fbpx

Breanna Stewart-Nneka Ogwumike, la conversation essentielle

Le Players’ Tribune a eu l’excellente idée de réunir dans une même pièce cinq sportives américaines parmi les plus accomplies. Avec la sprinteuse Dawn Harper-Nelson et les footballeuses Ali Krieger et Ashlyn Harris, se trouvaient aussi Breanna Stewart et Nneka Ogwumike, deux des plus grandes stars de WNBA.

On vous recommande vivement les 8 épisodes de cette discussion sur 8 thèmes forts liés aux femmes dans le sport et aux problématiques auxquelles elles sont confrontées. On a compilé pour vous les interventions les plus marquantes de “Stewie” et Nneka, qui est accessoirement la présidente du syndicat des joueuses et négocie actuellement les modalités du prochain CBA (Collective Bargaining Agreement).

The Future of Women in Sports

Female athletes across all sports are fighting for equitable treatment now. But what’s next for women in sports? #TheTea, Episode 8: “The Future of Women in Sports” with Ali Krieger, Ashlyn Harris, Breanna Stewart, Dawn Harper Nelson, and Nneka Ogwumike.

Posted by The Players' Tribune on Friday, December 27, 2019

💸 L’équité salariale

Breanna Stewart : 

“Quand je suis interviewée, je suis honnête, je dis combien je gagne en WNBA et combien je gagne en Russie. Les gens ne comprennent pas. Quand je me suis blessée, tout le monde m’a dit : ‘Mais pourquoi est-ce que tu vas jouer là-bas ?’. Je leur réponds : ‘C’est plutôt, pourquoi est-ce que je joue aux Etats-Unis ?’. […] N’importe qui peut regarder nos salaires sur Internet. Je ne sais pas pourquoi on est aussi hésitantes au moment d’évoquer ça. En 2018, on a gagné le titre avec Seattle et j’ai été MVP. Cette année-là, j’ai gagné 56 000 dollars via la WNBA. Je suis allée en Russie dans la foulée pour gagner… 900 000 dollars. Si j’avais pu jouer cette saison, j’aurais gagné 64 000 dollars. Même après ma meilleure saison, j’étais toujours sous mon contrat rookie. Ce à quoi Derrick Rose a eu droit en NBA après son titre de MVP, je n’y ai pas eu accès”.

Nneka Ogwumike :

“Je crois que si rien ne se passe, c’est parce qu’il y a la peur de perdre nos jobs. On se contente d’être reconnaissantes du peu que l’on a. En WNBA, on entend dire qu’on a besoin de visibilité, de couverture médiatique, mais que le jeu n’est pas assez excitant à regarder. C’est comme si on voulait qu’on en fasse encore plus, simplement pour gagner ce que l’on mérite. […] En fait, j’ai l’impression que quand on réclame des choses comme de meilleures installations, on nous dit : ‘OK, vous voulez ça ou plus d’argent ?’ Je veux les deux ! Je ne devrais pas avoir à réclamer des installations adéquates. Pourquoi est-ce qu’on devrait choisir entre plus d’argent et de meilleures conditions alors que l’on réclame les deux ?”

“Je ne joue pas à l’étranger cette année, donc je vais payer moi-même mon abonnement à la salle de sport pour rester en forme. Pourquoi est-ce que je devrais payer pour avoir accès à ça ? Le pire, c’est que je dois prendre l’avion pour aller voir quelqu’un qui s’occupe de ma préparation. Il y a des choses qui sont parfaitement accessibles aux hommes et qui ne le sont absolument pas pour nous”.

“Les vols charter qu’utilisent les hommes, on n’en a pas. La saison dernière, on a volé pour la première fois dans un avion comme ça, payé par la ligue et c’est parce que c’était une situation particulière. […] On venait nous voir en nous disant : ‘Alors, ça vous fait quel effet ? N’oubliez pas de prendre vos valises avec vous à la salle, hein !’ Je répondais : ‘C’était comme ça quand on était à l’université et c’est comme ça que ça devrait être à chaque fois. Il y a une équipe en Russie, le Dynamo Kursk où joue Breanna, qui ne fait que des vols charter. Ce n’est pas comme si c’était Disneyland pour nous. Ce devrait être la norme. Pourtant, les gens font comme si on nous accordait un privilège exceptionnel. Là, c’était le plus pratique. Sans ça, on aurait dû faire un premier vol vers le Connecticut, puis faire deux heures de car…” 

⛹️‍♀️ Représentation des femmes et des Afro-Américains

Breanna Stewart :

“Certaines organisations veulent juste mettre des femmes dans l’organigramme pour dire qu’elles le font. En NBA, les équipes disent : ‘Hey, regardez toutes ces femmes que l’on a embauchées’. Mais non, vous ne leur donnez pas les postes qu’elles méritent ! […] Becky Hammon n’est qu’assistante…”

Nneka Ogwumike :

” En WNBA et en NBA, la plupart des coaches sont des hommes blancs. Il y a un décalage. En WNBA, il y a plus d’hommes que de femmes qui coachent. Il est important que les hommes et les gens en général comprennent qu’on a aussi besoin de femmes qui coachent des femmes pour la représentation” .

“J’ai grandi à une époque où il n’y avait pas vraiment de femmes athlètes que l’on pouvait prendre en exemple. Aujourd’hui, on peut servir d’exemples aux jeunes filles et même aux jeunes enfants en général. Il y a peut-être un gamin dont la mère est fan de WNBA aujourd’hui et qui voit à la télé des femmes noires, comme sa mère, jouer au basket”.

“Je n’oublierai jamais ça : on était dans le Connecticut, juste avant le Mondial en Turquie, pour une séance photo. J’étais assise pour le maquillage et je me suis rendue compte que le fond de teint était trop sombre. Donc j’ai demandé aux gens autour : ‘Est-ce qu’on est en train de me faire une blackface ? Ce n’est pas ma couleur de peau’. J’ai senti que ça n’allait pas, mais je n’ai pas voulu passer pour une fille qui se plaint et j’ai laissé faire. Après coup, j’ai écrit un mail pour leur dire qu’ils n’avaient le droit d’utiliser aucune de ces photos puisque j’avais bien dit pendant la séance que je trouvais ce maquillage trop foncé. Je ne me suis pas sentie mal d’avoir fait ça parce que je suis dans un état d’esprit qui me permet de demander à être représentée telle que je suis réellement. Ce décalage de perception arrive tout le temps et il ne concerne pas que la couleur de peau, mais les femmes en général. […] Il y a un biais naturel quand on parle aux arbitres. ‘Oh, c’est normal, les femmes sont émotives’.”

🍼 La maternité

Breanna Stewart :

“J’ai gelé mes ovules en octobre dernier, c’est un processus de deux semaines. En étant éloignée des terrains, j’ai voulu me projeter un peu dans l’avenir et garder mes options ouvertes. Quand je voudrai un enfant, j’aurai mes ovules à disposition et ce seront ceux de quand j’avais 25 ans. On a peu de temps à nous au quotidien entre la WNBA, les périodes à l’étranger, les compétitions internationales… Comment est-ce qu’on fait pour avoir un bébé au milieu de tout ça ?”

Nneka Ogwumike :

“On joue contre beaucoup de mères de famille en WNBA. Et on dit souvent qu’on ne connaît pas la vraie force d’une joueuse avant qu’elle n’ait eu un bébé. Candace Parker, ma coéquipière, dit que revenir d’un accouchement est plus dur que de revenir d’une blessure. […] On gagne nos vies avec notre corps et le manque de ressources dont disposent les joueuses enceintes, celles qui ont le projet d’avoir un bébé et celles qui en ont déjà est un problème. On apprend souvent qu’une joueuse est enceinte après la saison parce qu’elle ne peuvent pas le dire pendant. La paye s’arrête le jour de ton annonce. C’est dingue et ça montre les stigmates liés à une grossesse. C’est presque considéré comme pire qu’une blessure. On ne met pas non plus à disposition des mères des professionnels qui pourraient les aider à gérer le stress post-partum, qui est quelque chose de sérieux. Quand vous ajoutez ça à la pression liée au sport professionnel, ça fait beaucoup”. 

🧠 La santé mentale 

Nneka Ogwumike  :

“En NBA, c’est génial qu’ils aient accès à des professionnels de la santé mentale. Ce n’est pas notre cas. Même si une joueuse comme Liz Cambage en a parlé superbement dans un article, ce n’est pas une priorité pour la ligue. Il y a toujours un blocage de la part des joueuses au moment de parler de leurs problèmes à quelqu’un. Qu’est ce que mes coéquipières vont en penser ? Elles vont peut-être se dire que je ne suis pas concentrée pleinement. Il y a une année où j’étais vraiment bien au niveau du jeu, mais je traversais des problèmes personnels. J’avais besoin de parler à quelqu’un et personne ne l’aurait su si je l’avais fait parce que les gens se seraient dit : ‘Elle joue bien, tout va bien’.”

🔮 Le futur de la WNBA

Nneka Ogwumike :

“Les salaires et les compensations sont la priorité numéro un. Puis il y a la santé des joueuses, parce qu’on impose beaucoup de choses à nos corps qui ne sont pas idéales pour des athlètes professionnels. On négocie des choses qui concernent les déplacements, les hôtels, les ressources disponibles pour les joueuses qui sont mères. En NBA, beaucoup de joueurs peuvent faire garder leurs enfants pendant les matches. Nous non. On a pourtant beaucoup de mamans et ça aurait du sens qu’on ait accès à ça”. 

Breanna Stewart :

“Le soutien des hommes est important. Je ne pense pas qu’il y ait un joueur NBA qui se dise : ‘je n’aime pas la WNBA’. Aucun d’entre eux n’a jamais dit : ‘je ne vous soutiens pas’. Je trouve juste qu’ils ne nous soutiennent pas assez sur les plateformes où tout le monde pourrait le voir. Je suis ravi si un joueur regarde notre match chez lui sur le League Pass. Mais montrez-le, venez aux matches et plusieurs fois dans la saison ! Les hommes doivent être ceux qui s’élèvent pour changer ça. En tant que femmes, on peut essayer autant qu’on veut, on n’est que 50% de la population”. 

Nneka Ogwumike :

“Ceux qui ne sont pas fans, on doit les rendre fans. Ceux qui sont déjà fans, on doit les pousser à investir dedans. C’est comme ça que je vois les choses. Beaucoup de joueurs NBA nous regardent. Mais j’ai envie de leur dire, ‘ajoute l’argent aux paroles’. Il y a des opportunités d’investissement pour eux. Et si tu dis que tu paries sur les femmes à l’avenir, tu dois le faire concrètement”. 



Un commentaire sur

Breanna Stewart-Nneka Ogwumike, la conversation essentielle

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *