Layshia Clarendon, de la dysphorie à l’euphorie

NB : Layshia Clarendon est à la fois une personne transgenre et non-binaire, c’est-à-dire une personne qui ne se reconnaît ni dans l’identité de genre qui lui fut assignée à la naissance, ni dans les catégories figées de féminin et masculin. Ainsi que l’indique sa “biographie” twitter, Laysha utilise les pronoms suivants : she/her/they/them/he/him, c’est à dire, en français, aussi bien les pronoms féminins (elle/la), masculins (il/le), que neutres (comme iel, par exemple).

Depuis plusieurs années, Layshia Clarendon s’est imposé.e comme une des figures de proue de la lutte en faveur de la justice sociale en WNBA.

Il y a un peu plus d’un an déjà, en sa qualité de “Vice President” de la WNBPA, Clarendon était aux premières loges des longues négociations qui avaient finalement abouti à la signature historique d’un nouveau CBA, synonyme de hausse des salaires et d’amélioration des conditions de vie et de voyage pour l’ensemble des joueuses de la ligue. Plus récemment, dans la Wubble de Bradenton, c’était encore à Layshia qu’était revenue la responsabilité décisive de prendre la parole en ouverture de la saison 2021, annonçant que celle-ci serait placée sous le signe de la justice sociale et de la défense des populations les plus vulnérables, dans la lignée des mouvements #SayHerName et #BlackLivesMatter.

Mais après ces belles victoires collectives, il était temps pour Layshia, une fois la saison 2020 bouclée, d’accueillir deux autres heureux évènements, sur le plan personnel cette fois : la naissance de son premier enfant d’une part, et une chirurgie du torse (“top surgery”), d’autre part — étape très attendue par Clarendon, qui a ainsi pu dire adieu à des années de dysphorie de genre.

Mais qu’est-ce que la dysphorie de genre ? Layshia la définit de la façon suivante dans un épisode du Podcast “Lady Don’t Take No” paru récemment : “le fait de ne pas se sentir bien dans son corps” — et ce, pouvons-nous ajouter, en raison d’une inadéquation entre les caractéristiques anatomiques d’un individu et le genre auquel il ou elle s’identifie.

“Quand je voyais ma poitrine dans le miroir, je ressentais un sentiment de mal-être. Sentir mes seins sous un tee-shirt, ou encore quand je sautais à la corde ou que je m’entrainais, tout cela était source de désagrément.” C’est en publiant une série de photos sur les réseaux sociaux que Layshia a annoncé la nouvelle au public, avec un message témoignant de la libération qu’a représenté cette opération pour iel.

“Je ne suis du genre à avoir peur de partager des nouvelles de façon publique, mais le niveau de haine, de croyance et d’ignorance qui existe sur les réseaux sociaux m’a poussé.e à me poser des questions. Je me suis fait opérer du torse ! Je me sens libre et euphorique, et je veux que les personnes trans sachent et voient que nous avons toujours existé, et que personne ne peut nous invisibiliser.”

Aussitôt, Layshia a reçu le soutien total de l’ensemble des instances de la WNBA, aussi bien de sa franchise du New-York Liberty, que de Cathy Engelberg, commissaire de ligue, ou encore de l’association des joueuses.

Ce soutien sans concessions de la part de ses amies et collègues est d’autant plus précieux que les personnes trans font partie des plus exposées à la violence et à la haine, comme Layshia a tenu à le rappeler dans une lettre ouverte publiée dans la foulée de son annonce.

“Voilà ce qui a fait tant de mal à un grand nombre d’athlètes — aussi bien cisgenres que transgenres —, dans le sport féminin : l’idée que nos corps peuvent être soumis au regard de tous, objets de débat et d’intrusion. C’est précisément ce regard qui menace le sport féminin [pensons ici à Caster Semenya, championne olympique atteinte d’hyperandrogénie, ayant été interdite de compétition en raison de ses capacités athlétiques hors normes], et non la présence de femmes et filles trans dans les compétitions sportives.

N’en déplaise aux trolls d’internet, Layshia continue son cheminement vers la pleine acceptation de soi et son combat pour une pratique sportive inclusive et non discriminatoire. Sur les terrains comme en dehors, son engagement et sa lutte pour les droits de tous forcent le respect. You go Lay !



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