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Maya Moore, une première victoire hors des parquets

Absente depuis plus d’un an des parquets, Maya Moore, quadruple championne avec les Minnesota Lynx, laisse un vide immense tant par son talent que sa personnalité sur les parquets. Convaincue de l’innocence de Jonathan Irons, jeune homme accusé de cambriolage et attaque à main armée et condamné à 50 ans de prison, Maya se bat désormais pour sa libération et a, pour cela, décidé de mettre sa carrière de basketteuse entre parenthèses.

Après des mois de procédure, c’est un énorme rebondissement qui est tombé ce lundi 9 mars puisque le jugement initial a été officiellement contredit. Jonathan Irons pourrait donc être prochainement libéré et Maya voir son combat récompensé d’une victoire, une de plus, loin des parquets cette fois.

Retour sur l’affaire Jonathan Irons

Le 14 Janvier 1997, Stanley Stotler, un homme de 38 ans, rentre chez lui à O’Fallon dans la banlieue de St Louis, Missouri, après avoir terminé sa journée de travail. Une fois dans sa chambre, il est surpris par un cambrioleur présent dans son placard qui lui tire dessus par deux fois, dans l’épaule et à la tête, sans toutefois le tuer.

Peu de temps après, Jonathan Irons, 16 ans, un jeune Afro-Américain des environs, est arrêté et suspecté de cette attaque. Des voisins indiquent l’avoir vu se balader dans le voisinage avec une arme le soir de l’attaque. Déjà coutumier de voies de fait et petit braquages avec arme, Irons représente le coupable parfait. Malgré son jeune âge, il sera jugé comme un adulte. Clamant son innocence tout au long de son procès, il affirme toujours aujourd’hui avoir été pris au mauvais endroit au mauvais moment. Il sera condamné à une peine de 50 ans de prison ferme.

Un dossier bien mince…

Pourtant, à la lecture initiale du dossier, les éléments matériels sont bien minces. Il y a bien trois empreintes digitales relevées sur les lieux mais une seule est identifiée, il s’agit de celle du propriétaire des lieux. Ce dernier indique reconnaître en Jonathan son agresseur. Il s’agira de l’élément principal à charge dans ce dossier, l’autre étant un aveu de Jonathan Irons recueilli par un inspecteur, où il avoue s’être introduit chez Stotler en état d’ivresse. Cet aveu réalisé lors d’un interrogatoire sans témoin et sans rapport consigné trouvera peu grâce aux yeux de la défense. Avec ces éléments, le jury, entièrement constitué de personnes blanches, statue sur la culpabilité du jeune Irons et le fait condamner.

En grattant un peu toutefois, plusieurs éléments semblent curieux dans ce dossier. Nous venons d’évoquer le soi-disant aveu de Irons et les conditions particulières de celui-ci. Le deuxième élément, la désignation par la victime même, semble au final tout aussi bancal. En effet, lors de la reconnaissance parmi les suspects, Stotler n’identifiera personne. On lui demandera alors de “faire son meilleur choix”.

Le cas des empreintes, finalement, est le plus intéressant car, si elles ne permettaient pas d’accuser formellement Jonathan Irons, elles ne contredisaient en rien les autres éléments. La police avait considéré que les deux empreintes restantes, presque certainement celles de l’agresseur, n’étaient pas identifiables, ce qui ne prouvait rien.

Or, en réétudiant le dossier, 10 ans après, plusieurs avocats retrouvèrent un autre rapport de constatation qui, lui, affirmait avec certitude que les deux autres empreintes n’était reliées à aucun individu connu, mais surtout, n’étaient, avec certitude, pas celles de Jonathan Irons. Après analyse, il est apparu qu’il s’agissait du rapport définitif, qui n’avait pas été transmis au procès, lequel avait statué sur base d’un rapport provisoire. Un élément primordial de nature à innocenter Irons, au vu de la faiblesse des autres éléments en présence.

Et Maya Moore dans tout ça ?

C’est via sa famille, chrétienne évangéliste et très croyante, que Maya prit connaissance du cas de Jonathan Irons. Ces derniers connurent le jeune homme via un pasteur de sa prison. Avant ses années UConn, Maya avait alors déjà rencontré Irons et était devenue amie avec lui, sensibilisée par son cas. Dès l’arrêt de ses activités sportives, Maya effectua diverses actions pastorales avec sa famille et finit par s’intéresser de très près à Irons. Fermement convaincue de son innocence, elle fut scandalisée par le traitement selon elle inéquitable auquel il avait du faire face. Jeune, noir, déjà coutumier de faits de délinquance, Jonathan Irons avait représenté le coupable parfait aux yeux des forces de l’ordre et d’un jury d’une mixité plus que discutable.

Face à cette injustice, Maya indiqua qu’il était de son devoir de faire rejuger cette affaire et milita pour changer le système judiciaire et les injustices du système, en particulier pour les personnes démunies et les minorités. C’est ainsi avec toute sa notoriété qu’elle fit pression, témoignant lors d’émission télévisée et aidant à financer les frais de justice de Jonathan Irons. Elle et sa famille, également très impliquée dans l’affaire, ont ainsi régulièrement assisté à diverses audiences destinées à faire évoluer le cas Irons.

Et c’est ainsi qu’après avoir purgé les 22 premières années de sa peine, Jonathan Irons a pu enfin prendre connaissance du verdict de la réouverture de son procès et de l’annulation du verdict initial. Et ce n’est nulle autre que Maya qui eut le privilège de lui annoncer la bonne nouvelle par téléphone.

Et maintenant ?

Tout d’abord, il est essentiel de rappeler qu’il s’agit d’un premier verdict et que Jonathan Irons n’est peut-être pas au bout de ses peines. L’état du Missouri a désormais 15 jours pour faire appel de la décision. Et dans le cas où il déciderait de renoncer à ce droit, c’est le comté de St Charles qui aurait 30 jours pour contester le verdict. Des jours qui risquent de paraître bien longs pour Irons avant de voir peut-être enfin le bout du tunnel.

Quant à Maya, elle s’est déclarée heureuse de la décision :

Ce jour a mis longtemps à venir. Nous sommes tellement reconnaissants et nous remercions Dieu et chaque personne qui a joué un rôle dans cette affaire afin de faire justice.

Maya Moore, à l’issue de l’audience

Quant à son avenir basketballistique, c’est évidemment la première question sur toutes les lèvres des fans et observateurs de basket et de WNBA. Fatiguée par l’enchaînement des saisons et des compétitions, Maya avait décidé de faire un pas de côté, et avait vu dans l’affaire Irons une opportunité de donner un sens à sa vie et de mettre sa notoriété au service d’une cause juste à ses yeux.

Après une saison 2019 blanche pour la MVP 2014, elle avait annoncé en janvier repartir pour une deuxième année loin des parquets. Elle avait ainsi déclaré à l’époque au New York Times :

Le basketball n’a pas été au centre de mes préoccupations récemment. J’ai pu me reposer et me connecter avec les gens autour de moi, et être en leur présence après toutes ces années sur la route. Et j’ai pu être là pour Jonathan.

Maya Moore

Même si l’affaire Jonathan Irons semble trouver une issue, à moins de futurs rebondissements, un retour aux affaires ne semble donc pas à l’ordre du jour pour Maya dans un futur proche. Elle a confirmé récemment que la décision du tribunal ne changerait pas son projet pour l’année à venir, à savoir obtenir un peu de repos, pour la première fois depuis bien longtemps.

Il faudra donc encore attendre pour revoir Maya Moore sur un parquet. Toutefois, une championne reste une championne et peu importe le type de combat, Maya Moore ne comprend décidément pas le mot défaite.

“All I do is win win win, no matter what…”



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