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Becky Hammon, témoignage d’une pionnière

L’interview n’est pas récente (2016) mais c’est toujours un tel plaisir d’entendre parler Becky Hammon que Swish Swish vous propose de découvrir cette interview donnée par l’assistante-coach des Spurs au journaliste Greg Simmons.

Quelle a été votre réaction quand on vous a annoncé qu’on allait retirer votre numéro ?

“Vraiment ?”. C’est ce qu’était ma premier réaction : « Vraiment ? » (Rires). C’était évidemment vraiment excitant : appeler toutes les personnes importantes de ma vie et leur annoncer… C’est un peu surréel, et ça l’est toujours jusqu’à ce que je voie mon maillot là-haut. Les noms sur les autres maillots retirés sont incroyables et y ajouter le mien, à côté des autres, est évidemment un immense honneur.

Pensez-vous que la soirée sera riche en émotions pour vous ?

Oui, oui je pense que ça le sera. Vous savez, j’ai joué au basket de manière professionnelle pendant 16 ans mais toute ma vie j’ai été une joueuse de basket. Depuis mes 3 ou 4 ans, vous pouvez demander à n’importe qui qui me connaissait à l’époque, j’étais une joueuse de basket. Si vous me demandiez « Salut, qu’est-ce que tu fais ? », je répondais que j’étais une joueuse de basket et j’ai travaillé toute ma vie sans relâche pour devenir une bonne joueuse de basket. Ce n’était pas du travail car j’adorais ça et je l’adore toujours mais même maintenant, 2 ans après avoir pris ma retraite en tant que joueuse, j’ai encore des moments de tristesse quand je pense au fait que je ne jouerai plus de matchs importants. , Pour un athlète, traverser cela, c’est tout un processus, proche du deuil. Donc, quand je verrai ce maillot là-haut, cela fera sans doute rejaillir de nombreux souvenirs : tout le travail accompli, tous ces gens qui ont fait mes rebonds, qui se sont investis pour moi, mes coéquipières… pour en arriver à ce point culminant. Donc oui, je suis certaine que ce sera riche en émotions.

Et ça tombe bien que la date du 25 ait été choisie pour retirer votre numéro !

En fait, ils avaient proposé une autre date qui ne convenait pas et j’ai alors proposé le 25 juin sans penser à la coïncidence. C’est seulement plus tard quand ils m’ont répondu « Le 25 pour le numéro 25 » que j’ai réalisé que ça tombait plutôt bien. La façon dont ça s’est fait est plutôt marrante, vous connaissez maintenant toute l’histoire derrière la date et c’est un scoop pour vous car on ne me l’avait pas encore demandé avant.

Le numéro 25 a une signification particulière pour vous ?

Il en a acquis une au fur et à mesure des années mais l’origine de ce numéro date de l’université : une joueuse de dernière année avait mon numéro habituel et la personne qui gère les équipements de sport m’a demandé « Tu veux le 25 ? Le 25 est disponible ». Comme c’était assez proche de mon autre numéro, (j’avais les 22 et 23 en secondaire à cause de Michael Jordan, on avait des numéros différents lorsqu’on jouait à domicile ou en déplacement), j’ai dit « Ok pour le 25 ! ». La saison suivante, quand la joueuse de dernière année est partie, on m’a proposé d’échanger et de récupérer mon numéro mais je n’ai pas voulu et je me suis dit que le numéro 25 et moi allions aller jusqu’au bout de l’aventure ensemble.

Et nous y sommes !

Et nous y sommes !

Vous avez clairement dit que ça vous manquait de jouer mais comment gérez-vous le fait que votre équipe rencontre des difficultés depuis votre retraite. Ça vous affecte ?

Oui, je veux qu’elles réussissent. Quand Dan me laisse venir m’entrainer avec elles, courir un peu en faisant un 5 contre 5, je m’implique juste assez pour que mes genoux ne me tuent pas le jour d’après mais au moins je transpire un peu. Elles ont vraiment certains bons atouts et je veux qu’elles en reviennent à la situation où elles remplissent les gradins. Elles ont le talent, une bonne responsable en place avec l’arrivée de Ruth Riley en tant que General Manager. Evidemment Dan va prendre sa retraite mais j’ai la plus grande confiance en Ruth et l’organisation pour trouver le prochain super coach qui conduira ces filles où elles devraient être, car l’équipe compte plusieurs jeunes talents à partir desquels on peut construire quelque chose.

Comment qualifieriez votre courbe d’apprentissage, le passage de joueuse à coach ?

Je dirai que c’était beaucoup d’apprentissage ! Je suis reconnaissante – ça peut sembler drôle de dire ça -, je suis reconnaissante d’avoir été blessée car j’ai vraiment pu être dans les parages du staff et des joueurs pendant une année entière avant qu’ils ne m’engagent vraiment. Je suis donc reconnaissante d’avoir eu cette opportunité. Cette première année m’a ouvert les yeux sur les voyages ou la quantité de temps que vous consacrez… Je dis aux joueuses: jouez aussi longtemps que vous le pouvez ! Une fois que vous entrez dans le monde réel c’est beaucoup plus prenant en terme de temps. Mais j’apprends, j’absorbe: le côté business, le côté coaching, les philosophies… Non seulement ça, mais aussi comprendre le système de la ligue, les différents styles de coaching, les tendances des différents coachs, les organisations, les joueurs, … Chaque année, on devient de plus en plus confiant et à l’aise dans ces différents domaines.

En quoi est-ce différent de la saison régulière quand vous rencontrez une équipe plus d’une fois durant les playoffs et que le scouting et la préparation qui va avec entrent en jeu ?

C’est clairement plus de tension pour tout le monde. Vous savez, ici nous faisons les choses en comité. Vous pouvez avoir votre scout personnel mais quand on parle coaching, réunions et philosophie, tout le monde a une voix et tout le monde peut contribuer. Mais oui, c’est un autre niveau de tension. Et je pense que c’est l’une des raisons qui nous rendent super, car notre système est notre système et nous comptons sur ses piliers. Quand vous avez des joueurs de basket géniaux, vous pouvez en retirer certains mais vous ne pouvez pas retirer les lectures de jeu. Et je pense que quand vous avez des gens qui savent lire les attaques et les défenses, comme beaucoup de nos joueurs savent le faire, cela rend la vie un peu plus facile pour les coachs.

Qu’avez-vous appris de marquant du Coach Pop ?

Je dirais juste son approche des joueurs, le regarder interagir avec les joueurs : son habilité à rassembler les joueurs, les fédérer, son leadership. Son coaching est génial… Il a oublié plus de choses que le reste d’entre nous n’a jamais appris. S’assoir là et regarder comment il s’y prend avec ces joueurs, je pense que c’est spécial. C’est quelqu’un de spécial qui a une relation spéciale avec ces gars, le respect qu’il a avec eux est profond. Mais vous savez, Rome ne s’est pas construite en une nuit et il a construit ceci sur une longue période.

Que vous dit votre instinct à propos des changements que nous pouvons ou pourrions faire pendant cette inter-saison ? Voyez-vous Tim et Manu revenir pour une saison de plus ?

Honnêtement, je ne sais pas. Je ne pense pas que quiconque le sache excepté peut-être leur famille proche. Et peut-être n’ont-ils même pas encore pris de décision. Je veux dire, personne ne sait vraiment et je pense que nous obtiendrons nos réponses assez rapidement. Une fois que nous connaitrons ces réponses, je pense que nous aurons une direction plus claire de ce que nous voulons faire en tant qu’organisation.

Vous savez comment c’est, c’est une difficile décision à prendre.

C’est une difficile décision à prendre. Maintenant, vous êtes reposé donc votre corps commence à se sentir bien… Mais ils doivent évaluer comment ils se sont sentis pendant la saison, comment ils veulent y aller, ce que leur corps leurs dit. Après il reste à décider quand vous voulez raccrocher ! Personne ne peut forcer une décision tellement personnelle. Personne ne peut vous y inciter ou vous en dissuader, je n’y crois pas. Ça doit venir directement de vous et je suis sûre que ces gars savent cela. J’ai eu des conversations avec eux deux, un peu à propos de la retraite et des choses comme ça, mais tous les deux peuvent évidemment toujours jouer donc ils prendront la décision finale.

Maintenant que vous avez fait cette transition de joueuse à coach, où cela va-t-il vous mener ?

Dans un boulot de coach principal dans quelques temps je l’espère. Vous savez à partir de maintenant je vais être très sélective sur ce que je veux faire, et patiente. Je pense qu’il n’y a rien de mal à retarder les choses et s’assurer que c’est la bonne option au bon moment. Donc maintenant, je ne bouge pas et je vais continuer à apprendre et à faire partie de notre équipe ici à San Antonio.

Avez-vous déjà reçu des offres ?

Oui, j’ai eu quelques offres, certaines demandes de renseignements. Mais comme je l’ai dit, j’espère que ces demandes ne s’arrêteront pas du jour au lendemain. Je pense qu‘au plus j’ai d’expérience, au plus ai-je passé d’années ici avec San Antonio, au plus j’en bénéficierai. Donc pour l’instant, être un peu patiente et attendre est une bonne chose.

Merci à Nicolas Evens pour sa relecture attentive !