Hier l’association des joueuses (WNBPA) a voté à 98% pour envisager une grève (et donc un lock-out) si les propositions de la ligue pour le nouveau CBA ne s’améliorent pas. C’est évidemment un moyen de communication pour montrer l’unité des joueuses mais cela montre le décalage encore profond entre les deux parties. Néanmoins depuis des semaines les discussions se poursuivent et nous sentons que les deux parties n’arrivent pas à trouver de terrain d’entente. Essayons de comprendre le nœud du problème.
Les salaires augmentent plus vite que le salary cap
Depuis des semaines les discussions se portent principalement sur les salaires mais aussi et surtout comment se répartir les revenus de la ligue. En effet, plus que les sommes brutes c’est surtout la répartition qui fait débat dans une ligue qui ne cesse de s’accroitre aussi bien sur la notoriété que sur l’argent généré.
Selon Khristina Williams la dernière proposition de la ligue serait :
- Salaire max ≈ 1.3 M$ pour atteindre les 2M$ à la fin de l’accord CBA
- Salaire moyen ≈ 530k$ pour atteindre les 770k$ à la fin de l’accord CBA
- Salaire minimum ≈ 250k$ dès la première année
- Salary cap ≈ 5M$ la première année avec une indexation sur les revenues de la ligue
Si nous analysons les chiffres brutes, l’augmentation est significative. En effet actuellement sur le CBA 2020 nous sommes à :
- Salaire max ≈ 250 k$ en 2025
- Salaire moyen ≈ 158k$ en 2025
- Salaire minimum ≈ 66k$ en 2025
- Salary cap ≈ 1.5M$ en 2025
Cette proposition aurait donc comme effet de :
- Multiplier par 5.2 le salaire maxi
- Multiplier par 3.4 le salaire moyen
- Multiplier par 3.8 le salaire minimum
- Multiplier par 3.3 le salary cap
En première lecture, il est facile de se dire que c’est assez incroyable mais en analysant plus profondément, cette proposition pourrait totalement déséquilibrer les salaires de la ligue et au final avoir une augmentation moins significative que les chiffres annoncés.
Dans un système de hard cap (comme le salary cap WNBA), il est important de préciser que le salary cap d’une équipe ne peut être dépassé. C’est donc cette limite qui fixe les salaires des joueuses et non pas les salaires minimum ou maximum. En effet il faut faire rentrer 11 ou 12 joueuses dans le cap tout en respectant la grille des salaires. Et nous sommes ici sur le premier « mensonge » de la ligue et des propriétaires :
Comment peut-on avoir un salaire moyen de 530k$ avec 11 ou 12 joueuses sous contrat dans un salary cap de 5M$. C’est simplement impossible… Ce salaire moyen est calculé à partir de la grille des salaires mais sans tenir compte du salary cap… C’est simplement mensonger de le présenter comme cela. Nous avions connu déjà exactement le même problème lors de la négociation du CBA 2020 ou les salaires avaient certes augmenté mais pas du tout au même rythme et surtout beaucoup plus que l’augmentation du salary cap.
En résumé si le cap augmente moins rapidement que les salaires, les joueuses ne toucheront pas les chiffres annoncés. Prenons un exemple concret :
Actuellement, le New York Liberty possède 57% de son salary cap sur 4 joueuses (Natasha Cloud, Sabrina Ionescu, Jonquel Jones et Breanna Stewart). En résumé l’argent est sur les stars de l’équipe. Jusqu’ici rien de très surprenant dans le sport américain… Oui mais avec cette nouvelle proposition de CBA, les salaires des 4 joueuses au prorata représenteraient 88% du salary cap. Le GM du Liberty aura donc une équation insoluble à résoudre :
- En 2025, ajoutez 7 joueuses sur 43% du salary cap -> tâche ardue mais possible avec un salaire minimum à 66k$.
- En 2026 avec cette proposition de la ligue, ajoutez 7 joueuses sur 12% du salary cap -> tâche impossible avec un salaire minimum à 250k$.
Vous avez donc compris la problématique avec cette proposition, il y aura peu d’augmentation de salaire et surtout très peu de salaire max par équipe. Donc oui les chiffres sont impressionnants mais au prorata du salary cap le salaire des joueuses sera moins important.
Au final soit nous aurons une joueuse au salaire max + des salaires intermédiaires ou soit deux joueuses au salaire max + des salaires minimum. Encore une fois, prenons un exemple concret, imaginez une joueuse comme Natasha Cloud qui touchait 200k$ de salaire en 2025 (soit 80% du salaire max), pourrait toucher seulement 250k$ en 2026 (soit 20% du salaire max) car il faut donner un contrat max à Sabrina Ionescu et Breanna Stewart. Toujours aussi sympa cette proposition ? Évidemment non ! Ce type de proposition avantage surtout les grandes stars qui auront les plus gros salaires mais dévalorise beaucoup le salaire des joueuses intermédiaires. Vous pourriez me rétorquer que c’est le cas dans tout le sport américain et vous avez raison ! Neanmoins quand les salaires minimums sont déjà à des valeurs très importantes c’est bien plus acceptable. Ici le salaire minimum de la proposition reste extrêmement faible…
Le pourcentage sur le partage des revenus
Ici, nous sommes un peu plus dans l’incertitude car la communication de la ligue est peu transparente sur les chiffres des revenus ainsi que sur les projections pour les années à venir .Toutefois nous pouvons donner un ordre de grandeur avec les quelques données que la ligue communique avec parcimonie :
En 2024, les revenus de la ligue étaient autour de 250M$.
En 2025, aucune communication n’est donnée par la ligue mais on peut supposer vu l’explosion depuis 4-5 ans que les revenus ont continué de grimper.
En 2026, une étude demandée par la WNBA a projeté des revenus qui pourraient atteindre le milliard de dollars notamment grâce au nouvel accord de diffusion TV.
Si on se base sur ces chiffres pour 150 joueuses participantes à la WNBA tous les ans :
- En 2025 les salaires représentent environ 10% des revenus de la ligue.
- La nouvelle proposition de la ligue serait autour des 20%. Les joueuses souhaiteraient obtenir 30% de base avec une augmentation de 1% par an sur la durée du CBA.
Vous en savez désormais plus sur les désaccords présents entre les joueuses, la ligue et les propriétaires. Plus nous avançons au niveau du calendrier, plus la pression d’obtenir un accord sera grande notamment pour la ligue et les propriétaires. Comme j’aime à le rappeler, les joueuses ont actuellement des moyens de revenus autres (Sponsoring, NIL, Unrivaled, Project B, Overseas…), alors que si aucun accord n’est conclu les revenus de la WNBA seront à 0 !