Natasha Cloud son texte fort sur le racisme et les violences policières aux Etats-Unis

Cette nuit du 30 mai est parue sur The Player’s Tribune une lettre signée de Natasha Cloud, meneuse des Washington Mystics, afin de s’exprimer sur le mouvement qui fait parler tous les Etats-Unis actuellement avec la mort de George Floyd, résident afro-américain, à la suite d’une arrestation abusive.

Connue pour s’exprimer lorsqu’elle ressent le besoin d’une cause à défendre, Cloud nous livre ici une déclaration puissante. Swish Swish vous en propose la traduction.

Source : https://www.theplayerstribune.com/en-us/articles/natasha-cloud-your-silence-is-a-knee-on-my-neck-george-floyd


Pour vous dire la vérité, je prévoyais d’écrire autre chose. J’avais prévu un tout autre article, à propos de la saison à venir, de ce que ce moment signifiait pour la WNBA. Restez à l’affût, ça arrive bientôt.

Mais pas maintenant.

Parce que maintenant…. Une seule pensée occupe mon esprit. Pour être très honnête, en tant que personne noire aux États-Unis, il n’y a qu’une seule pensée qui puisse occuper mon esprit.

Et c’est d’avoir peur pour ma vie.

C’est d’avoir peur pour ma vie et pour la vie de toute personne qui est seulement coupable d’appartenir à une race dont l’oppression est un des fondements de cette nation. C’est vouloir rester en vie, dans cette période où la réalité, pour un grand nombre de personnes, c’est que leur vie n’est pas importante.

Nous sommes en 2020. Ça devait être le futur, vous voyez ce que je veux dire ? En grandissant, si vous disiez “l’année 2020”, ça sonnait comme Star Trek. Ça sous-entendait des possibilités infinies. Mais ce que vous réalisez en vieillissant, c’est que, si vous êtes un enfant noir aux États-Unis, dans le futur… il n’y a pas d’opportunités de ce genre. Vous vous rendez compte qu’il y a des forces à l’oeuvre pour s’assurer que 2020 ne soit pas si différent de 2010. Ou 2000. Ou 1990. Ou 1920. Vous commencez à comprendre comment les systèmes de pouvoir dans ce pays ne sont pas conçus pour créer des opportunités pour les populations noires. Ils sont conçus pour les en tenir écartées.

Les systèmes de pouvoir américains sont là pour cadenasser le statu quo blanc.

Les systèmes de pouvoir américains ont fait en sorte que, en 2020, George Floyd puisse avoir un genou maintenu sur sa nuque par un officier de police blanc. Une personne dont le job était de le servir et de le protéger, pendant environ 9 minutes en pleine journée. 9 minutes en pleine journée ! Même après qu’il se soit évanoui. Les systèmes de pouvoir américain ont fait en sorte que George Floyd, un noir victime de meurtre, puisse être critiqué pour sa propre putain de mort.

Mais vous savez ce qui me dérange le plus dans tout ça ? C’est que les pouvoirs dans ce pays sont si forts, avec tant de préjugés, que pour que la domination blanche perdure, les gens n’ont pas à être ouvertement pour la domination blanche. Ils n’ont pas à devoir porter le poids d’être ouvertement racistes, ou perdre de l’énergie à opprimer leur prochain. Ce n’est pas ça du tout.

Tout ce qu’ils doivent faire, c’est être silencieux.

C’est ce qui est si effrayant à mon sens. C’est ce que je trouve le plus fou et le plus frustrant. Et pour être honnête, ça me met hors de moi. Ces policiers racistes qui continuent à nous tuer ? Il y en a beaucoup trop, c’est sur. Mais on va continuer à en parler, continuer à mettre le projecteur sur leurs agissements… et parfois, on va réussir à en sortir du système. Pour celui-ci, c’était relativement facile. Mais vous savez ce qui n’est pas facile ? Vous savez ce qu’il faut mettre en lumière ? Les millions de gens qui aident à protéger ces flics racistes et qui aident à isoler les personnes au pouvoir, en restant “neutres”. C’est ce qui me fatigue le plus. Toutes ces personnes qui, en 2020 (!), pensent qu’elles peuvent juste d’une manière ou d’une autre rester poliment en dehors du débat.

Et c’est pour ces gens que j’ai voulu écrire ça.

Parce que ce sont ces gens qui ont le pouvoir de changer les choses. Et pour moi, la première étape pour les faire changer de comportement, c’est de leur faire comprendre la signification de celui-ci. C’est de leur faire voir que cette idée qu’il faut comprendre le point de vue de tout le monde, ça n’existe pas. Ça n’a jamais existé, mais encore moins maintenant. Pas avec ces morts si récentes et si crues.

J’écris ceci parce que j’ai une plateforme. Ce n’est pas la plus grande plateforme au monde… Mais c’est déjà plus que ce que beaucoup de gens ont. C’est ce que j’ai. Et la seule manière dont j’ai envie d’utiliser cette plateforme maintenant est d’envoyer un message à toutes les personnes soi-disant “neutres”. C’est de leur dire que nous sommes en train de changer les définitions de certains des termes derrière lesquels ils se cachent.

C’est de leur dire que “comprendre les deux parties” signifie avoir du sang sur les mains et “ne pas s’en mêler” signifie laisser des innocents mourir.

C’est de leur dire que la neutralité à propos des vies de personnes noires pourrait bien s’apparenter à un meurtre.

C’est de leur dire que leur silence est le genou sur la nuque de George Floyd.

Au passage, je suis fière d’être une athlète en ce moment. Je suis incroyablement fière de faire partie de cette communauté. La manière dont tant d’athlètes différents, provenant de sports différents (et avec des contextes différents) ont trouvé les mots dans cette situation, et se sont élevés contre les injustices raciales afin d’avoir un impact… C’est une belle chose.

Quand je vois Jaylen Brown qui organise une marche vers le mémorial de Martin Luther King. Quand je vois Amanda Zahui B qui s’exprime et inspire les gens. Quand je vois Stephen Jackson qui pleure la perte de son “jumeau”, avec une combinaison de colère et de grâce. Je trouve ça puissant.

Mais comme je l’ai dit : ce qui va réellement bouger le curseur c’est que tout le monde soit impliqué. Et par là, je veux dire tous les athlètes. Parce qu’il n’y a plus de place pour ce silence ou cette “neutralité” dans la communauté des sportifs non plus. Les vieilles excuses de ne pas vouloir perdre de sponsors, ou de ne pas vouloir perdre certains fans, ou “les racistes achètent aussi des sneakers”, ou quoi que ce soit… Nous n’avons plus le temps pour ça. Pas quand des vies disparaissent.

Nous devons répondre avec responsabilité, solidarité, et leadership.

Et je sais que c’est possible.

Bon sang, quand j’ai vu Elena Delle Donne qui postait sa story IG l’autre jour… Vous n’avez aucune idée de ce que ça m’a fait, de ce que ça signifie pour moi. J’ai vu le post d’Elena et je me suis dit : Ahhh, je SAVAIS que ma coéquipière me supporterait. Je le savais. Et ce sentiment était si bon. C’est la MVP de notre ligue, une des plus célèbres joueuses de basket blanches et maintenant, tout le monde voit à quel point elle est vraie. Comment elle n’a pas hésité. Elle s’est impliquée. Et ce SEUL post en lui-même a enlevé un peu de poids de mes épaules. Il m’a fait me sentir un peu moins démunie dans ce monde.

Il a aussi mis au défi, je pense, les autres athlètes.

Et s’il ne l’a pas fait, j’espère que cet article le fera.

Parce qu’il n’y a plus de nouvelles informations à attendre. Il n’y a plus d’autre camp à écouter. Il n’y a plus d’endroits sûrs, de territoires neutres où se détendre pour ne plus penser à ces problèmes. Athlètes, si vous lisez ceci… sachez qu’on vous voit. Je le répète. ON VOUS VOIT. Je vous aime tous et comme je l’ai dit, je suis si fière d’être l’une d’entre vous. Mais vous êtes jugés en ce moment comme tout le monde. Et si vous êtes silencieux, vous êtes une partie du problème.

Si vous êtes silencieux, je n’en ai plus rien à foutre de vous. Point final.

Parce que je suis là dehors, à essayer de rester en vie.

Et votre genou est sur ma nuque.



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