Les blessures en WNBA : tomber pour mieux se relever

Que l’on soit sportif professionnel ou amateur, une blessure peut changer beaucoup de choses dans une vie. Si vous connaissez un peu l’histoire de Swish Swish, vous savez peut être que le projet a été créé suite à une rupture des ligaments croisés. Un genou qui craque, des ligaments qui cèdent, une grande tristesse et puis la nécessité de se raccrocher à quelque chose, de continuer à être dans le basket mais sans être sur le terrain, du moins pas avant plusieurs mois.

La rééducation est un long chemin jalonné de ses petites victoires et de moments de découragement. Que l’on soit joueur professionnel ou du dimanche, les différents parcours de revalidation partagent certaines similitudes.

Se raccrocher à des histoires, savoir comment d’autres, avant, ont réussi à refouler un terrain et y réussir de grandes choses, voilà autant de petites pierres qui permettent de paver le chemin vers la guérison. Notre pierre est là 👇

Les femmes, ces petites choses fragiles

Une première constatation est à faire concernant les blessures : il ne fait pas bon être une femme !

Une étude de l’American Orthopaedic Society for Sports Medicine datant de 2006 nous apprend ainsi que les basketteuses et les basketteurs se blessent le plus souvent les membres inférieurs (jusque là, pas de grandes révélations) mais surtout que les femmes se blessent plus souvent que les hommes. Sur 1000 matchs joués, 24.9 femmes se blesseront contre 19.3 hommes. Même si elle peut paraitre minime, cette différence reste une donnée importante quand le corps est l’outil de travail.

A quoi peut-on attribuer cette différence ? En partie aux hormones ! Les hormones féminines sont évidemment bien différentes de celles des hommes, surtout dans la tranche d’âge des athlètes. Les ligaments des femmes ont donc tendance à être plus laxes que ceux des hommes. Tout est lié à la procréation. Les différences anatomiques ont aussi leur importance : les femmes ont tendance à avoir des hanches plus larges et des pieds plus plats, ce qui affecte leur façon d’atterrir en exerçant un stress supplémentaire sur leurs genoux.

Une autre étude montre d’une part, les blessures les plus fréquentes en WNBA, et d’autres parts, les postes de jeu les plus touchés. Voici le top 5 des bobos :

  1. Entorse de la cheville (47.8%)
  2. Blessure à la main (20.8%)
  3. Tendinite rotulienne (17%)
  4. Rupture des ligaments croisés antérieurs (15%)
  5. Blessure au ménisque (10.5%)

Les petits formats (guards) ont plus de risques de se blesser (45.2%) que les forwards (33.7%), alors que les pivots semblent les moins en danger (21.1%).

Enfin, en matière de chirurgie, l’opération numéro 1 est la reconstruction des fameux ligaments croisés.

Les croisés, la hantise

“Se faire les croisés”, c’est la crainte de tous les basketteurs. Le genou qui tourne, le crac, c’est le drame. La rééducation dure entre 9 mois et 1 an et certains athlètes ne reviennent jamais au top. D’autres, par contre, en profitent pour se faire des quadriceps et des ischios en béton armé, puis retournent sur les terrains plus affutés que des athlètes de CrossFit. Tout dépend de l’âge, de la gravité de la blessure et de la rééducation. Focus sur quelques célèbres genoux souffreteux.

Becky Hammon

En juillet 2003, pendant sa 5ème saison dans la ligue, Becky Hammon se rompt les ligaments croisés du genou droit. Comme souvent, le geste qui amène la blessure est anodin : Becky attrape un rebond, court, s’arrête, plante son pied droit sur la ligne des trois points, puis tombe au sol en agrippant son genou droit. Onze matchs ont eu lieu dans cette saison 2003 et la #25 du New York Liberty est à ce moment la meilleure marqueuse de son équipe.

En décembre, 5 mois après son opération, elle a l’occasion d’échanger avec les fans du Liberty lors d’un chat.

Quand j’étais sur le terrain et que je me suis rompu le ligament, je pensais que c’était une foulure. Ensuite, beaucoup de choses m’ont traversé l’esprit. C’était dur, mais mes coéquipières étaient avec moi et me soutenaient. C’est quelque chose qui met fin à ta saison, pas à ta carrière. Il y a un flot d’émotions mais au final, tu fais ce qu’il faut : tu te fais opérer et tu suis une rééducation

Becky Hammon

Becky ajoute également qu’elle est toujours restée positive et remet régulièrement sa blessure en perspective : il y a plus grave. Elle a, à l’époque, 26 ans et effectivement, elle rejouera ensuite et même à un niveau plus haut encore que celui de sa saison 2003 qui la voyait prendre son envol.

Dans le cas de Becky Hammon, cette blessure n’aura été qu’une des nombreuses barrières qui se sont dressées devant elle et qu’elle a méthodiquement enjambées durant toute sa carrière.

Skylar Diggins-Smith

Draftée en 2013 par le Shock de Tulsa, en provenance de Notre Dame, Skylar Diggins devient rapidement une des chouchoutes de la ligue. Chaussure à son nom, signature dans l’écurie Roc Nation Sports de Jay-Z, elle est partout et la hype Skylar est indéniable.

Pourtant, en juin 2015, sur le terrain du Seattle Storm, l’étoile montante de la WNBA se blesse : rupture des ligaments croisés. La nouvelle tombe plutôt mal car, après des années de disette, le Shock de Tulsa semble enfin sortir des bas-fonds de la ligue. C’est également un moment charnière pour l’équipe qui déménage et en profite pour changer de nom. Heureusement, le talent et l’éthique de travail de Skylar ne font pas douter le propriétaire de sa nouvelle équipe, les Dallas Wings : alors en pleine rééducation, elle signe un contrat qui fait d’elle la franchise-player de l’équipe texane.

Le déménagement à Dallas s’accompagne d’une autre bonne nouvelle et d’un autre nom accolé à Diggins : Skylar devient Madame Smith.

328 jours après sa blessure, Skylar refoule les parquets. Malgré un travail de rééducation sérieux et minutieux, plusieurs coups d’éclat à presque 30 points, la saison 2016 ne se passe pas comme elle le souhaite.

J’ai découvert que j’allais peut-être devoir attendre un peu plus longtemps. Je n’étais pas du tout prête. Nooooon. Pas prête du tout. Mais je ne le savais pas encore. Je ne savais pas comment je me sentirais.”

Skylar Diggins-Smith

Une blessure, c’est donc ça : même quand on refoule les parquets après des mois de rééducation, la partie n’est pas gagnée. Revenir, c’est une chose. Revenir à son niveau d’origine, quand on est une star dans son prime, c’en est une autre. A force de travail et de persévérance, Skylar Diggins-Smith y arrivera. Mais elle mieux que quiconque pourra témoigner du courage nécessaire pour ne rien lâcher, mois après mois.

Jacki Gemelos

Elle n’est peut être pas le nom le plus connu de la WNBA, mais quand on parle de résilience, c’est le visage de Jacki Gemelos qui apparait dans l’esprit de ceux qui connaissent son histoire.

Durant ses années au lycée et à l’université, Jacki s’est ainsi rompu 5 fois les ligaments croisés antérieurs. Oui, 5 fois. Vous pensez que ça l’a arrêtée ? Pas du tout. Le chemin a été plus ardu, forcément, mais elle a bel et bien évolué en WNBA dès l’âge de 26 ans. Et elle y joue toujours aujourd’hui, à 32 ans.

Et les autres

A la recherche d’histoires ou du parcours d’autres athlètes qui ont su revenir après avoir été opérée des croisés ? Citons entre autres Rebecca Lobo, Candace Parker, Seimone Augustus et Angel McCoughtry.

Tendon ou talon d’Achille ?

Si les croisés effraient déjà beaucoup les basketteurs, que dire de la rupture du tendon d’Achille ? Combien de carrières se sont-elles brisées suite à cette terrible blessure qui contraint les athlètes à un arrêt de presque une année complète ? Et pourtant, certaines sont revenues, voire plus.

Breanna Stewart

Nous sommes en 2019, Breanna Stewart est tout simplement en train de rouler sur le basket féminin mondial.

MVP de la WNBA en 2018 (elle remporte d’ailleurs son premier titre avec le Seattle Storm cette année là), MVP de la Coupe du Monde 2018 (qu’elle gagne également avec Team USA), elle survole tout et permet à son club overseas, le Dynamo Kursk, d’atteindre la finale de l’Euroleague après avoir été élue MVP de la compétition. C’est durant ce match qu’elle se blesse, face aux rivales d’Ekaterinburg. On comprend vite que c’est grave. Le verdict est sans appel : rupture du tendon d’Achille.

Tout le monde aime Stewie, tout le monde est triste, inquiet. Mais très rapidement, on constate les progrès rapides et le sérieux avec lequel la prolifique ailière travaille pour revenir. On la voit courir sur ce drôle de tapis en apesanteur, on la voit shooter, courir, crosser. Et un jour, elle est là, avec le #10 de Team USA sur les épaules. Certes, les premiers matchs sont hésitants mais, très vite, le rouleau compresseur se remet en route.

La saison 2020 de la WNBA est celle de la renaissance ! Breanna Stewart est de retour et n’a rien perdu de sa superbe. Le bilan ? Un nouveau titre en équipe, un titre de MVP des Finals et une leçon au monde du basket.

On aurait tendance à trop vite ranger la performance de Stewie dans l’étagère de ses exploits. Mais ce retour, à ce niveau, après une telle blessure, c’est tout simplement magistral. Ne l’oubions pas.

Tamika Catchings

Les blessures n’empêchent pas les légendes de briller. Draftée en 2002 par le Fever d’Indiana, Tamika Catchings y coulait des jours heureux et portait sa franchise sur les épaules jusqu’à ce match de playoffs contre le Detroit Shock en 2007.

La douleur d’une rupture du tendon d’Achille est la pire que j’ai jamais ressentie. La récupération mentale est également plus difficile que pour d’autres blessures.

Tamika Cachings

La superstar de l’Indiana a été suivie par un psychologue du sport tout au long de sa carrière. Le rôle de celui-ci a été plus important encore pendant les longs mois de revalidation qui ont suivi l’incident.

En 2007, Catchings avait 28 ans et tournait à 16,6 points et 9 rebonds par match. Dans l’année qui a suivi la blessure, sa production est tombée à 13,3 points de moyenne. Mais dès la saison d’après, les chiffres de Tamika sont repartis à la hausse, lui permettant de remporter le titre de MVP en 2011 et le seul titre de la franchise en 2012.

Quand les maladies s’invitent

Swin Cash

A la fin de la saison 2007, de terribles douleurs dans le dos terrassent Swin Cash. Elle décide donc de passer une IRM qui révèle une hernie discale mais aussi “autre chose”. Après avoir poussé plus loin les investigations, le mot en C tombe : c’est un cancer, une tumeur sur le rein.

Swin décide de ne le dire à personne, seules 3 personnes de son entourage sont au courant. Ce n’est qu’à la sortie de son livre, en 2013, qu’elle expliquera l’épreuve qu’elle a traversée. A l’époque, les gens spéculaient sur un manque d’entente avec son coach, Bill Laimbeer ou pire, sur un manque d’intérêt pour le basket.

La vérité était toute autre : Swin Cash a dû rapidement se faire opérer de sa tumeur tout en ayant l’hernie discale au dessus de la tête, comme une épée de Damoclès. Mais il ne fallait pas enchaîner les opérations, ne pas se précipiter.

Cette tumeur lui a fait rater les Jeux Olympique de 2008. La médaille d’Or de ceux de 2012 a donc eu une saveur bien particulière, comme elle l’a déclaré après. Elle pouvait enfin laisser derrière elle cette épreuve et se réjouir de la suite de sa vie.

Elena Delle Donne

Jouer avec une maladie chronique est une épreuve que peu d’entre nous peuvent imaginer. Quand cette maladie est invisible, il faut alors ajouter le manque d’empathie et d’information du grand public aux tracas de la maladie elle-même. Cette situation, c’est ce que vit Elena Delle Donne depuis ses années universitaires.

EDD souffre en effet de la maladie de Lyme. Cette dernière se caractérise par des symptômes pseudo-grippaux, des douleurs articulaires et une sensation de faiblesse dans les membres. Bref, que des symptômes absolument pas gênants pour la pratique du basket, surtout à haut niveau… Bien que ce diagnostic soit connu et rendu public depuis longtemps, Elena a très souvent la sensation de ne pas être comprise et elle l’a clairement écrit dans une lettre ouverte que nous vous avions traduite.

Elena Delle Donne, c’est donc 64 pilules par jour, un titre de rookie de l’année, 2 titres de MVP et 1 médaille d’or aux JO, entre autres. Et certains diront qu’elle est faible mentalement. C’est sans doute cette douleur là, qui est la pire à gérer.

Ce qui ne tue pas nous rend plus fort

Jacques Prévert disait : “On a beau avoir une santé de fer, on finit toujours par rouiller”. Les blessures font effectivement partie intégrante du quotidien des sportifs et sportives. La façon dont ces derniers les gèrent est sans doute aussi importante que la façon dont ils s’en prémunissent.

Ce dossier n’avait qu’un seul but : celui de s’inspirer des meilleures pour oser y croire et revenir après une blessure ou face à un souci de santé, qu’on soit joueur de dernière division ou de l’élite. Si vous êtes dans le cas, courage, ne lâchez rien !



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