tant de gens en Amérique vous disent « Oh, travaillez dur, on est en fait tous sur un pied d’égalité! »

32–1.

Classées N°1.

Où étaient ces femmes ?

Ouais. Vous comprenez.. Nous avons encore un long chemin à parcourir.

Et c’est bien de le reconnaître. C’est bien de le dire à nos filles noires qui découvrent à peine le fonctionnement de ce monde, qui vivent juste leur première situation de “fête d’anniversaire”.

C’est pourquoi j’écris ceci. Considérez cela comme ma version non officielle de la fameuse « conversation ».

Je n’ai pas toutes les réponses. Mais je veux juste vous dire que je vous comprends. Moi aussi, j’ai vécu ça. J’ai été en colère et humiliée, rabaissée. J’ai été vraiment abattue et perdue, à certains moments de ma vie.

Mais vous savez quoi ?

Cela ne m’a pas arrêté.

Je me suis faite entendre.

J’ai même fait venir l’équipe de tournage d’ESPN dans mon lycée le jour de la signature, afin que je puisse mettre ma casquette GAMECOCKS comme les garçons le font.

« Nous ne savons pas si nous pouvons envoyer une équipe de tournage dans un délai aussi court. Cela risque d’être compliqué”.

Non. Vous avez tous Google Maps.

Je n’ai pas reculé, parce que je voulais que toutes les petites filles qui aiment le basketball, en tombant sur la chaîne, se disent: « Oh. Je te vois.”

À leur crédit, ils ont envoyé une équipe de tournage en Caroline du Sud, et ce fut l’un des meilleurs jours de ma vie.

Une dernière chose. À toutes mes filles noires.
Si vous ne devez vous souvenir que d’une chose de cette lettre, il faut que ce soit ça.

Vous n’avez pas besoin d’être une joueuse de la WNBA, un politicien ou une célébrité pour avoir de l’impact sur quelqu’un d’autre.

Je me souviens qu’en CM2, après cette fête d’anniversaire humiliante, je me suis sentie vraiment seule. Mes amis ne me ressemblaient pas. Mes professeurs ne me ressemblaient pas. Mais chaque jour, quand j’allais déjeuner, j’étais toute excitée de faire la queue avec mon petit plateau en plastique.

C’était comme le point culminant de ma journée, parce que je voyais ma dame de cantine préférée. Elle était la seule personne dans la pièce qui me ressemblait.

Elle souriait et mettait de la purée de pommes de terre dans mon assiette, et c’était notre petit moment, chaque après-midi.

“Hé, nous sommes là. Je te vois. Je veille sur toi”.

Continuez à vous battre, filles noires.
Je vous vois. Je veille sur vous.


Cordialement,

A’ja



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