Renee Montgomery renonce à la WNBA pour marcher dans les pas de Maya Moore

On ne va pas se mentir, l’atmosphère est particulière autour de la WNBA ces jours-ci. Les joueuses ont encore quelques jours pour décider si elles souhaitent participer ou non à la saison 2020 dans la “bulle” de Floride prévue à cet effet. Au vu des conditions et même si on est tous impatients de revoir du basket, impossible d’en vouloir à celles qui choisiront de rester en retrait pendant les 7 semaines de compétition, que ce soit par crainte légitime pour leur santé, ou par conviction que l’heure est à la lutte sociale pour combattre les discriminations.

A l’heure qu’il est, une seule joueuse de marque a annoncé qu’elle ne participerait pas à l’événement : Renee Montgomery. Si vous ne suivez la WNBA que depuis un an ou deux, son nom ne vous parlera peut-être pas, mais la meneuse du Atlanta Dream n’est pas n’importe qui. On parle d’une double championne WNBA avec les Minnesota Lynx et d’une ancienne All-Star. A 33 ans, l’ancienne coéquipière de Maya Moore et Tina Charles à UConn a décidé qu’elle ne serait pas de la partie et a expliqué pourquoi dans un texte pour le Players’ Tribune que nous vous avons traduit.

Est-ce qu’il vous arrive parfois de songer à quel point l’histoire peut se répéter ? J’ai téléphoné à ma mère il y a quelques semaines. C’est ce que l’on fait lorsque quelque chose se produit et que l’on est en panique. Il y avait eu des émeutes à Buckhead, très près de là où je vis. Depuis mon appartement, j’avais une vue parfaite sur ce qui se passait dans la rue.

J’ai été prise par tout un tas d’émotions. Je me suis sentie responsabilisée, mais nerveuse. Je ne savais pas quoi faire, alors j’ai appelé ma mère. Elle vivait à Detroit lors des émeutes de l’été 1967. Quand elle a décroché, on a longuement parlé du fait que l’on était presque à l’été 2020 et que je vivais la même chose qu’elle avait vécue, mais à Atlanta.

Elle m’a dit : « C’est ce que font les gens lorsqu’ils ne se sentent pas entendus ».

C’est, en gros, ce que dit une célèbre citation de Martin Luther King. Sauf qu’elle a ajouté des mots que je n’oublierai jamais. J’étais debout dans ma chambre, en train de regarder la foule, quand elle m’a dit quelque chose qui m’a fait frissonner. « Si tu ne parviens pas à te faire entendre, alors tu vas faire en sorte que les gens le ressentent ».

Elle avait raison.

J’ai donc besoin que vous fassiez plus que m’écouter. J’ai besoin que vous ressentiez.

C’est pour cette raison que je vais être franche.

Vous êtes probablement déjà au courant. Quand la WNBA reprendra, je ne serai pas là.

Lorsque George Floyd a été assassiné, j’ai eu du mal à gérer le fait de voir un homme brisé à ce point. Il savait qu’il était en train de mourir. Parler de ça avec ma mère et entendre ce qu’elle a vécu m’a vraiment fait comprendre qu’il s’agit d’un problème générationnel.

Je pense que si nous, les jeunes, sommes en colère, c’est parce que les histoires que nos parents nous ont racontées sont en train de se produire sous nos yeux. Nous DEVONS être en colère. Je suis en colère.

Il suffit d’un moment, d’un choix, pour créer une dynamique. Il n’y a besoin que d’une seconde pour tout changer. D’un coup, me voilà dans ce moment.

Si je participe à la saison WNBA, je sais que je ne serai pas en mesure de me donner à 100%. C’est injuste pour mes coachs et mes coéquipières. Qui sait à quoi ressemblera le mouvement, quatre mois plus tard, si je décide de jouer ? Je veux simplement m’assurer que je contribue au mouvement et que j’en fais partie.

Je sais que ça peut paraître fou. Même moi, en écrivant ça, je suis en train de me dire : ‘Est-ce que je viens vraiment de me retirer de la saison WNBA 2020 ?’

Sincèrement, je suis aussi choquée que vous.

J’ai grandi à Saint Albans, en Virginie de l’Ouest, majoritairement entourée de gens qui ne me ressemblaient pas. Mes parents se sont rencontrés à l’université de West Virginia State, une fac traditionnellement noire. Ma sœur y est allée également. Là-bas, il y a une culture : des fêtes, des fraternités et des sororités… Donc j’ai grandi en étant très imprégnée de cette culture afro-américaine. Mais ça ne m’a pas protégée de la solitude d’être une enfant noire dans une école complètement blanche. Je redoutais généralement les célébrations du Black History Month parce que j’étais la seule enfant noire de la classe. J’avais presque honte. Pas d’être noire. Mais d’être la seule noire et que tout tourne autour de moi. C’est une période difficile durant laquelle j’ai pu me voir à travers les yeux des autres.

Quand je suis allée à UConn, je savais comment naviguer dans ces espaces avec uniquement des blancs, parce que je m’étais déjà immergée dans cette culture. Ce n’est vraiment qu’en arrivant à Atlanta que j’ai commencé à être entourée de gens qui me ressemblent.

Quelques unes des personnes les plus accomplies à Atlanta sont noires. Beaucoup de propriétaires ici sont noirs et on trouve aussi des femmes noires à la tête d’entreprises. Elles dirigent des boîtes que l’on retrouve dans le top 500 des plus gros chiffres d’affaires du pays.

J’ai commencé à regarder autour de moi et ce que j’ai vu m’a donné de l’allant. Être ici et voir du pouvoir entre les mains de personnes noires a été une aide énorme pour m’aider à m’exprimer.

Dans ma vie, je n’ai connu que le basket. Je joue depuis que j’ai 10 ans. J’ai passé tout mon temps à jouer en AAU et dans des salles de basket.

Je n’ai connu que ça.

Voilà pourquoi c’est important pour moi. Mes parents me donnent beaucoup de force et de courage à cet instant. Ils m’ont posé les mêmes questions que tous les parents. « Est-ce que tu es sûre de toi ? Est-ce que ça va aller ? ». Ils sont tellement fiers.

Ils comprennent le sacrifice.

J’ai parlé à Coach Auriemma hier. Il est comme un deuxième père pour moi. Il m’a posé les mêmes questions qu’un papa : “Est-ce que tu comprends ce que cela pourrait signifier pour toi ? Et sur le plan du basket ? De ta carrière ?” Il m’a dit que ce sont les mêmes questions qu’il a posées à Maya Moore avant qu’elle ne prenne la même décision que celle que je suis en train de prendre.

Je n’y avais pas vraiment pensé, à vrai dire. Mais je suppose que l’on peut dire que je rejoins l’équipe de Maya.

Cette conversation avec Coach Auriema m’a confortée. Oui, c’est vraiment ce que je veux faire.

Je me suis donc mise devant mon ordinateur et j’ai appuyé sur la détente. Les réponses positives que j’ai reçues sont incroyables. Elles m’ont fait sentir encore plus que j’avais pris la bonne décision.

Mes coéquipières m’ont toutes dit qu’elles étaient fières de moi. Elles m’ont dit : “On va tenir la baraque pour toi sur le lieu où on jouera (on déteste appeler ça la « bulle »), on te soutient”.

Je leur ai répondu : «Faites exploser les bulles de toutes ces équipes qui pensent qu’elles vont y aller pour gagner un titre ».

Ceci n’est pas une rupture avec le basket. Ne croyez pas que je ne ferai pas mon retour. Je vais continuer à soutenir le Dream et mes coéquipières. Je vais rester attachée à la WNBA.

Mon cœur me dit simplement que j’ai désormais une mission différente et que je dois l’accomplir, quel que soit l’endroit où ça me mène.

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Quand les gens essayent de changer les choses, il y a différentes manières de le faire.

Certaines personnes diront : « Est-ce que ce tu ne peux pas encore davantage utiliser ta plateforme si tu joues cette saison ? »

Bien sûr, c’est une option. Je pense que LeBron peut aller à Orlando et faire beaucoup de bruit. Il peut faire n’importe quoi depuis n’importe où. Il n’a pas tort quand il dit qu’il aura un impact encore plus important sur la communauté noire à travers ses matchs.

D’un autre côté, un joueur ou une joueuse qui ne jouera pas et sera impliqué dans sa communauté n’aura pas tort non plus. Il n’y a pas de mauvaise façon de faire ça.

Je ne sais pas vraiment ce qui va se passer. Mais quelque chose en moi me donne beaucoup de courage à l’instant présent.

On peut penser que c’est de l’optimisme ignorant. Mais pour moi, c’est une forme d’espoir. De foi.

Je veux pouvoir me dire dans 10 ans que 2020 a été l’une des pires années qui soient de bien des manières, mais que cela a aussi été l’une des années les plus profondes et que c’est là que tout a commencé à changer.

Les gens disent parfois qu’il faut faire un pas en arrière pour pouvoir faire deux pas en avant. Peut-être qu’avec cette pandémie et le meurtre de George Floyd, on a déjà fait ce pas en arrière et qu’il est temps de nous projeter en avant, au-delà de ce que l’on a connu.

Je fais ça pour mes neveux. Ils ont 21, 18 et 17 ans. Ils font 1,93 m ou 1,95 m et les gens vont les voir comme une menace. S’ils se font arrêter en voiture, personne ne se souciera qu’ils sont de la famille d’une joueuse WNBA. N’importe lequel d’entre eux peut devenir le prochain hashtag.

Je me bats aujourd’hui pour qu’il n’y ait plus d’autre hashtag.

Quand je me suis retrouvée dans la foule, à donner des bouteilles d’eau aux manifestants à Centennial Park, l’humanité de la chose m’a changée. Constater que les gens ont changé m’a changée.

Je ne connaissais pas tout le monde durant ces manifestations, mais j’ai adoré le simple fait de voir les gens se soucier l’un de l’autre – « ce groupe-là a besoin d’eau ! » ou « des personnes âgées ici ont soif ! » – tous les jours. Parfois, je prends ma voiture simplement pour aller voir ça de mes propres yeux. Je suis tellement fière d’eux ! C’est un niveau de dévouement encore plus important. Ils sont là tous les jours. Ils ne font pas ça pour la forme, mais pour la justice et la liberté.

J’ai pu le voir clairement. Les gens veulent faire mieux et devenir meilleurs. Ils veulent qu’Atlanta devienne meilleure. Ils veulent une meilleure Amérique.

Il est impossible de faire des prévisions concernant ce mouvement. Rien n’est planifié. Il fait tellement de bruit qu’il est impossible de l’ignorer.

C’est ce qui m’attire. Je ressens le besoin d’en faire partie.

Lorsque j’aurai fini ma carrière, je vivrai à Atlanta et j’adorerais faire partie de la reconstruction. Me lier à la communauté est mon premier objectif, ma priorité. Tout jusqu’ici donne le sentiment de devoir mener jusqu’au mois de novembre (l’élection présidentielle, NDLR), mais ce n’est qu’une étape. Le fait que l’on reconnaisse enfin Juneteenth (un jour de commémoration pour la fin de l’esclavage, NDLR) en est une autre.

Laissez-moi vous dire quelque chose. Ce n’est que le début. Nous allons continuer jusqu’en novembre et au-delà. Il n’y a pas d’expiration prévue.

Je sais que les gens vous disent constamment de voter. C’est presque comme un disque rayé. Mais il FAUT se concentrer sur cette élection. Parce que vous savez quoi ? La suppression du droit de vote en Géorgie, c’est grave. Le fait que l’on essaye d’empêcher les noirs de voter porte un nom : c’est de la privation de droits.

Vous savez comment c’est arrivé ? Il s’agissait juste d’une autre manière de tenir les noirs en laisse une fois l’esclavage terminé. C’est une autre manière d’éloigner les gens de la liberté !

On ne peut pas accepter ça. Les gens en ont peut-être assez d’entendre ça et pensent que voter n’est pas suffisant, mais il faut commencer par là. Nous devons faire du bruit avant novembre, particulièrement ici en Géorgie, et cela va nécessiter du travail.

Ce travail dont tout le monde parle, il est là. Et je suis prête à le faire.



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