De retour sur les terrains, Breanna Stewart rend hommage à Kobe et Gigi Bryant

27 janvier.

 Nous avions tous marqué d’une croix dans nos calendriers la date de ce qui devait être le grand retour de Breanna Stewart sur les terrains, neuf mois après sa rupture du tendon d’Achille. Il y a deux jours encore, nous attendions tous ce retour avec enthousiasme, incapables d’imaginer qu’entre temps, le 26 janvier 2020, le monde du basket aurait perdu une de ses plus grandes légendes en la personne de Kobe Bryant, et sans doute l’un de ses futurs grands noms en la personne de Gianna, sa fille de treize ans qui avait l’ambition bien affirmée de fouler un jour les parquets de la WNBA.

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My Gigi

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Le match d’hier soir, remporté 79-64 par Team USA face aux Huskies du Connecticut, fut donc hautement symbolique, et sans doute pour Breanna Stewart pour plus que quiconque. Si elle a fait un retour en douceur, avec un temps de jeu volontairement limité qui s’est soldé par une contribution de trois points au tableau de score de Team USA, sa combativité en défense et sa participation aux efforts de l’équipe en attaque, ont suffi à rendre hommage à celui qui l’avait guidée avec bienveillance tout au long du voyage ayant précédé sa progressive reconquête des parquets.

En effet, Kobe, qui avait lui-même été victime d’une rupture du tendon d’Achille en 2013, avait épaulé la MVP de la saison 2018 pendant l’ensemble de sa convalescence, au cours de neuf longs mois passés loin des terrains. À l’annonce de sa blessure, il avait été un des premiers à la contacter pour lui faire part de son soutien. « Il m’a dit quelque chose du genre ‘Hey, c’est Kobe. Je voulais simplement te contacter pour te dire que si tu as besoin de quoi que ce soit, je suis là’. » , se souvient Stewie. Elle ajoute : « C’était une période difficile. Je n’étais pas dans le meilleur état d’esprit, mais son geste m’a touchée. La particularité d’une rupture du tendon d’Achille, c’est que c’est une blessure qui reste avec vous à vie. À présent, je me sens proche de toute personne que je croise et qui souffre de la même chose. Je pense que c’est (sic) aussi son cas. Il veut (sic) aider les gens. Il m’a contactée, et je suis sûre qu’il en a fait de même pour Kevin Durant. »

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Voilà qui explique sans doute pourquoi Breanna avait choisi de se faire opérer par le même chirurgien que celui qui avait pris en charge la blessure du Black Mamba six ans auparavant, soit le docteur Neal El Attrache de la clinique Kerlan-Jobe de Los Angeles. « Quand on te présente la personne qui a réalisé l’opération de Kobe, bien sûr que tu te dis ‘Ok, je vais faire la même chose’ », dit Stewie. Ce match était donc l’occasion, pour Breanna, d’aller au bout de sa démarche, et de rendre un hommage important à Kobe en mettant à l’oeuvre la Mamba Mentality qu’il a enseignée au monde.

 Car comme son mentor, Breanna Stewart ne sait pas faire les choses à moitié. Environ sept mois après son opération, quand elle a commencé à faire progressivement son retour sur les terrains, Stewie raconte que ses médecins et entraîneurs lui avaient conseillé de ne pas reprendre de façon trop brutale, et de commencer par essayer de ne jouer qu’à soixante-dix pour cent de sa forme habituelle. Mais elle leur avait alors donné pour seule réponse : « Soixante-dix pour cent, je ne sais pas ce que ça veut dire. Je connais cent pour cent et zéro pour cent. » Ce all or nothing, c’était l’essence même de la philosophie de Kobe, et c’est à cette pure abnégation que Breanna Stewart avait tenu à rendre hommage avant le début du match via une publication sur instagram, dont la légende laissait lire : « Kobe, tu fus pour moi un pionnier. C’est sur ton état d’esprit que j’ai calqué le mien, et grâce à toi que j’ai développé ce que Corey [le meilleur ami de Breanna] appelle mon « syndrome Kobe ». Tu as été un des premiers à me contacter suite à ma blessure, et tu m’as soutenue tout au long de mon processus de rééducation. Aujourd’hui, pour le premier match qui marque mon retour sur les terrains, je te rendrai hommage en portant le numéro 10 de l’équipe des États-Unis, chez moi, à UConn. »

Mais cette confrontation entre USA Basketball et l’équipe de l’Université du Connecticut était symbolique à plus d’un égard. Certes, au XL Center, la salle mythique des Huskies, l’ombre surplombante de Kobe était partout. Mais partout, il y avait aussi Gigi.

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On vous en parlait hier : à treize ans seulement, Gigi avait déjà des rêves à la mesure de son talent. Grande admiratrice, comme son père, de l’empire bâti par Geno Auriemma, elle rêvait de défendre un jour les couleurs des Huskies. Gigi voulait marcher dans les pas des plus grandes de la discipline et être digne de fouler un jour le même parquet que les Diana Taurasi, Sue Bird, Maya Moore, Tina Charles et Breanna Stewart de ce monde. Tout cela, son père l’avait bien compris. « Il voulait simplement exposer Gigi à autant de talent qu’il le pouvait », a confié Sue Bird avant la rencontre. « Il voulait rencontrer Megan [Rapinoe], me rencontrer moi. Je sais qu’il avait l’habitude d’amener l’ensemble de sa famille aux matchs de football de Megan. Il a été très présent pour la WNBA. Il s’était lancé dans un voyage avec sa fille, et je pense qu’on sentait tous qu’il y aurait quelque chose de spécial à l’arrivée. Quelque chose de spécial pour lui en tant que père, pour elle en tant que future joueuse de basket, et pour eux deux dans leur relation père-fille. »

À notre plus grand désarroi, Gigi n’aura jamais eu l’occasion de fouler le mythique parquet d’UConn, ni même de revêtir le maillot de Team USA. Hier soir cependant, d’autres l’ont fait pour elle. Sur ses chaussures, Breanna Stewart avait fait inscrire son nom, ainsi que celui des huit autres victimes de l’accident : Kobe Bryant, John Altobelli, Keri Altobelli, Alyssa Altobelli, Christina Mauser, Sarah Chester, Payton Chester, et Ara Zobayan.

Sur le banc des Huskies, un maillot spécial portant le numéro 2 — le numéro que Gigi avait choisi en référence à Sydney Leroux, l’une de ses joueuses de football préférées — avait été installé en son honneur.

Mais c’est sans doute encore sur le terrain que lui a été fait le plus bel hommage. Les joueuses d’UConn et de Team USA le lui ont rendu en faisant tout simplement honneur au sport qu’elle aimait tant. Que ce soit Megan Walker, la junior d’UConn et ses vingt-et-un points, Sylvia Fowles et ses dix-neuf points, ou encore Breanna Stewart et ses trois points ô combien symboliques, toutes les joueuses ayant pris part au combat de la nuit dernière ont rappelé au monde entier que les sportives de haut niveau étaient, elles aussi, dépositaires du talent et la rage de vaincre qui font la Mamba Mentality. Elles ont prouvé à tous qu’au même titre qu’elle souhaitait ressembler à son père, Gigi avait raison de vouloir être l’une d’entre elles.

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UConn x USA

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