A’ja Wilson rend les Aces aimables et… effrayantes

Lorsque Liz Cambage a annoncé qu’elle renonçait à participer à la saison WNBA 2020, tout le monde faisait un peu grise mine. L’Australienne, en plus d’être une joueuse dominante, est une attraction et une source de divertissement permanente, que ce soit pour ses détracteurs ou pour ses fans. La ligue a besoin du drama qu’elle génère, en même temps que sa capacité à coller 50 points à une équipe si elle est dans un bon soir. J’aurais aussi aimé voir les Aces en mode full force, tenter de faire mieux que l’année passée. Mais après quelques minutes de recul le jour du forfait de Cambage, j’ai quand même réalisé, comme beaucoup, ce que cette absence signifiait : de l’espace et de la liberté d’expression pour A’ja Wilson.

Mes pronostics pour la saison – surtout sur les trophées individuels – sont pour le moment à côté de la plaque (merci Connecticut), mais je ne regrette absolument pas d’avoir choisi A’ja Wilson comme MVP. Depuis le début de la saison, voir l’intérieure des Las Vegas Aces sur le parquet est un vrai régal. Son récital clutch dimanche soir pour éviter à Vegas une défaite un peu embarrassante contre New York est l’énième pièce à conviction de son dossier pour concurrencer Breanna Stewart dans la course au MVP. Avec 31 points, 5 rebonds et 3 contres, Wilson a non seulement noirci la feuille, mais elle a aussi et surtout haussé le ton dans le money time en assumant complètement d’être LA star de cette franchise et la joueuse qui doit prendre ses responsabilités dans pareille situation.

Le calme avec lequel elle a exécuté la sentence avec la planche à moins de 7 secondes de la fin et alors qu’elle venait de rater deux tirs fait presque froid dans le dos. A’ja Wilson est l’une des joueuses les plus sereines de la ligue, mais c’est avant tout une tueuse de sang-froid.

Wilson tourne pour le moment à 22.3 points et 8.9 rebonds de moyenne à 50%. Des statistiques impressionnantes qui font d’elle la meilleure scoreuse et la quatrième rebondeuse de la ligue.

Je ne crois pas qu’il faille constamment comparer une joueuse WNBA à un modèle masculin. Il y a souvent moyen d’évoquer de glorieuses anciennes de la ligue lorsque l’on veut faire des analogies. Mais quand il se dégage une vraie similitude, difficile de passer à côté. Lorsque je vois jouer A’ja Wilson, j’ai par instants l’impression de revoir Tim Duncan en action à sa plus belle époque. Comme la légende des San Antonio Spurs, l’intérieure des Aces a une maîtrise des fondamentaux qui force l’admiration. Ses adversaires savent à quelle sauce elle va les manger : sur des shoots purs à mi-distance, ou grâce à sa panoplie de moves au poste. A’ja sait qui elle est et ne cherche pas à tout prix à devenir une intérieure moderne capable de dégainer à 3 points ou d’être une point forward qui distribue le jeu.

L’ancienne star de South Carolina est aussi une virtuose de la provocation de fautes. Personne ne va aussi souvent sur la ligne en WNBA cette saison (8 lancers par match), parce que personne ne pose autant de problèmes aux défenses adverses, tout simplement. Le style peut paraître old-school, mais il est étonnamment rafraîchissant, comme l’est la personnalité d’A’ja Wilson.

En un an, l’image des Las Vegas Aces a assez radicalement changé. Avec Bill Laimbeer, l’ex-ennemi public numéro un en NBA, comme coach, et la grande gueule de Liz Cambage, Sin City hébergeait clairement la franchise la plus détestée de la ligue pour les fans adverses. Mais comment détester les Aces aujourd’hui ? Sur le terrain, A’ja Wilson a généralement un comportement exemplaire. En dehors, elle est l’une des filles les plus amusantes et bon esprit de toute la WNBA. Elle est capable de faire la pitre sur les réseaux et en même temps de s’exprimer avec éloquence sur les combats sociaux dans le pays ou sur sa propre expérience du racisme dans des textes poignants. On la voit aussi fréquemment encenser ses partenaires (Jackie Young dernièrement) avec un leadership positif et assez feel good.

Pour le moment, d’autres équipes semblent collectivement mieux armées pour aller chercher le titre. Mais les Las Vegas Aces prennent petit à petit consistance et confiance (2e meilleur bilan de la ligue à égalité avec Chicago et Minnesota), dans le sillage d’A’ja Wilson. Il reste 15 matches à jouer, mais on n’aimerait déjà pas être l’équipe qui va devoir se coltiner les Aces et leur intérieure candidate au MVP en playoffs.

A l’avenir – elle n’a que 24 ans – Wilson n’est pas uniquement capable d’être la figure de proue des Aces. Elle peut être celle de toute la ligue.



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