A la rencontre de Pierre-Yves Kaiser, préparateur physique des Belgian Cats

On parle souvent des joueuses et des coachs, mais la fourmilière du basket féminin regorge d’acteurs souvent moins mis en lumière mais tout aussi importants.

Nous avons eu le très grand plaisir de discuter avec Pierre-Yves Kaiser, préparateur physique à l’AWBB et en charge des Belgian Cats.


Tout d’abord, parle-nous de ton parcours : comment t’es-tu retrouvé préparateur physique des Belgian Cats ? Depuis quand as-tu ce poste ?

Je suis sorti de l’université en 2011 après un master en éducation physique. J’ai fait mon mémoire avec le directeur technique de l’AWBB (Association Wallonie-Bruxelles de Basketball), Raphael Obsomer. Suite à ça, il m’a embauché en tant que vacataire au centre de formation de l’AWBB. Pendant cette 1ère année, à côté de ces quelques heures à la fédération, j’ai un peu touché à tout ; enseignement, travail dans le privé, et j’ai également obtenu un diplôme complémentaire à l’Université de Lille2 en préparation physique des sports collectifs.

L’année suivante, en 2012, j’ai été engagé à temps plein au centre de formation afin de seconder Gauthier Nicaise (Actuellement préparateur physique au Spirou de Charleroi). Ma première expérience avec une équipe nationale date de 2013. J’ai fait une campagne avec les U18 pour le championnat d’Europe en Macédoine avec comme coach Steve Ibens. On a obtenu la médaille de bronze en division B et nous sommes montés en division A l’année d’après.

Crédit : Serch Carriere

Cette année là, en 2014, mon collègue Gauthier était le préparateur des Belgian Cats mais il a eu des jumelles juste avant la campagne de qualification pour l’Euro 2015. A l’époque, ce n’était pas des fenêtres qualificatives mais une campagne de 6 matchs qui durait entre 6 et 8 semaines. C’était compliqué avec la naissance de ses filles et il a donc proposé que je le remplace. J’ai discuté avec Daniel Goethals, le coach des Cats à cette époque et il m’a fait confiance. La campagne s’est très bien passée, on ne s’est pas qualifiés mais on a fait des résultats très encourageants (3 victoires sur 6 matchs) car on n’avait pas, à l’époque, l’équipe qu’on a maintenant.

Crédit : Denis Esser

En 2015, Daniel Goethals a eu une opportunité pour coacher en division 1 homme. Là dessus, c’est Philip Mestdagh qui est devenu le coach des Cats. Il m’a appelé pour savoir si ça m’intéressait de continuer avec lui. J’ai dit oui et voilà comment je suis toujours là depuis 2014. En 2015, comme on n’était pas qualifié, on n’a pas eu de compétition mais on a fait un camp d’entrainement en Slovénie, ça a vraiment signé le début de l’ère Philip Mestdagh. Puis Ann Wauters est revenue, Emma Meesseman est arrivée, ça a aidé.

Interviens-tu toute l’année auprès des Cats ou seulement en période de matchs internationaux ?

Mon job à temps plein, c’est de travailler au centre de formation : 26 garçons et 18 filles cette année. Quand il y a des activités avec les Cats, je pars à chaque fois avec elles mais c’est aussi un travail tout au long de l’année car il faut préparer le programme, suivre les joueuses.

Je dois dire qu’on est assez bien rodé, c’est une machine qui tourne bien : dès qu’une activité est terminée, le planning de l’activité suivante est déjà prêt.

A la fin de chaque campagne, on doit rendre un rapport. J’aime bien faire les choses bien alors le mien, c’est une Bible (rires).

Les Bibles de PY

Dedans, il y a d’abord le travail effectué en amont : je note quand chaque fille finit sa saison, toutes ne finissent pas en même temps évidemment. On commence la préparation à une date donnée donc, une partie de mon travail, c’est gérer cette période entre les différentes fins de saison des filles et le début de la préparation. Je les contacte, je mets en place une période de récupération (entre 7 et 15 jours) puis je vois avec elles ce qu’elles ont prévu pour se maintenir en forme une fois la période de récupération passée, si elles ont besoin d’aide ou pas.

En amont, il y a aussi la planification. On regarde comment placer les matchs amicaux, la gestion des voyages, les horaires d’entrainement, les stages. Je fais ça en collaboration avec Philip et avec Sven Van Camp, le « program driver » des Cats. Une fois qu’on a ce programme global, on passe à un programme détaillé semaine après semaine : détail de chaque entraînement, combien de temps est alloué à chaque session pour la préparation physique et pour le basket, quelle intensité, etc. Ca, c’est le job en amont.

Crédit : Denis Esser

Avant chaque grande campagne, je demande aussi un test à l’effort, ça me permet de calibrer le « Polar Team Pro » que les joueuses portent à chaque entrainement pour avoir des données justes. En plus de ce test à l’effort, on a aussi rajouté, depuis cette année, un test Cybex. Il faut donc programmer et mettre en place tout cela.

Une fois que la campagne a commencé, je suis tout le temps avec le groupe. J’aime que, quand les joueuses arrivent à la salle, tout soit prêt: le matériel d’entraînement, les polars, les boissons et collations, … Je gère ça avec Sven Van Camp et Thomas Jadoul, le Team Manager. Ensuite, je donne la partie préparation physique des entrainements. La durée peut varier : 10, 20,30, 45 minutes ou encore 1 heure, ça dépend vraiment de chaque entrainement mais j’ai la chance que Philip soit très ouvert à ce type de travail et qu’il apprécie que la préparation physique soit présente dans toutes les séances. Ensuite, je fais du travail individuel avec des joueuses qui sont sur le côté pour une raison X ou Y.

Après chaque entrainement, il y a la partie analyse de données sur base des infos récoltées par le Polar. On peut connaître la distance parcourue par chaque joueuse, leur vitesse, le nombre de sprints (quand elles dépassent 19 km/h), la durée passée dans les différentes zones d’effort, etc. On obtient alors une charge globale pour l’équipe qui permet d’estimer si nous respectons bien la planification mise en place.

Chaque joueuse a un programme individuel ou tu proposes un programme collectif ?

Entre la fin de la saison de chaque joueuse et le début de notre préparation, là c’est individuel. On doit savoir quand les joueuses partent en vacances, si elles ont prévu de s’entraîner avec d’autres personnes et combien de fois par semaine, si elles veulent faire la préparation physique avec moi et le basket avec quelqu’un d’autres. Elles peuvent s’entraîner de leur côté tant qu’on le sait et qu’on a un suivi.

A partir du début de la préparation, alors là c’est collectif, on commence à construire tous ensemble.

Crédit : Denis Esser

Quel est ton objectif premier : préparer les joueuses pour qu’elles évitent les blessures ou les pousser à performer ?

C’est préparer les joueuses pour qu’elles performent, ça c’est sûr mais je ne vais pas commencer à faire des tests de vitesse ou de force deux mois avant une grande campagne en me disant qu’elles iront plus vite ou qu’elles sauteront plus haut dans 1 mois. Ca ne sert à rien ça. Mon seul objectif, c’est les amener à la compétition dans le meilleure état de forme possible.

Je cherche à augmenter progressivement la charge d’entrainement pour arriver à un maximum 1 semaine et demi environ avant le début de la compétition. Là, les joueuses sont vraiment fatiguées et c’est normal, c’est ce que je cherche. Ensuite, je diminue le volume et la charge d’entrainement mais pas l’intensité, c’est ce qu’on appelle la période d’affutage. De cette manière, la fatigue diminue et on voit alors apparaitre le phénomène de surcompensation : on devient plus en forme que notre niveau initial. Pour le moment ça marche bien et, je touche du bois, on n’a jamais eu de blessures graves.

Quelles sont les bonnes élèves chez les Cats ?

J’ai de la chance car c’est un groupe super sérieux mais aussi super humain. Les joueuses et le staff ont envie d’être là et ça se sent. Je pense pas avoir de mauvaises élèves.

Je ne demandais pas les mauvaises élèves mais les bonnes 😆

Avec les soeurs Mestdagh, le travail est toujours hyper rigoureux. Ann Wauters travaille comme une malade. Marjo, elle, elle adore la préparation physique. Emma, exécute sans jamais broncher. Je peux vraiment toutes les citer. Antonia Delaere est aussi une travailleuse super sérieuse. Julie Allemand, y a rien à dire avec la saison qu’elle vient de faire en WNBA. L’équipe est vraiment top, c’est pour ça que ça fait 6 ans et que je n’ai pas du tout envie d’arrêter.

Crédit : Serch Carriere

Tu suis un peu les matchs des Cats en WNBA ?

Oui, évidemment. Je m’entends très bien avec Thomas Jadoul, le Team Manager. Pour le premier match WNBA de Julie contre Emma, on a fait un barbecue ensemble. Donc, oui, évidemment qu’on suit ça : on est des passionnés… et c’est passionnant.

Crédit : Denis Esser

Quel seraient l’avantage et l’inconvénient de ton boulot ?

J’ai la chance, et il y en a peu en Belgique, d’être salarié à la Fédération et donc de n’avoir qu’un seul job dans lequel je peux me consacrer à 100%. L’inconvénient, c’est que ça prend beaucoup de temps, que ce soit avec les Cats ou au Centre de Formation. C’est un job qu’on fait à 100%. Et je dois jongler avec mes 2 enfants, ma famille. Quand une campagne commence, je ne suis pas beaucoup à la maison pendant 6 à 8 semaines.

Juste entre nous, pourquoi les préparateurs physiques nous font tout le temps faire des squats ?

(Rires) C’est un mouvement classique en préparation physique, surtout en basket où on est bas sur les jambes. Il faut des membres inférieurs puissants. C’est aussi pour éviter les blessures.

Crédit : Serch Carriere

Y a-t-il une différence dans la façon de préparer physiquement un basketteur et une basketteuse ?

Chez les jeunes du Centre de Formation (14-18 ans), il n’y a aucune différence durant les 2 premières années : on doit tout travailler (gainage, renforcement musculaire, appuis, coordination, souplesse, etc) ! Les 2 dernières années, le travail reste globalement le même mais avec un peu plus de musculation pour les garçons. Mais selon moi, ça reste le même travail avec peut être quelques légères différences.

Ton meilleur souvenir des Cats ?

La médaille de Bronze en 2017, évidemment. C’est un moment-clé ! Je pense aussi à la victoire contre la France pendant la Coupe du Monde. C’est le match qui nous donnait accès à la demi-finale contre les Etats-Unis. Et personne ne s’attendait à ce qu’on batte la France de cette manière. En dehors de ça, on a fait 2 fois un stage dans les montagnes en Slovénie : une fois avec Daniel Goethals et une fois avec Philip Mestdagh. C’est un super souvenir car le cadre était superbe et comme toujours, il y avait une super ambiance.

Que peut-on te souhaiter chez les Cats ?

D’aller aux Jeux Olympiques, d’espérer qu’ils auront lieu. Puis encore plein de réussite et pas de blessures.

Crédit : Serch Carriere

📸 Merci à Denis Esser et Serch Carriere pour leur magnifiques photos 🤩



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