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La lettre qui a changé la carrière de Sue Bird

Tâter le terrain, rester en retrait pour analyser les forces en présence, commencer par se taire et par observer. Sue Bird nous dit que c’est là un trait inhérent à sa personnalité : « a fundamental Sue Bird disposition », selon ses propres mots. Difficile à croire, peut-être, pour qui a en tête la Sue Bird des terrains : celle qui guide ses coéquipières, les encourage, les félicite, les remobilise s’il le faut, et à laquelle ces dernières font en retour une confiance aveugle. Difficile à croire encore, pour qui se remémore (ou essaie de se remémorer) toutes les accolades de la quadruple championne olympique : celle qui, à peine sortie de l’univerité, a su s’imposer dans les rangs d’USA basketball et gagner sa place aux côtés des stars de la première génération de la WNBA. Et sans doute difficile également à croire pour qui même ne saurait que ceci : Sue Bird est une des rares joueuses au monde à avoir su tenir tête à une joueuse du calibre (et de la personnalité!) de Lauren Jackson, pendant plus de dix années communes au Storm au cours desquelles elle n’hésita pas à faire remarquer aussi souvent que nécessaire à la star australienne qu’elle avait oublié tel système ou mal exécuté tel autre (situation récurrente selon Sue). Ce n’est pas rien.                     

Pourtant, Sue Bird n’a pas toujours été la meneuse titulaire de l’équipe des États-Unis. Et de la même manière, elle n’a pas toujours eu l’assurance nécessaire pour imposer sa voix et ses opinions au sein d’un collectif. Au fil de sa carrière, le temps et l’expérience l’ont aidée à aller à l’encontre de son naturel réservé, si bien que nul n’imaginerait aujourd’hui une Sue Bird muette, sur ou même en dehors des terrains.

Mais il y a quelques mois, assise à la table de réunion de la direction sportive de l’équipe des Denver Nuggets, dont elle vient de rejoindre l’effectif, Sue sent sa timidité et sa réserve la rattraper soudain. Sur ce qui n’est rien de moins qu’un nouveau terrain à appréhender, elle se voit en effet retomber dans des travers qu’elle pensait oubliés. Alors, la charismatique meneuse du Storm reste en retrait, et n’ose pas véritablement prendre la parole… jusqu’à ce qu’on la force soudain à sortir de son silence. Un membre des Nuggets l’interpelle et lui demande : « hey Sue, tu préfères ce joueur ou celui-là ? ».

Rétrospectivement, Sue compare ce qu’elle a ressenti à ce moment précis à ce que ressent un élève de sixième auquel le professeur de mathématiques vient de poser une question à l’improviste : un léger sentiment de panique. Hésitante, anxieuse à l’idée de donner une réponse insatisfaisante, Sue prend le parti de rester consensuelle en soulignant les qualités de chacun des deux joueurs sur lesquels on l’interroge. Alors, son interlocuteur lui répond : « non, c’est une réponse bateau ça ». Dans cette situation embarrassante, guettée par l’envie de se recroqueviller sur sa chaise pour disparaître, Sue ne peut s’empêcher de repenser à un moment précis de sa carrière : ses deuxièmes Jeux Olympiques, à Pékin, en 2008.

Les Jeux Olympiques de Pékin marquent en effet le début d’une passation de pouvoir entre deux générations de joueuses dans l’équipe des États-Unis. Alors que des légendes de la première heure de la WNBA comme Sheryl Swoopes ou Dawn Staley ont pris leur retraite, laissant place à la génération non moins dorée des Tamika Catchings, Sue Bird et Diana Taurasi, les légendaires Lisa Leslie et Tina Thompson repartent quant à elles pour un tour et s’engagent dans une ultime épopée olympique. Dawn Staley ayant désormais revêtu l’uniforme d’assistante-coach, c’est Sue qui devient la meneuse titulaire de l’équipe. Mais à vingt-huit ans, elle peine encore à s’affirmer face à l’aura et à la prestance des joueuses qui l’entourent. Pour la citer : « Comment dire quoi faire à Lisa Leslie ? ».

Mais il n’est pas de place pour ces tergiversations aux Jeux Olympiques. Encore moins quand on appartient à l’équipe des États-Unis. Un seul but en effet pour la Dream Team USA : take care of business, c’est-à-dire, repartir avec l’or. Dès le début des entraînements, Dawn Staley prend donc Sue à part, et lui donne cette consigne : « qui que soient ces joueuses, tu dois être celle qui parle, tu dois être celle qui s’impose ». Et ici encore, cette conversation replonge Sue dans le passé. Cette fois, elle revient à ses quatorze ans, et se remémore les mots de celle qui fut sa coach d’AAU pendant des années : Jill Cook.

Pour décrire Jill Cook, Sue parle d’une coach pour laquelle il était difficile de jouer, mais qui savait aussi être drôle et attentionnée. Le genre de coach qui, selon ses dires, organisait une sortie dans un parc d’attraction lors de chaque gros déplacement ; le genre de coach, encore, qui laissait ses joueuses s’entraîner à conduire le mini-bus qui les transportait sur tous les parkings où l’équipe s’arrêtait.

Mais surtout, Jill Cook était le genre de coach qui n’avait pas peur de dire les choses clairement à ses joueuses, de souligner leurs erreurs et de les pousser à les corriger pour devenir meilleures. Et c’est pourquoi Sue se souvient assez distinctement de Jill la reprenant, encore et encore, toujours pour la même raison : lui dire de shooter. Car, aussi étrange que cela puisse paraître, à quatorze ans, Sue n’aimait pas shooter. Pourquoi ? Par timidité, selon elle. Par refus d’attirer l’attention. Par peur de montrer l’étendue de ses capacités au monde entier. Ainsi, pour Sue, le plus grand défi ne fut jamais de travailler son tir ou sa dextérité. Non, c’est sur l’aspect mental de sa joueuse que Jill s’est concentrée, cherchant à lui inculquer la confiance en elle qui lui serait nécessaire pour qu’elle puisse devenir une grande joueuse.

À quatorze ans, à la fin de sa saison d’AAU, Sue reçoit donc une lettre de sa coach. À ce jour, elle se souvient encore de chacun des mots qui y sont inscrits. Jill la sommant de s’affirmer, et de se faire entendre. De développer, en un mot, une confiance en elle à la hauteur de son talent.

© fiba.basketball

Alors, si, à la table des Nuggets, la Sue consensuelle parvient à se reprendre immédiatement après sa première intervention ratée, et réussit à rebondir, choisissant le joueur qu’elle préfère réellement pour le défendre sans concession dans le débat, c’est parce qu’une fois encore elle se souvient de la lettre que Jill lui avait adressée plus de vingt ans auparavant. Une lettre qui, au fil des années, l’a suivie partout, de Syosset à UConn, puis d’UConn à Seattle, en passant sans doute par la Russie et plus encore. Une lettre qui l’a aidée à quatorze-ans, à vingt-deux, à vingt-huit ans, et qui l’aide encore aujourd’hui.

La lettre qui a changé sa carrière, et lui a donné l’orientation qu’on lui connaît aujourd’hui.

« Sue, j’ai t’ai beaucoup parlé du fait d’être un leader. S’il-te-plaît, comprends qu’il y a des leaders qui ne diront jamais un mot ou n’organiseront jamais une réunion. Parmi les meilleurs leaders, certains se contentent d’agir en donnant absolument TOUT ce qu’ils ont à donner. Il y en a d’autres qui arrivent avant tout le monde, et partent après tout le monde. Mais le genre de leader que j’aimerais que tu deviennes, c’est un leader qui sait ce dont son équipe a besoin. Que ce soit un panier, un rebond, un mot d’encouragement, ou simplement que tu dises à tout le monde que tu veux le ballon. Ça ne correspond peut-être pas à ta personnalité, mais ton talent le requiert. Dans une situation serrée, c’est vers toi que tes coéquipières vont se tourner. Tu ne peux pas à ton tour te tourner vers quelqu’un d’autre. Que tu sois dans un bon ou un mauvais jour, que tu aies passé une bonne ou une mauvaise semaine, il faut que tu croies en toi indifféremment — car tant d’autres croient en toi. De la même manière, si tu rencontres des difficultés dans un domaine de ton jeu, ou au cours d’une action, tu dois apprendre à en faire abstraction et à passer à l’action suivante. Si tu y arrives, tu seras surprise de voir combien de personnes apprendront à faire la même chose. Sue, tu seras un exemple pour tes coéquipières — je vais attendre beaucoup de toi, aussi bien cet hiver que cet été. Pour quelle raison, à ton avis ? Car je sais que tu en es capable. Tu as des capacités naturelles exceptionnelles. Ta confiance en toi doit être à la hauteur de ces capacités. Ne t’autorise pas à te reposer sur tes acquis. N’essaie pas de te fondre dans la foule, ni de disparaître au milieu de toutes les joueuses de basket. Ne deviens pas une joueuse « qui avait un potentiel énorme » — devient UNE JOUEUSE EXCEPTIONNELLE!!!!! Je voudrais terminer sur deux choses. Tout d’abord, je te mets PERSONNELLEMENT AU DÉFI de devenir une meilleure joueuse au cours des mois à venir. Je saurai si tu as travaillé sur ton jeu, je serai déçue si tu choisis de ne pas le faire — ne me déçois pas, et ne te déçois pas. Tu peux devenir une des meilleures joueuses du pays, ça ne tient qu’à toi!!!! Deuxièmement, devenir un leader est quelque chose qui va prendre du temps. Cela viendra en partie avec la maturité, en partie dans l’adversité. Apprendre à gérer ces choses fait partie de la vie. Montrer la voie est difficile, suivre est facile. Ne deviens pas une suiveuse. Ne laisse pas les autres t’éloigner de tes objectifs positifs! Tu as toutes les capacités pour faire tout ce que j’ai souligné ici. Il faut simplement que tu en aies l’envie et la discipline au plus profond de toi — je sais que c’est le cas!!!!!!!!!!!!!!!!!!

BONNE CHANCE!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

APPELLE-MOI SI TU AS LA MOINDRE QUESTION!!!!!!!!!!!!!!! »



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